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Typologie des maisons traditionnelles au Liban

iloubnan.info - Le 24 août 2011 à 17h07
 Hasroun Liban Nord
Village de Hasroun (Caza de Becharré), Nord Liban
Si l’on interroge les Libanais sur les bâtiments qui symbolisent selon eux l’architecture de leur pays, les réponses sont presque invariablement les mêmes : tous évoquent la maison à tuiles rouges et aux trois arcades. « En réalité, l’architecture au Liban n’est pas aussi pauvre que ça, elle est même beaucoup plus riche que cette seule maison, aussi belle soit celle-ci. C’est un mélange, ce sont des influences, ce sont les immeubles modernes en béton et ce sont aussi les constructions rurales » précise Mousbah Rajab, architecte et Professeur à l’Institut des Beaux-arts de l’Université Libanaise.
Avant même d’évoquer cette architecture paysanne, l’architecte Jacques Liger-Belair rappelle l’importance trop souvent oubliée, voire franchement malmenée actuellement, de la source même de toute architecture : le paysage. Il parle du paysage comme d’un conteur, qui dirait l’histoire de la terre et celle des hommes, témoin des métamorphoses naturelles et des transformations humaines successives. Il explique que « l’architecture fait partie intégrante des paysages, elle en est née et a emprunté leurs matériaux, elle les a transformé et caractérisé », témoignant ainsi des liens indéfectibles qui unissaient les éléments constitutifs des bâtiments ruraux à leur contexte d’abord géographique, climatique puis économique et social.

Jusqu’en 1840 environ, les constructions rurales étayaient la campagne agricole qui entourait la ville de Beyrouth de tous les côtés ; celle-ci n’était à cette époque qu’une petite bourgade repliée sur elle-même. L’architecture paysanne était alors essentiellement « vernaculaire » c’est-à-dire marquée par les terroirs, et une « architecture sans architecte », les gens ayant construit eux-mêmes leur habitation.

« Les plus modestes des habitations paysannes s’avéraient porteuses de leçons d’architecture par leur parfaite adaptation à leur environnement, l’usage intelligent des ressources et le respect du territoire, l’efficacité des procédés de construction, la parfaite adéquation au climat » indique Jacques Liger-Belair comme pour souligner le contraste avec les constructions contemporaines.

La morphologie des habitations à travers le pays a donc d’abord été déterminée dans ses matériaux et ses techniques par la richesse géologique du Liban : architecture de pierre calcaire au Mont-Liban, roche ramleh à Beyrouth, basalte noir dans la région du Akkar, architecture de terre dans la Békaa.

Certaines caractéristiques étaient en outre communes à cette architecture paysanne selon Jacques Liger-Belair : toutes les modestes maisons rurales de la montagne et de la plaine étaient construites selon la forme d’un rectangle fermé d’un seul tenant. Selon leur dimension et le lieu de leur implantation, ces maisons comportaient des poteaux en bois, des piliers ou des arcades. Elles pouvaient être en pierre de taille ou blanchies à la chaux, la structure de la toiture est en voûte d’arête ou en terre battue. Les espaces extérieurs étaient parfaitement intégrés aux habitations en termes d’utilisation domestique, de circulation et d’usages sociaux.

A chaque besoin répondait une technique de construction savamment apprivoisée : l’enduit chaulé réfléchissait la lumière et jouait un formidable rôle d’isolant thermique, tout comme la terre battue. L’utilisation de cette dernière, en couche compacte de 20 ou 30 centimètres d’épaisseur permettait de maintenir une fraîcheur agréable l’été et de conserver la chaleur l’hiver, au gré des variations du climat libanais.

L’autre type de maison rurale est la maison à iwan. Elle est à la fois logis pour les habitants et local pour le stockage. C’est une structure tripartite, composée de deux pièces d’habitation situées de part et d’autre d’une pièce centrale ouverte sur l’extérieur par une grande arcade, appelée « iwan ». Celle-ci est un espace de vie abrité du soleil d’été et des pluies d’hiver.

Parallèlement, en ville jusqu’au milieu du XIXème siècle, la maison à cour était la plus répandue. Elle était la maison patricienne par excellence des villes côtières et des bourgs de la montagne. C’était une structure à un niveau, fermée sur l’extérieur et composée de plusieurs pièces agencées en « I », en « L » ou en « U », autour d’une cour à ciel ouvert. Organisée autour de cette cour, la pièce principale, ou « dar », comportait le plus souvent un iwan. Par sa fréquente orientation vers le nord, l’arche permettait de bénéficier de l’endroit le plus frais durant la saison chaude de l’année, répondant là encore aux préoccupations climatiques.
Hormis le iwan, d’autres divisions caractéristiques constituaient le « dar » : une grande pièce toute en largeur servait généralement de salle de réception, des pièces carrées adjacentes au iwan, de chambres à coucher, une cuisine souvent aménagée sur le côté est, un puits ou un bassin situés dans la cour.

De la combinaison du recul progressif de l’activité agricole dans la région de Beyrouth lié à l’essor économique de la ville, et de la densification conséquente du peuplement dans sa banlieue va éclore un nouveau type de construction, original, qui va bientôt transformer le paysage architectural préexistant, sans pour autant l’effacer complètement.
Tags
#ArchitectureTraditionnelle, #Patrimoine
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