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Petite histoire de la "maison aux trois arcades"

Beyrouth | iloubnan.info - Le 04 septembre 2015 à 22h06
Par Agnès Matha

Dans certains quartiers, comme par exemple dans certains secteurs d'Achrafieh, on peut encore voir des maisons "aux trois arcades", aujourd'hui fréquemment menacées par les grands projets immobiliers. Quelle est l'origine de cette architecture? Contrairement aux idées reçues, ce type serait d’origine non pas seulement "libanaise" mais bien plus spécifiquement "beyrouthine". Dans les années 1990, après qu’il eut été démontré que ce type d’habitation existait dans tout le pourtour méditerranéen, des experts ont commencé à étudier la provenance exacte de ce type de maison.

"La maison aux trois arcades" constitue probablement dans la conscience collective le symbole de l’architecture au Liban. Appelée aussi maison à hall central à cause de la triple arcade ouvrant sur le cœur de l’habitation, de forme généralement cubique à 1 ou 2 étages, érigée dans un jardin privatif, elle est caractérisée par son toit de forme pyramidale couvert de tuiles rouges.

Pourquoi et comment est-elle née ?

Nous sommes dans les années 1850 ottomanes ; Beyrouth se transforme en capitale provinciale et sous l’impulsion d’une augmentation des flux marchands avec l’Europe, devient alors la métropole cosmopolite avec laquelle traite l’Occident.

C’est une période de stabilité politique, l’âge d’or de l’industrie de la soie, l’époque des mouvements de populations, des échanges culturels et artistiques avec l’Europe, de l’adoption d’un mode de vie différent. Parallèlement, Istanbul, la capitale de l’Empire Ottoman, édicte des règlements urbanistiques, une loi sur le bâti et adopte des schémas d’aménagement dont va bénéficier Beyrouth.
Beyrouth commence à s’étendre, débordant progressivement des murailles dans lesquelles elle était jusqu’alors enserrée, pour s’entourer de faubourgs-jardins. Conséquence directe de la nouvelle position privilégiée de la ville, une classe aisée émerge, enrichie grâce à l’accélération des échanges commerciaux et directement influencée par les courants européens.

De cette récente effervescence économique qui engendre une classe montante, naît un nouveau modèle d’habitation ; d’abord hybride puis aboutissant à la forme actuelle de la maison aux trois arcs, il ne rompt pourtant pas tout à fait avec une certaine tradition de construction et d’organisation spatiale et familiale telle qu’elle existe alors dans les villes et les zones rurales. Bien plus, par leur mode d'implantation en dehors des murs et des contraintes foncières, et leurs ouvertures franches sur l'extérieur, les ‘maisons aux trois arcs’ favorisent convivialité et rencontres.

Villa Sursok à Gemmayze,Beyrouth

Habib Debs, architecte et membre actif de l’APSAD (Association pour la Protection et la Sauvegarde des Anciennes Demeures) explique : « Cette maison est intimement liée au développement urbain de Beyrouth, et le symbole de la bourgeoisie beyrouthine de la seconde moitié du XIXème siècle à l’époque où l’industrie du ver à soie était en plein essor au Liban et assurait au pays un véritable développement économique ; elle est parfaitement adaptée au climat méditerranéen, ouverte au nord pour éviter les grosses chaleurs. Le hall central et aéré, très beau cœur de l’habitation, perpétue la tradition de l’espace familial et social et distribue les pièces adjacentes ». Soulignant combien cette habitation est le fruit d’une époque riche d’échanges, Mousbah Rajab, architecte et Professeur à l’Institut des Beaux-arts de l’Université Libanaise,ajoute que « La tuile rouge était importée de Marseille, le fer de Roumanie pour les balustrades et le marbre des colonnes et des dallages d’Italie ; en outre, les maîtres maçons qui ont construit ces maisons ont été envoyés en Italie ou ailleurs pour rapatrier des techniques et des modèles. Cette architecture est plutôt le syncrétisme de multiples influences ».

Initialement l’apanage d’une couche aisée, ce nouveau modèle de construction se démocratise progressivement sous l’effet de l’accroissement de la production de matériaux induite par la Révolution industrielle en Europe et du rôle d’intermédiaire que joue le Liban. L’architecte poursuit : « Cette maison émanait d’une classe riche et représentait pour cette raison le modèle à reproduire pour les classes modestes qui ont fait construire peu à peu des maisons semblables par la forme, y compris dans la ville historique ottomane et islamique de Tripoli, mais en utilisant naturellement d’autres matériaux, moins coûteux. Ce modèle a en outre voyagé très loin alentour, jusque dans la montagne libanaise. Les maisons montagnardes qui étaient traditionnellement en terrasse ont été transformées pour ressembler à cette maison à 3 arcades. D’où l’erreur largement commise selon laquelle cette maison est originaire des montagnes ».

Tags
#ArchitectureTraditionnelle, #Patrimoine
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