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| Crédit photo: Conrad Lau |
Sur la route qui serpente la montagne boisée, l’air se fait plus vif. Les bruits de la ville s’estompent. Les premières maisons de Daroun-Harissa apparaissent derrière les étales multicolores des marchants de friandises. « Le village des imprimeurs » s’éveille. Dans quelques minutes, les 25 ateliers nichés dans les ruelles fleuries de la bourgade ronronneront doucement au rythme des machines à presser, couper, piquer, plier, couvrir. Depuis 1909, date de la fondation de la première imprimerie par l’ordre catholique Saint-Paul, le village est passé maître dans l’art de confectionner les livres.
« Au fil des ans, nos jeunes ont appris à maîtriser toutes les étapes de leur fabrication, raconte le maire, Antoine Chemaly. Générations après générations, ils ont crée de nouvelles entreprises. Nous avons sans aucun doute la plus grande densité d’imprimeurs du Liban. Chacun s’est spécialisé en fonction de ses goûts dans un domaine particulier, qu’il s’agisse du graphisme, de la presse ou encore de la plastification». Installé au rez-de-chaussée d’une maison, Joseph Bassil, joue depuis sa plus tendre enfance avec la peinture. Un peu de rouge, de bleu, de jaune, de noir, il tourne délicatement les boutons de contrôle d’encre à la recherche du mélange idéal. 4000 prospectus publicitaires sortent à l’heure de son imprimante. « Mais ce n’est pas un métier facile, confie ce travailleur infatigable formé dès l’âge de dix ans, c’est extrêmement épuisant». Dans les petites structures surtout, les salariés manipulent des machines artisanales dont certaines, aux noms barbares, semblent tout droit sorties du décors d’un film des années 50. Ainsi, chez les Chemaly, une guillotine à couper le papier trône près de l’entrée. Un peu plus loin, une machine de couture, une plieuse. Et penchés sur leurs outils, des hommes automates, qui inlassablement, reproduisent les mêmes gestes. « Je fais ce métier depuis 45 ans, raconte Hana Chemaly. C’est une passion qui est née quand j’étais enfant. Je regardais les livres et je me demandais comment ils étaient fabriqués. Bien sûr, c’est parfois répétitif mais j’adore les beaux bouquins». Et il a transmis le virus à son fils Hani qui s’apprête à prendre la relève.