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Combats et attentats font fuir les touristes du Liban
Par Stephen Myles
Le 20 juin 2007
 


BEYROUTH - Les touristes ont déserté le Liban, effrayés par les combats dans le nord du pays et par la série d’attentats qui a transformé Beyrouth en ville assiégée.

En tant normal, les hôtels de Beyrouth sont bondés durant l’été où les riches touristes du Golfe ainsi que les expatriés affluent dans ce qu’il était convenu d’appeller la ’Suisse de l’Orient".

Mais cet été, dans le centre-ville restauré à coup de millions après la fin de la guerre civile (1975-1990) et qui était devenu la destination privilégiée des touristes, les chambres d’hôtel et les terrasses des cafés sont désespérément vides, les rues désertées et les taxis ne trouvent pas de client.

A la nuit tombée, les patrouilles et les barrages de contrôles de l’armée et de la police donnent à la capitale libanaise l’aspect d’une ville assiégée.

Chez les commerçants, c’est une longue complainte.

"C’est un désastre. Il n’y a pas de touriste pour acheter et les Libanais qui voient leur pouvoir d’achat se réduire comme un peau de chagrin n’ont plus les moyens. Nous ne pouvons plus continuer. Nous allons fermer les uns après les autres", affirme Nadine Zayat propriétaire d’une boutique de prêt à porter dans la célèbre rue commerçante Hamra.

Certaines boutiques, en "soldes" permanentes, vont jusqu’à proposer des rabais jusqu’à 70 pour cent.

Les vols qui atterrissent à l’aéroport international Rafic Hariri de Beyrouth sont à moitié plein. "En mai 2006, le nombre des arrivées à l’aéroport étaient de 109.441. En mai 2007, il n’est plus que de 72.676. Une baisse de 33%" affirme Nada Sardouk, directrice général du ministère du Tourisme.

"Le tourisme est en chute libre. Les assassinats, les attentats à l’explosif, les combats à Nahr al-Bared au Liban nord (où l’armée affronte des Islamistes liés à Al-Qaïda) ne sont pas des facteurs encourageants", ajoute t-elle.

Cette crise inquiète également le patronat et les syndicats libanais qui ont insisté jeudi sur la nécessité d’une "trêve" politique durant l’été "afin de permettre une reprise économique et une saison touristique fructueuse".

"Nos dirigeants (...) n’ont pas le droit de mener le pays à la ruine. Qu’ils nous laissent travailler", a ainsi affirmé le président de la Confédération générale des travailleurs du Liban (CGTL), Ghassan Ghosn.

Le président de la chambre de commerce de Beyrouth déplore, de son côté, l’attitude des médias. "Les médias audiovisuels ont une part de responsabilité. Ils organisent des débats où les politiciens s’échangent des invectives (...) Ils sont retransmis par les chaînes satellitaires et font peur à ceux qui vivent à l’étranger", estime t-il.

La saison d’été 2006 avait déjà été désastreuse pour le Liban, entâchée par l’offensive israélienne contre le Hezbollah libanais dès le mois de juillet.

Cette crise a causé trois milliards de dollars de pertes au secteur touristique, selon un rapport de la Ligue arabe.

Les combats opposant depuis le 20 mai l’armée et des Islamistes proches d’al-Qaïda au Liban nord, le meurtre du député antisyrien Walid Eido le 13 juin et la série d’attentats qui a récemment frappé la capitale libanaise ne laisse rien présager de meilleur pour 2007.

Les attentats des 20 et 21 mai dernier ont en effet frappé des quartiers très touristiques de Beyrouth comme celui d’Acharafiyé (à majorité chrétienne) près du centre commercial ABC, ou de Verdun (à majorité musulmane) connu pour ses boutiques de luxe.

Le 23 mai, 16 personnes ont été blessées dans un autre attentat dans la villégiature d’Aley, qui surplombe Beyrouth, un lieu également très prisé par les touristes du Golfe.

Mais comme toujours au Liban, il y a des irréductibles. Au dixième étage d’un immeuble à l’orée du centre-ville des dizaines de jeunes sirotent des cocktails dans un bar branché donnant sur la mer.

"Ici, en hauteur, nous avons un sentiment de sécurité", affirme Karim, cheveux gominés et look branché.
 
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