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Sport

Leïla Seurat, l'étoile montante de l'équitation libanaise

PARIS | iloubnan.info - Le 03 dcembre 2012 à 08h29
Leïla Seurat aux Gucci Masters 2012 à Villepinte (région parisienne).
Le pays du Cèdre était présent au prestigieux concours international Gucci Masters qui vient de s'achever dans le cadre du Salon du cheval 2012, qui se tient à Villepinte en region parisienne du 1er au 9 décembre. Zoom sur Leïla Seurat, la cavalière qui représentait le Liban lors de la compétition.
Le Gucci Masters se tient dans le cadre du Salon du Cheval, animé chaque année par de nombreux autres évènements comme le championnat du monde du cheval arabe, ou encore, en nocturne, un spectacle magique, "La nuit du cheval,” présenté par l'école portugaise d'équitation. Au cours des Gucci Masters ce week-end, soixante des meilleurs cavaliers des grandes nations équestres se sont affrontés sur des obstacles à 1m 50/60 lors du Grand Prix de cette compétition de niveau "cinq étoiles". Le concours proposait aussi plusieurs autres épreuves, dont une déguisée, sponsorisée par Caroline de Monaco, pendant laquelle on a pu voir le cavalier Philippe Rozier en homme de Néandertal, Igor Kawiak en mariée et Pénélope Le Prévot en Bonny. La princesse de Hanovre a ainsi pu collecter 180 000 euros pour son association caritative. Deux concours internationaux de niveau "deux étoiles" et "une étoile" étaient également organisés: le Liban, représenté par la cavalière Leïla Seurat, a obtenu une 6e place lors d'une epreuve de vitesse à 1.25m.

Belle jeune femme de vingt huit ans, aux yeux de biche et au caractère bien trempé, un rien frondeuse, Leïla Seurat a à son actif de nombreux classements en CSI* et ** ainsi qu'en épreuves chevaux de sept ans (1m35/ 40), notamment à Fontainebleau, Caen, Bory, Strazeele, Wisbeq ou encore Barbizon. Habituée des pistes de concours, elle en connaît les difficultés et les aléas:  "Parfois les chevaux nous font faux bond le jour J et c'est L'HORREUR", comme ce fut le cas ce week-end. Son cheval a eu une petite fièvre, et Leïla n'a pas pu courir le premier jour; le deuxième jour, il allait mieux; voulant absolument partir, elle le déclasse pour le CSI une étoile: elle finit sixième, au tour d'honneur, sur une épreuve de vitesse à 1m25.  "J'aurais aussi pu concourir avec mon deuxième cheval, mais il n'a que sept ans, mais il n'est pas près pour les CSI** indoor" ajoute-t-elle.

Leïla Seurat  habite Paris et partage son temps entre ses chevaux et Sciences-Po. Aucun de ses choix n’est dû au hasard.

Elle est née à Beyrouth en 1984. "Mon signe astrologique est vierge… mais on sait qu’il y en a deux : la sage et la folle" dit-elle sans pousser le commentaire plus loin. C’est peut-être son premier souffle, dans le vacarme des déflagrations de la guerre, qui lui donne son caractère combatif. Leïla n’a que 9 mois lorsque son père Michel Seurat, sociologue et chercheur au CNRS, est enlevé par le Hezbollah. Si ses compagnons d’infortune (Marcel Carton, Marcel Fontaine, Jean-Paul Kauffmann) finissent par être libérés trois ans plus tard, Michel, lui, ne survivra pas à la détention. Son épouse Marie décide de fuir avec ses deux filles, à Paris. Leïla a trois ans, sa sœur Zalfa en a quatre. Leïla se souviendra toujours, même confusément, de ces premières années d’exil forcé. La priorité s’impose comme une évidence, il s’agit de reconstruire une vie de famille, de retrouver un semblant de stabilité. L’école, à laquelle Leïla est plutôt indifférente, apparaît dans ce chaos comme une constante, mais rien de comparable aux chevaux qui deviennent très vite son nouveau point d’ancrage.

L'équitation, point de repère d'une vie


C’est Marwan Sehnaoui, grand homme de cheval et initiateur des Jeux Panarabes à Faqra qui lui met le pied à l'étrier en la confiant à Francis Rebel, l'entraîneur national poney à l’époque. Pour Leïla, le poney n’a jamais été un nounours, elle ne recouvre pas les murs de sa chambre de posters comme la majorité des petites filles de son âge et n’a jamais mis de guêtres roses à ses montures. Qu’il pleuve ou qu’il vente, elle est fidèle à ses rendez vous du mercredi après midi et du week-end. Petite abeille laborieuse, elle applique à la lettre les conseils de Francis Rebel, qui a su lui inculquer "l’envie de bien faire." Elle est captivé par sa ponette, "une vilaine chose qui mordait", et déjà obsédée par les "sans fautes". Avec l’arrivée de son premier cheval un anglo-arabe et l’obtention du Galop 7, passeport pour la compétition chevaux, arrive un nouveau challenge que Leïla affronte par vents et marées. C’est le moment des premiers concours internationaux pour enfants que Leila court sous les couleurs du Liban. Se succéderont ensuite les chevaux et son magnifique Karolis "grand séducteur qui bombait le poitrail en entrant en piste", avec lequel elle a eu beaucoup de difficultés que Bertrand de Bellabre, entraineur des juniors de l'époque, l’a aidé à surmonter.

Après un Bac avec option arabe, elle s’engage vers Hypokhâgne puis s’attaque à une licence d’histoire à la Sorbonne, pendant que les concours nationaux et internationaux se multiplient. Mais un nouvel objectif se dessine bientôt : une maîtrise à Sciences-Po Paris au département arabo/musulman. Mais il a fallu au préalable perfectionner sa langue arabe et donc quitter la France. Direction l’Institut français du proche orient à Damas. Un an plus tard elle commence la rédaction de sa maîtrise sur Raymond Aron et les Palestiniens, ce qui ne l’empêchera pas d’être sélectionnée aux Championnats de France des Cavalières. Mais malheureusement, son cheval Karolys boîte ce jour-là et le rêve s’effondre. "C’est LA frustrations de ce sport. Pour être sûr de pouvoir être là le jour des grandes échéances, il faut un piquet de plusieurs chevaux... Inchallah, un jour".

Objectif 2013: les Jeux méditerranéens en Turquie

Elle prend une grande respiration avant d’évoquer "l’épisode Malta", dont elle se remet à peine d’avoir été l’élève. "Manuel Malta Da Costa, grande figure européenne de l'équitation, avait combattu avec les forces portugaises en Angola et n’en est pas revenu avec toute sa tête", raconte-t-elle. "Souvent la séance d’obstacles se terminait en crise de désespoir. La dernière fois il m'avait conseillé d'aller faire du tricot et je suis partie en claquant la porte. Ce n’est pas parce qu’il a été le coach de l’infante d’Espagne que je dois tout accepter". Néanmoins Leïla avoue que l’expérience d’avoir été son élève a été fondamentale dans sa progression. La voilà aujourd'hui aux Ecuries du Grand Veneur, Chez Adeline Wirth, grande prêtresse dans la discipline du Hunter qui lui a appris ce que voulait dire "être avec son cheval". "Etre avec son cheval, c'est lui demander de trotter, de galoper, de faire une volte, une demi-volte renversée, de reculer, de sauter. Allez donner toutes ces indications à votre cheval sans mors dans la bouche, sans rênes, avec juste un lacet autours de l’encolure, pas évident la première fois..."

Leïla travaille ses deux chevaux trois fois par semaine: Ningesser d’Ogier Bankmed, 11 ans, " respectueux mais très fort, trop", et Rosko Ar Park Bankmed, 7 ans et très prometteur.
Leïla bénéficie du soutien de la BANKMED, elle a donc naturellement apposé l’affix de son sponsor au nom de ses chevaux. La BANKMED est la seule institution au Liban qui sponsorise l’équitation. Notre souhait, à tous les cavaliers Libanais, c'est qu'il y en ait d'autres. "L’Equitation n’est pas le football,  généralement les sponsors aiment la visibilité et au Liban elle stagne faute de moyens. C’est un cercle vicieux. Pas d’argent, pas de niveau. Pas de niveau, pas de visibilité. Pas de visibilité pas de sponsor. En Europe, l’équitation aujourd’hui bénéficie d’une couverture exceptionnelle. Une multitude de chaines cablées y sont dédiées et grâce au Web, les sponsors sont de plus en plus nombreux, non seulement pour aspirer à une “visibilité”,  et aussi obtenir une 'image d’excellence et d’esthétisme". Mais bien sûr, ce n’est pas si simple, car plus le niveau est élevé, plus les déplacements se prolongent, et plus l’investissement est conséquent. "Mais bon, heureusement en ce qui me concerne j'estime que j'ai beaucoup de chance d'avoir la BANKMED derrière moi . D’ailleurs BANKMED / MEDGAMES (Jeux de la Méditerranée, prochain objectif de Leïla en 2013) c’est un beau présage pour moi."

Perfectionnisme

Sans soutien financier il lui aurait été impossible à Leila d’avoir de très bons chevaux et des leçons avec les meilleurs, condition sinéquanone pour pouvoir avancer. Le prix d'un bon cheval n'est pas celui d'une balle de tennis, qui elle n'a pas besoin de trois repas par jour, de soins vétérinaires etc. 

Perfectionniste depuis sa plus tendre enfance, Leïla préfère signer un joli parcours plutôt que de gagner dans n’importe quelle condition. Pas de plus belle récompense en sortie de piste que le commentaire d’Adeline, qui tient en un seul mot, "démonstration".

Leïla est très souvent au prix sur des épreuves à 1m35 des CSI* ainsi que dans les épreuves des chevaux de sept ans. Elle se souvient de la décharge d'adrénaline lorsqu'au CSI**** du grand parquet à Fontainebleau, elle devait courir avec son sept ans entre Edwina Alexander Tops, première du circuit du "Global Champions Tour" et Philippe Lejeune, champion du monde. Mais elle sait bien gérer le stress, Leïla. Ce jour là, elle était sans faute ex-aequo sur 1.30 entre les deux icônes.

"Pour le moment", reconnaît-elle, en indoor, "les autres vont plus vite que moi, mais j’ai encore une bonne marge de progression, malgré le fait que mes deux chevaux ne soient pas des chevaux de vitesse. J’aime me battre contre les meilleurs et non gagner sans mérite dans des catégories inférieures".

Voir ci-dessous la vidéo d'un tour sur un CSI une étoile au Haras de Bory:



Ou encore celui-ci, sur le terrain mythique du Grand Parquet à Fontainebleau, lors du Grand Prix d'un CSI une étoile (1,35m) en mai 2012 :



L’objectif de la saison 2013 est à la fois clair et ambitieux, participer aux Jeux Méditerranéens qui auront lieu en Turquie.

Un doctorat sur la politique étrangère du Hamas

Très motivée par la compétition de haut niveau, Leïla est également absorbée par sa thèse de doctorat traite de la politique étrangère du Hamas. "Il ne s’agit pas d’un parcours militant mais d’un pur intérêt socio politique. J’ai choisi ce sujet pour sa complexité… J’ai de facto plus d’objectivité sur la Palestine que sur la Syrie ou au Liban, et pour un doctorat vaut mieux être détaché de ses racines ( la Syrie est pays de sa mère et le terrain des travaux sociologiques de son père ) Leïla se considère comme une vraie « franco-syro-libanaise », mais le Liban gardera toujours dans son cœur la première place, "C’est là où mes parents sont tombés amoureux". Leïla cultive son amitié avec ses amis cavaliers libanais et syriens qu’elle revoit régulièrement lors de ses séjours là-bas.

Poussée par son côté frondeur, elle s’en est pris au comité olympique des jeux de Londres, "pour protester contre la participation du cavalier syrien Ahmad Hamcho, fils de l’associé de Maher al Assad et financier des chabbiha." Dans une interview donnée au quotidien britannique The Times le 25 juin dernier, Ahmad Hamcho a clairement pris position en faveur de Assad: "Nous (les sportifs) devons représenter non seulement la Syrie mais aussi et surtout Bachar el-Assad qui reste notre président. Il ne fait rien de mal, il ne cherche qu'à nous protéger des groupes terroristes."

Voulant absolument réagir, elle a été l’initiatrice d’une pétition pour empêcher Hamcho de participer aux jeux. “Malgré nos 2000 signatures, le comité olympique est resté de marbre. “Leur leitmotiv, on ne mêle pas sport et politique”. Elle rouspète vigoureusement: “et le boycott de l’Afrique du Sud pendant des décennies et le boycott de certains pays aux jeux de Moscou et le boycott par d’autres aux jeux de Los Angeles?!”

“L’équitation en Syrie est une expérience sociologique originale, elle est, quand il est possible, basée sur la triche.” Elle évoque les Jeux de la Méditerranée de Lattaquieh en 1987, lorsque "le cavalier turc Fewzi Attabek qui talonnait Bassel al Assad de près, a été poussé à la faute, par les sbires de Bassel qui ont fait peur au cheval du Turc. Voila comment le grand Bassel gagnait...", accuse-t-elle. Parlant de Bassel, comment ne pas évoquer Adnan Qassar, le cavalier syrien membre de l’équipe syrienne jeté en prison en 1993 par son coéquipier le grand Bassel pour raison de rivalités sportive. “Rien ne m’étonne désormais de la part de la famille Assad" dit Leïla.

"Mon ami Karim Farès," ajoute-elle "a lui-même subi des pressions en gagnant un Grand Prix; et pour se faire pardonner “on” lui a “proposé” d’aller remettre son trophée à 11 h du soir a Kordaha, fief des Assad, au pied du mausolée de Bassel."

En 2008, Leïla a assisté à pareille stratégie lors de la coupe du Wafa à Damas, lorsque que "le cavalier syrien Moustafa zandaki a gagné après avoir poussé à la faute, son rival, le saoudien, Abdallah Charbatly, 'On' avait donné l'ordre à la régie sonore de diffuser le 'gingle du sans faute' avant même que Charbatly n’ai passé la dernière barre de son barrage." Incident diplomatique entre Madame Manal al Assad, présidente de la fédération équetre et le chargé d'affaires d'Arabie Saoudite, “Précurseur, non?”

Jusqu’à présent, notre cavalière a toujours réussi à combiner ses deux cursus intellectuel et équestre, alors peut-être parviendra-t-elle à réaliser ses rêves, à savoir embrasser une carrière universitaire en poursuivant son ascension vers le haut niveau. Une chose est sûre, c’est à son père, qu’elle a dédié son tour d'honneur aux "Gucci Masters" . "Mon père qui était motard avait une sacré trouille des chevaux. Il disait: un cheval ça pense, une moto ça pense pas…"

Là où il est, Michel Seurat devrait enfin sourire.
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#Leïla_Seurat, #Equitation, #Sports_équestres, #Liban, #Beyrouth
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