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Sport

"The Team": Le Liban divisé par la guerre, réuni par le foot

BEYROUTH | CGNews - Le 28 avril 2012 à 18h13
Image tirée de la bande-annonce de la série "The Team".
Au Liban, la guerre civile a éclaté le 13 avril 1975, et a duré quinze ans. Elle y a fait naître « la crainte de l’autre », la crainte des différences religieuses et politiques. Trente ans après, la jeunesse libanaise s’attèle aujourd’hui à changer cette réalité douloureuse par le biais d’une série télévisée intitulée The Team (l’équipe).
C’est l’organisation Search for Common Ground (SFCG), spécialisée dans la résolution pacifique des conflits qui a produit cette série de treize épisodes, qui vient de démarrer le 14 avril. Au Liban, elle est diffusée tous les samedis à 19heures sur la chaîne Lebanese Broadcasting Corporation International (LBCI).

Les acteurs et les actrices sont des jeunes de différentes confessions. Les épisodes parlent d’acceptation de « l’autre », de participation civique, de compréhension mutuelle, de condamnation de la violence et de coopération. Selon l’un des protagonistes, ce feuilleton est « une initiative pratique pour combattre l’intolérance sectaire à travers le sport », et il « crée un sentiment d’appartenance commune parmi les jeunes ».



Dans le premier épisode, les téléspectateurs apprennent qu’Abdullah, ancien officier de l’armée, a perdu sa jambe dans la guerre civile, au cours d’une bataille le long de la ligne verte de démarcation. Après avoir été invité à voir une partie de football organisée par l’armée, l’idée lui vient de créer, dans la zone de démarcation, une équipe de football qui rassemblerait les Libanais au lieu de les diviser. Pour constituer cette équipe, il réunit de jeunes joueurs issus des quartiers d’Ain Al-Rummaneh et d’Al-Sahyyah, qui se trouvent de part et d’autre de la ligne verte.

Ain Al-Rummaneh est un quartier majoritairement chrétien - c’est là que la guerre civile a éclaté. Al-Shayyah est un quartier adjacent habité pour la plupart de musulmans. Pour des raisons symboliques, la série se déroule le long de la ligne verte - dans la zone située entre les deux quartiers - qui a divisé Beyrouth en deux secteurs, est et ouest, pendant les quinze années de guerre civile. Le déchirement et la séparation engendrée par cette division ont empêché les jeunes de ces quartiers de se comprendre et par conséquent d’être capables de voir le pays comme un seul et même ensemble. Ce fossé a d’ailleurs, donné lieu à une culture de la violence et de la peur, encore présente actuellement.

Durant à peu près un an avant le lancement du feuilleton, SFCG a organisé toute une série de réunions rassemblant un certain nombre de jeunes pour parler de sentiment d’identité nationale, de responsabilité civique, de respect de « l’autre » et de droits humains. Les jeunes participants ont été ensuite invités à prendre part à des discussions de groupe portant sur les thèmes clés à aborder dans la série et sur les problèmes essentiels qui se posent à la jeunesse libanaise, discussions auxquelles, j’ai moi-même participé.

En tant que représentants de la jeunesse, nous avons présentés nos idées et nos craintes à toutes les réunions. Le sectarisme est clairement présent dans nos vies, ou plutôt, il s’infiltre dans de nombreux problèmes auxquels nous sommes confrontés : il constitue un lourd fardeau dont on ne peut se débarrasser que par un effort concerté, qui changerait notre réalité en nous faisant passer de la division à l’union. C’est pourquoi nous avons voulu que la série The Team dissémine une culture de la paix, qu’elle incite les Libanais à voir des solutions aux problèmes et qu’elle développe aussi une culture de la citoyenneté.

Ainsi, dans le deuxième épisode, Karaki, un joueur musulman, se dispute avec un co-équipier chrétien. La mère de Karaki demande à son fils d’aller présenter ses excuses à son ami pour se réconcilier. En s’impliquant dans cette dispute, elle se lie d’amitié avec la mère du co-équipier de manière inattendue. « Tu es comme une sœur pour moi », lui dit-elle. « Après tout, quelle différence entre Ain Al-Rummaneh et Al-Shayyah ? Aucune. »

La série télévisée met en avant des personnages qui sont confrontés à de gros problèmes sur fond de football ; ils les surmontent pour atteindre des objectifs communs. Ce feuilleton montre comment on peut mieux comprendre « l’autre » et essayer de l’accepter. En somme, si les co-équipiers ne jouent pas ensemble, ils ne peuvent pas atteindre leurs objectifs : gagner les matchs et par extension, réussir en tant que pays.

The Team s’efforce de promouvoir le sentiment d’appartenance chez les téléspectateurs libanais, quelle que soit leur identité religieuse ou politique. L’équipe de joueurs dans la série est un microcosme du Liban. Les footballeurs doivent effectuer un travail d’équipe pour gagner. Comme eux, les Libanais doivent agir ensemble pour surmonter cette crainte, qui persiste depuis la guerre civile.

Firas Al-Dabbagh, bloggueur et activiste libanais, a contribué à l’écriture de la série
The Team [l’équipe]. Les épisodes de cette série peuvent être visionnés sur theteamlb.com.
PUBLIÉ INITIALEMENT SUR
CGNews
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#Football
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