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Société

Disparus au Liban : Une nouvelle initiative pour impliquer les jeunes dans la quête de vérité

BEYROUTH | iloubnan.info - Le 01 fvrier 2017 à 18h27
Capture d'écran d'une video de Act for the Disappeared.

Trente ans après la guerre civile, on ne sait toujours pas ce que sont devenues les milliers de personnes disparues pendant le conflit (leur nombre est estimé à environ 17000, mais les chiffres varient selon les sources). Le temps qui passe joue contre l’émergence d’une vérité, entre autre parce que les témoins vieillissent et finissent par disparaitre à leur tour.

Face à cette réalité, l’association Act for the disappeared estime urgent d’impliquer les jeunes générations pour générer une nouvelle dynamique dans cette quête de vérité. Il ne s’agit pas seulement d’un travail de sensibilisation et de mémoires. Pour l’association, il s’agit aussi de faire participer les jeunes à l’émergence de nouvelles solutions pour avancer sur ce dossier. Et cela va encore plus loin : les jeunes eux-mêmes peuvent jouer un rôle dans le recueil des informations sur les cas des personnes disparues, en parlant avec les témoins encore en vie.

Concrètement, et dans un premier temps, Act for the disappeared invite les parents (directs ou éloignés, et âgés de 20 à 40 ans) de personnes disparues à participer aux discussions sur les causes profondes du désengagement des jeunes sur ce dossier, à s’exprimer sur leur compréhension des raisons derrière l'absence de solution, et sur les nouvelles solutions qu'ils pensent nécessaire d’explorer.

Les premières discussions auront lieu le 11 février à Beyrouth.

Sur la base des résultats de ces entretiens, une performance artistique interactive sera mise en scène et jouée dans deux régions du Liban sélectionnées. Cette performance sera suivie d'un forum de discussion avec la communauté sur la disponibilité des gens à faire face au passé, à s'acquitter de leurs responsabilités, à partager des informations qui pourraient aider à clarifier le sort des disparus. Les discussions seront modérées de manière à créer un dialogue intergénérationnel entre d’une part la génération qui a vécu la guerre, et d’autre part la jeunesse d’aujourd’hui.

Un atelier pour apprendre aux jeunes à recueillir l'information 

Après ces forums, les jeunes des deux régions concernées participeront à un atelier où ils pourront apprendre à recueillir de l'information auprès de leurs parents, voisins et des gens de leur communauté. À la suite des travaux de recherche, les jeunes élaboreront une cartographie des endroits où les gens ont disparu. Cette cartographie sera poursuivie à l'avenir pour inclure des informations provenant d'autres régions.

Dans une des vidéos diffusées par Act for the disappeared, on voit une jeune femme expliquer que sa mère ne l’a pas laissé évoquer la question avec son grand-père, "car cela refait surgir la souffrance". En effet, pour certains, la solution est d’ "oublier" le passé. Pour ACT, c’est tout le contraire. D’abord parce que le temps n’efface rien. "Les familles n'ont jamais "tourné la page", ils ont parfois juste perdu l'espoir. Ils traversent ce traumatisme continu causé par l'incertitude, en ayant le sentiment que nous avons renoncé à eux." Pour l’association, oublier serait au contraire justement ouvrir la porte à de futures tragédies. Faire la lumière sur le sort des disparus et sur ce qui s’est passé pendant la guerre est une "priorité pour prévenir de nouvelles violences. En effaçant cette tragédie de notre mémoire collective, nous empêchons la nouvelle génération de tirer les leçons des préjudices causés par la guerre civile et de comprendre pourquoi elle doit être évitée par tous les moyens."

Si le temps n’efface pas la souffrance, en revanche il peut effacer des preuves et les éléments concrets importants pour les enquêtes. "Le temps passe: des fosses communes ou des tombes sont susceptibles d’être endommagées, par les activités de construction notamment, anéantissant les chances d'identifier d’éventuels restes humains et de les remettre à leurs proches" explique l'association. 

Beyrouth est un chantier de construction permanent. Les promoteurs sont souvent incriminés pour mettre en danger, voire détruire des sites archéologiques. Là, on parle du saccage d'une scène de crime, finalement.

Dans le reportage ci-dessous, publié par Act for the disappeared en 2014, Nizar Saghieh, avocat et chercheur, estimait que l’Etat sait où se trouvent la plupart des fosses communes où des Libanais ont été ensevelis pendant la guerre civile. Il appelait à ce que ces tombes soient délimitées, que l’on puisse en extraire les ossements, mettre sur pied une base de données ADN avec les familles des disparus pour que celles-ci puissent peut-être retrouver leurs proches. La Croix Rouge Internationale a d'ailleurs lancé une opération de collecte d'ADN pour les familles de personnes disparues

La cause des disparitions forcées a mobilisé beaucoup de représentants de la société civile, familles, associations, qui depuis des années mènent un considérable travail de lobbying. Leur effort a d’ores et déjà abouti à un projet de loi sur la création d'une commission d'enquête sur les disparus.

Pour ACT, il ne faut pas s’arrêter là : "D'autres moyens sont possibles, d'autres moyens qui complètent le lobbying. Nous ne proposons pas une solution miraculeuse. Mais laissez-nous sortir du récit que rien ne peut être fait tant qu'il n'y a pas de volonté politique. Regardons ce que nous pouvons réaliser en tant que citoyens. Faire la lumière sur le sort des disparus et sur notre passé est aussi de notre responsabilité." 

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#Disparitions_forcées, #Disparus, #Guerre_civile
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