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Société

Hadi Abdallah dédie son prix Reporters sans frontières à Khaled Issa et aux journalistes citoyens en Syrie

BEYROUTH | iloubnan.info - Le 12 novembre 2016 à 19h36
Par Elodie Morel
Hadi Abdallah (à droite), avec Khaled Issa (à gauche). Photo tirée du site en.zamanalwsl.net

“La première personne à laquelle j’ai pensé quand j’ai su que j’avais reçu le prix Reporters sans frontières, c’est Khaled" raconte Hadi Abdallah, qui a reçu cette semaine (en catégorie Journaliste) le prix décerné chaque année par la célèbre ONG. 

Hadi est un jeune syrien de 29 ans. Il se décrit comme un "journaliste citoyen". Quand la nouvelle de son prix RSF a été annoncée, nous l'avons joint par Whatsapp pour en discuter avec lui. Ce Khaled dont il nous parle, c’est Khaled Issa. Jeune cameraman et photographe, il accompagnait Hadi sur le terrain pour leurs différents reportages. Il est mort cet été, des suites de ses blessures après l’explosion qui a visé sa maison. "Il aurait été tellement heureux,"  imagine Hadi. "Il aurait été comme un fou à sauter partout dans la pièce qui lui servait de bureau. Ce prix est pour lui et pour tous les journalistes citoyens qui ont payé de leur vie leur volonté de rapporter la vérité sur ce qui se passe en Syrie."

Pour Hadi, ce prix marque une étape dans la façon dont le conflit syrien est perçu dans le monde. "C’est la première fois qu’une organisation internationale remet un tel prix à un activiste sur le terrain pour la révolution syrienne. Ce n’est pas anodin. Ca peut attirer les regards sur tous les autres journalistes syriens qui tentent de rapporter la réalité de cette révolution en Syrie, et qui sont qualifiés par le régime de terroristes."

Selon lui, les autorités syriennes n’ont pas du tout apprécié qu’il remporte cette distinction et il estime que ce prix est une victoire pour les médias pro-révolution. "Malgré des moyens très rudimentaires, nous avons réussi à faire entendre notre message face à la grosse machine médiatique des régimes russe, iranien et syrien."

Il reconnaît volontiers que les journalistes activistes en Syrie ne sont pas tous des professionnels. "Ils sont motivés par leur amour pour leur pays et pour cette révolution." Et évidemment, on pourra dire que ce moteur n’est pas la meilleure garantie en termes d’objectivité. "A mes débuts sur le terrain j’ai fait pas mal d’erreurs," admet Hadi. Il a parfois montré sa colère, voire sa rage, quand le régime parvenait à prendre des positions aux rebelles. “Je ne suis pas devenu journaliste du jour au lendemain évidemment. J’ai appris sur le tas”.

Quand le conflit a commencé en 2011, avec les manifestations populaires suivies de la répression violente du régime, Hadi avait un diplôme d’infirmier. “J'ai d'abord voulu être un témoin oculaire. Je rapportais ce que je voyais, avec les moyens que j’avais. Ensuite j’ai commencé à traiter l’information avec un angle plus politique. Je suis devenu activiste, puis journaliste citoyen. Je me suis professionnalisé, petit à petit.”

Finalement ce sont lui et ses camarades qui ont permis au monde de découvrir les images montrant les Casques blancs secourant les victimes coincées sous les décombres dans les villes bombardées par le régime. Que ce soit les siennes ou celles d'autres journalistes citoyens, ces images (comme celle du petit garçon hébété, le visage en sang dans une ambulance à Alep cet été), sont autant de grains de sable puis de gros cailloux dans les rouages bien huilés de la propagande syrienne et russe : le régime de Bachar el Assad a maintes fois affirmé que ses hélicoptères ne larguaient jamais de barils d’explosifs sur des civils.

Les Casques blancs étaient nominés pour le prix Nobel de la Paix cette année. Ils ne l'ont pas eu, finalement. Mais Hadi a reçu le prix Reporters sans frontières. “Ce prix, c’est pour nous le début du chemin pour que le monde entier connaisse la vérité sur l’ampleur des crimes commis par Assad et ses alliés sur le peuple syrien. Le monde commence à peine à savoir,” affirme-t-il ajoutant qu'il ne baissera pas les bras et continuera coûte que coûte son travail d’information: “Je promets à Khaled que je continuerai à rendre compte de ce qu'il se passe sur le terrain. Je continuerai jusqu’à mon dernier souffle.”

Tags
#Journalisme, #RSF
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