iloubnan.info
( Publicité )
Société

Wonder Woman incarne les femmes à l’ONU : un choix à côté de la plaque

PARIS | Rue89 - Le 14 octobre 2016 à 14h31
Par Claire Richard
 Wonder Woman Lynda Carter
Lynda Carter dans « Wonder Woman » - Everett Collection / Rex Feature

Choisir Wonder Woman, c’est dire aux femmes qu’elles peuvent toutes seules être des super nanas, et c’est aux antipodes du féminisme actuel.

Il y a deux jours, l’ONU a décidé de nommer Wonder Woman ambassadrice d’une campagne en faveur des femmes et des filles dans le monde.

Ce n’est pas la première fois que l’ONU fait appel à des personnages de pop culture pour incarner des causes  : Red, un personnage de Angry Bird, avait été choisi pour promouvoir l’action climatique dans un avenir « durable et heureux pour tous ». 

Le New York Times a fait remarquer que l’ONU avait beau jeu de brandir la cause des femmes, quand l’organisation internationale ne respectait pas, et de loin, la parité hommes-femmes au sein de son personnel. Parmi les postes les plus importants, neuf sur dix sont attribués à des hommes, souligne le quotidien, et cette fois encore l’ONU a choisi un secrétaire général de sexe masculin.

Mais qu’importe, une héroïne de comics en culotte moulante, née aux Etats-Unis dans les années 1940 va être le nouveau visage du féminisme version ONU. Vraiment, en 2016, pour faire avancer « l’empowerment des femmes », l’ONU n’aurait pas pu trouver mieux ?

Née de « sex radicals »

Wonder Woman naît en octobre 1941, en pleine Seconde Guerre mondiale. Batman et Superman existent depuis plusieurs années et une partie de l’opinion publique s’inquiète de ces figures qu’elle juge trop violente.

Chez l’éditeur de Superman, un psychologue nouvellement embauché a une idée : et s’ils créaient une héroïne femme ? L’éditeur rétorque que, jusqu’à présent, les personnages de femmes n’ont pas marché. Oui, mais c’est parce qu’elles n’étaient pas supérieures aux hommes, répond le psychologue. Or c’est ça qu’il entend créer. 

Ce psy s’appelle William Marston. Diplômé de Harvard, il a des idées très libérales sur les femmes et le sexe et vit lui-même dans un ménage à trois, avec sa femme avocate ambitieuse, Sadie Holloway, et une ancienne étudiante devenue journaliste, Olive Byrne. Byrne est elle-même la fille d’une célèbre suffragette et militante pour la contraception des femmes. L’amant de sa tante est un des fondateurs de la sexologie, Havelock Ellis, qui défend les droits érotiques des femmes.

Wonder Woman, souligne l’universitaire Jill Lepore qui a retracé son histoire, est bien née dans un milieu extrêmement progressiste, dans la lignée des « sex radicals » de l’époque.

Amazone forte et sexy

D’ailleurs, Marston le dira tout net : 

«  Franchement, Wonder Woman c’est de la propagande psychologique pour le type de femme nouveau qui devrait, à mon sens, dominer le monde.  »

Il propose l’histoire de Suprema : la princesse d’une tribu d’Amazones qui se sont réfugiées là après leur défaite contre Hercule et vivent sous la direction de la reine Hippolyte. L’éditeur est conquis, mais la rebaptise Wonder Woman. Il est décidé qu’elle sera canon, et qu’elle portera le moins de vêtements possibles, dans la limite de ce que la censure permet. C’est un homme de 61 ans, ancien dessinateur de pin-ups, qui se chargera des dessins. Jill Lepore décrit ainsi ses consignes  :

« Dessiner une femme aussi puissante que Superman, aussi sexy que Miss Fury, aussi légèrement vêtue que Sheena Reine de la Jungle et aussi patriotique que Captain America.  »

Wonder Woman est donc canon et puissante.

« Gagne ta vie ! »

Nous sommes en pleine Seconde Guerre mondiale et beaucoup de femmes se sont mises à travailler pour remplacer les hommes partis au front. Dans une histoire de Wonder Woman de 1943, appelée «  Bataille pour la Féminité  », où le dieu Mars s’y inquiète du nombre de femmes qui contribuent à l’effort de guerre. Il tonne  :

« Si les femmes gagnent du pouvoir pendant la guerre, elles échapperont complètement à la domination masculine ! »

Mais Wonder Woman déjoue ses plans d’enchaîner les femmes et délivre la femme même de Mars, à qui elle enjoint  :

«  Sois forte  ! Gagne ta vie, rejoins les WAACS ou les WAVES et bats-toi pour ton pays  !  »

Tout de même. 

Mais après la guerre, Wonder Woman est rappelée à la maison, comme la plupart des femmes évincées du marché du travail, maintenant que les hommes sont de retour. 

Icône féministe

Dans les années 1970, Wonder Woman redevient une icône féministe pour le mouvement féministe américain naissant. En 1972, l’équipe de Ms, important magazine féministe, met Wonder Woman en couverture de leur premier numéro. Gloria Steinem, cofondatrice de Ms, écrira :

«  La famille de Wonder Woman, les Amazones de Paradise Island, sa bande de copines de l’université et ses efforts pour sauver les femmes sont d’excellents exemples de femmes qui travaillent ensemble et prennent soin les uns des autres. Le lecteur masculin ne trouvera peut-être pas cette idée de coopération révolutionaire. Car on représente souvent des hommes en train de travailler ensemble. Mais les femmes savent combien l’idée d’être sœurs est rare, et par là-même excitante.

La mère de Wonder Woman, la Reine Hippolyte, propose un exemple aux jeunes filles en quête d’identité. La Reine Hippolyte fonde des nations, mène une guerre pour protéger l’île du Paradis et envoie sa fille se battre contre les forces maléfiques à l’œuvre dans le monde...

Wonder Woman symbolise beaucoup des valeurs de la culture des femmes que les féministes essaient d’introduire dans le mainstream  : la force et l’autonomie pour les femmes, la solidarité et le soutien entre femmes, le pacifisme et le respect de la vie humaine, la diminution de l’agression “ masculine ” et de l’idée que la violence est la seule façon de résoudre les conflits.  »

Mais controversée

Mais tout le monde ne le voit pas comme ça. Dès 1975, le mouvement féministe se fissure, en proie (déjà) à de nombreuses tensions internes. Et tout le monde ne partage pas l’enthousiasme de Steinem pour Wonder Woman. En 1975, le groupe Redstockings s’en prend à ce symbole, qui incarne pour eux :

« La “ femme libérée ”, une idée individualiste qui nie la nécessité d’un mouvement et sous-entend que si les femmes ne réussissent pas, c’est de leur faute.  »

40 ans plus tard, ces arguments sont toujours recevables.

Wonder Woman c’est une idée de la libération de la femme conçue par des hommes, incarnée par une pin-up et centrée sur une idée très individualiste de la libération des femmes. 

Wonder woman, ce n’est pas histoire d’émancipation, puisqu’elle est née émancipée, dotée de super-pouvoirs et d’une nature hors du commun.

Wonder Woman, ce n’est pas non plus une histoire de lutte contre une structure patriarcale, ce n’est pas une histiore collective, c’est juste une personnification, certes sympathique, d’une lutte absolument individuelle.

Le rôle de la société

Or s’il y a quelque chose qu’on sait aujourd’hui, c’est combien la question de l’émancipation des femmes est un processus collectif.

Dire à une femme d’être une Wonder Woman, c’est lui dire qu’elle peut, toute seule comme une grande, dépasser les contradictions qui semblent compliquées. Alors que le féminisme contemporain essaie justement de dénouer ça, de dire aux femmes qu’elles ne sont pas, justement, des « wonder woman » et que la société a aussi son rôle à jouer. 

A une époque où le féminisme prend de nombreuses formes et revit sur Internet, où plus que jamais le féminisme est affaire de communautés en ligne et hors ligne, de mouvements qui se reforment et de luttes qui se retrouvent et s’allient, l’idée de le figurer par une super femme qui sauve le monde toute seule est vraiment, vraiment dommage. 

Une suggestion : Daenerys, la reine de Game of Thrones. Au début dominée par son frère et son mari, elle s’émancipe, gagne son trône et s’entoure de femmes et de marginaux pour conquérir le monde.

via GIPHY

PUBLIÉ INITIALEMENT SUR
Rue89
Tags
#femme, #WonderWoman
Donnez votre opinion
1 Commentaires
houari
17 octobre 2016 à 15h49
Sur la vidéo de youtube de Wonderwoman, l'héroine plonge dans l'eau avec ....
UN BURKINI !!!!!!!!!!!!!!
( Publicité )
( Publicité )
( Publicité )
( Publicité )
( Publicité )
                        
© COPYRIGHT 2018 Par Proximity Agency