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Société

Tunisie : Test anal pour prouver l’homosexualité !

TUNIS | Le 24 septembre 2015 à 16h36
Par Lina Ben Mhenni

On continue à vouloir croire que malgré vents et marées la Tunisie a réussi à garder le statut, ou du moins l’image du pays-phare du dit-Printemps Arabe. Ceci nonobstant le fait que durant ces quatre dernières années, les Tunisiens en ont vu de toutes les couleurs : difficultés économiques, montée du terrorisme, assassinats politiques, présomptions de torture et morts suspectes. etc.

En effet, vu de l’extérieur, le pays demeure un exemple, plutôt l’exemple, le seul, de la réussite des soulèvements populaires dans le Monde Arabe. Les journalistes et les experts ont souvent tendance à faire des comparaisons entre les différentes évolutions qu’ont connues les mouvements de protestation dans les différents pays. Et c’est comme cela que certains détails leur échappent, les induisent en erreur et leur font tirer des conclusions hâtives. Et c’est ainsi qu’ils oublient de décrire la situation particulière de chaque pays à part.

Lors de mes déplacements je rencontre beaucoup de personnes qui me félicitent pour la réussite de mon pays dans sa transition démocratique. On me félicite pour les libertés fraichement acquises notamment la liberté d’expression et le respect des droits humains.

 Et c’est précisément à ces moments là surtout qu’un sentiment d’amertume m’envahit. Car essayant de centrer mes efforts et mon énergie pour servir les causes des droits humains, je fais souvent face à de multiples abus et atteintes à ces droits là. Et quand je parle de droits humains, je parle bien des droits universels sans exceptions. Et croyez-moi, les atteintes aux droits humains en Tunisie sont encore loin d’être de simples accidents de parcours. Ce billet vous   parlera d’un cas récemment enregistré.

Cette semaine, un tribunal tunisien a condamné un jeune étudiant de 22 ans à un an de prison pour homosexualité en vertu de l’article 230 du code pénal qui pour éradiquer cette "infamie" prévoit de fait un châtiment de 3 ans de prison.

Article 230. – La sodomie, si elle ne rentre dans aucun des cas prévus aux articles précédents, est punie de l’emprisonnement pendant trois ans.

Avant de passer devant le tribunal le jeune a été d’abord convoqué par un poste de police pour en tant que témoin dans une affaire. Et là il s’est trouvé, on ne sait trop bien comment, sur le banc des accusés. Il paraît que des policiers curieux se sont arrogés le droit de regarder de trop près son téléphone et de décortiquer ses messages et l’ont submergé de questions pour le forcer à avouer son orientation sexuelle. Suite à quoi il a été contraint de se soumettre à un test anal effectué par un médecin légiste, pratique courante en Tunisie alors que la législation ne l’a pas prévue et que l’ONU la considère comme une forme de torture.

Et à l’attention de ceux qui argueront qu’il est normal que l’on soit condamné pour avoir enfreint une loi encore valide en Tunisie même si elle est contraire à la loi internationale je ferai remarquer que le jeune homme n’a nullement été pris en flagrant délit (si on peut appeler cela un délit.) et qu’aucune plainte n’avait été préalablement déposée contre lui.

Dans mon entendement cette affaire vient nous rappeler encore une fois que la Tunisie demeure un pays arriéré pour ce qui est du respect des droits humains et des droits des minorités en particulier. Elle nous rappelle aussi qu’il y’a encore un grand fossé entre les articles de la nouvelle constitution et la législation effectivement mise-en-oeuvre qu’illustre le code pénal qu’on a oublié jusqu’à présent d’actualiser pour aller de pair avec les exigences, pour ne pas dire les déclarations de foi, de la deuxième république qui stipule notamment, dans son article 24 que : L’État protège la vie privée et l’inviolabilité du domicile et la confidentialité des correspondances, des communications et des données personnelles.

En effet, dans cette affaire, il est indéniable qu’il y’a eu atteinte non seulement à la vie privée de ce citoyen tunisien mais aussi à son intégrité physique. En l’obligeant à avouer son homosexualité et à se soumettre à un test anal l’on a sûrement enfreint les droits de l’homme les plus fondamentaux.

Seul rayon de lumière dans cette affaire c’est qu’une campagne appelant à la redéfinition des crimes sexuels et à l’amendement de l’article 230 du code pénal tunisien s’en est suivie.

Tags
#Homosexualité, #Tunisie
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1 Commentaires
houari
20 octobre 2016 à 00h31
Ce n'est pas simple d'être différent. Pourtant cette différence fait la beauté de ce monde.
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