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Société

Une fatwa contre une déclaration de l’ONU contre les violences faites aux femmes

PARIS | Rue89 - Le 14 mars 2013 à 10h33
Par Pierre Haski
“UN Women for Peace”, la manifestation organisée pour la Journée internationale de la Femme le 8 mars 2013. Photo: UN Women.
Une fatwa contre une déclaration des Nations unies ? C’est sans doute une première et on a la doit au Grand Mufti de Libye, cheikh Sadek Al-Ghariani. L’objet de la colère du plus haut dignitaire musulman libyen : les femmes.
Le Grand Mufti s’insurge contre un projet de déclaration en discussion à une réunion de la commission de la Condition de la femme qui se tient actuellement au siège de l’ONU, à New York, et à l’issue de laquelle les représentants de 190 gouvernements doivent en principe adopter vendredi une déclaration sur « l’élimination et la prévention de toutes les formes de violence faites aux femmes et aux filles ».

Cheikh Sadek appelle les musulmans du monde entier à protester vendredi contre cette déclaration qui prône, selon lui, « l’immoralité et l’indécence », et serait contradictoire avec certaines dispositions de la charia.

Iran, Russie et Vatican, l’alliance « peu sainte »

Il n’est pas le seul à s’opposer à l’adoption de ce texte. Le New York Times a dénoncé mercredi, dans un éditorial, l’« unholy alliance », l’alliance « peu sainte » et même carrément contre nature entre l’Iran, la Russie et... le Vatican (oui, le Vatican est un Etat non-membre observateur à l’ONU et à ce titre participe aux débats), pour bloquer ou atténuer cette déclaration vendredi.

On assiste donc à une nouvelle offensive des forces les plus conservatrices (la Russie de Poutine et de l’Eglise orthodoxe est à ranger dans cette catégorie) pour bloquer une déclaration dont on sait le peu de cas qu’en feront de toutes les manières les Etats hostiles.

Qu’y a-t-il d’hérétique dans ce texte ?

Ces conservateurs, religieux et étatiques, s’opposent au langage contenu et aux idées défendues dans cette déclaration, de crainte qu’elle ne serve de référence et d’encouragement aux groupes de la société civile qui se battent sous toutes les latitudes.

Qu’y a-t-il d’hérétique dans ce texte (disponible en téléchargement ici dans sa version originale en anglais) ? Les objections portent sur plusieurs points :

-La négation de la primauté de la religion sur le droit (sur des questions comme le divorce, l’héritage, le mariage) ;

-La dénonciation de la structure patriarcale des sociétés et des inégalités qu’elle génère dans le statut des femmes ;

-La reconnaissance en creux du droit des femmes à choisir leur sexualité (l’homosexualité, donc) et les questions liées à la procréation (contraception et avortement).

L’une des phrases contestées, qui fait bondir imams et cardinaux (quand ils ne sont pas en conclave) car elle fait de la religion un alibi des violences faites aux femmes :

« La commission appelle les Etats à condamner avec fermeté toutes les formes de violence envers les femmes et les filles, en se gardant d’invoquer toute habitude, tradition ou considération religieuse pour échapper à leurs obligations telles qu’elles sont définies dans la déclaration sur l’élimination de la violence envers les femmes. »

Un combat d’arrière-garde

Ce débat onusien est loin d’être une affaire de spécialistes et de diplomates uniquement. Il se déroule sur fond de mouvements profonds et de masse qui entourent les cas les plus médiatisés de violences faites aux femmes, en particulier en Inde, au Pakistan, en Afrique du Sud ou en France ces dernières semaines.

La résistance des grandes religions et de certains Etats à la déclaration de l’ONU apparait dès lors comme un combat d’arrière-garde face à la montée d’un sentiment universel de refus de ces violences et de ce qu’elles disent du monde actuel.

A l’ouverture de la réunion, à New York, l’ancienne présidente chilienne Michelle Bachelet, actuellement secrétaire générale adjointe de l’ONU, a déclaré aux délégués de 190 pays :

« Le monde nous regarde alors que nous nous réunissons pour prévenir et éliminer la violence contre les femmes et les filles. »

Si vendredi, la déclaration sur l’élimination de la violence faite aux femmes n’était pas adoptée, ou pire était édulcorée à New York, c’est la pas-si-sainte alliance du Grand Mufti libyen, du Vatican, de l’Iran et de Vladimir Poutine qui aura gagné. Et les citoyens du monde, hommes et femmes, qui auront perdu.
PUBLIÉ INITIALEMENT SUR
Rue89
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