iloubnan.info
( Publicité )
Société

Les musulmans de France, après les élections

PARIS | CGNews - Le 04 aot 2012 à 14h29
Par Aude Jehan
Image tirée du blog: palestineinfrance.wordpress.com/
Le Ramadan a débuté le vendredi 20 juillet pour plus de 3,5 millions de musulmans français. Cette année, l’enthousiasme pour le jeûne semble plus fort que jamais : d’après le journal La Croix, 71 pour cent des musulmans de France observent le jeûne du Ramadan contre 60 pour cent il y a une vingtaine d’années. Quant aux responsables politiques fraîchement élus, ils tiennent à participer aux diners de l’iftar qui marquent la fin d’une journée de jeûne, notamment au premier diner à la Grande Mosquée de Paris, pour montrer qu’ils veulent ouvrir une nouvelle ère dans les relations entre les citoyens musulmans et non musulmans.
Cependant, en France, les débats de ces dix dernières années concernant le rôle de la religion dans la sphère publique, l’immigration, la cohésion sociale et d’autres questions épineuses montrent que les tensions sociales vont en s’aggravant et que l’opinion publique est de plus en plus divisée. Le débat public est dominé par la désinformation et une perception erronée des relations entre les musulmans français et leurs concitoyens. La situation s’est dégradée davantage encore l’an dernier lorsque le gouvernement du président Sarkozy a provoqué la colère d’un grand nombre de musulmans en interdisant le port du voile facial dans les lieux publics.

De nombreuses personnes pensent que les choses vont changer grâce aux élections qui viennent d’avoir lieu.

Les musulmans de France espèrent que le nouveau gouvernement apportera des changements positifs. « Avec la gauche [au pouvoir], nous nous sentons plus proches du gouvernement et de la France en général. Et la France se sent elle aussi plus proche des musulmans » dit un jeune musulman de Paris. « Maintenant, nous pouvons nous concentrer sur des problèmes plus importants, comme l’emploi. »

D’autres signes prometteurs laissent espérer que la situation est en train d’évoluer. Le 19 juillet dernier, le nouveau président, François Hollande, a rencontré le recteur de la Grande Mosquée de Paris, Dalil Boubakeur. Les deux hommes ont discuté de problèmes tels que : l’organisation de l’islam en France, la formation des imams et les crimes de haine contre les musulmans. Le recteur de la mosquée a rendu hommage au nouveau président pour avoir rétabli un climat de sérénité et d’espoir - particulièrement pour les musulmans de France – depuis son élection à la tête du pays.

Deux jours après cette rencontre, au deuxième jour du Ramadan, le ministre français de l’intérieur, Manuel Valls, a été invité à rompre le jeune à la Grande Mosquée de Paris.

La participation de responsables politiques français à des iftars pendant le Ramadan n’a rien de nouveau en soi (l’ancien président Nicolas Sarkozy et son premier ministre François Fillon l’ont également fait). L’iftar de 2012 à la Grande Mosquée de Paris marque toutefois un tournant dans la politique française et symbolise un pas en avant vers l’intégration des musulmans dans la République française.

Le 6 juillet dernier, lors de l’inauguration de la Grande Mosquée de Cergy – un bâtiment typique de la banlieue parisienne, à l’architecture des années 1960 - le ministre de l’intérieur, a déclaré : « L’islam, dans sa dimension universelle est un élément constitutif à part entière (…), [il] a toute sa place en France (…)Trop souvent, l’islam a été instrumentalisé, trop souvent son nom a été prononcé pour véhiculer une suspicion, de la défiance, du mépris (…) Notre responsabilité, c’est de progressivement construire un islam de France, un islam qui trouve pleinement ses racines dans notre pays.'' Le ministre n’a pas manqué de critiquer au passage la politique d’intégration et d’immigration controversée de l’ancien président en la qualifiant d’« arbitraire et de discriminatoire », et a proposé la mise ne place de procédures plus objectives.

Cependant, il faudrait faire davantage pour réparer les années de méfiance et de désinformation. Pour combler le fossé entre sa population musulmane et son gouvernement, la France doit explicitement rejeter le lien entre les problèmes socio-économiques et ceux d’ordre culturels. Il serait grand temps par exemple d’abandonner l’idée préconçue selon laquelle « l’islamisation » est une des causes du chômage et les difficultés économiques.

Il est aussi indispensable que les responsables politiques français changent le discours dominant sur l’identité nationale et le patrimoine français pour y inclure la culture et l’histoire islamiques. La France, fière de sa notion de laïcité (autrement dit l’absence de la religion dans les affaires de l’Etat et l’absence de l’Etat dans les affaires de la religion), a néanmoins besoin de se définir une notion de citoyenneté, qui tienne compte des diverses couches d’identités et d’appartenances de sa population.

Un des moyens pour y parvenir est la voie de l’éducation pour dissiper la supposition selon laquelle l’identité est une notion figée ; non seulement parce que cette idée engendre des conséquences dangereuses mais aussi parce qu’elle est historiquement fausse. Le défi consiste à changer les mentalités de sorte qu’on perçoive les musulmans comme des concitoyens légitimes.

Aude Jehan est chercheuse invitée au Centre pour les relations transatlantiques, à Paul H.Nitze School of Advanced International Studies (SAIS) de l’Université Johns Hopkins à Washington. Elle y a obtenu cette année la distinction de French Embassy Fellow.
PUBLIÉ INITIALEMENT SUR
CGNews
Tags
#Islam
Donnez votre opinion
0 Commentaires
( Publicité )
( Publicité )
( Publicité )
( Publicité )
( Publicité )
                        
© COPYRIGHT 2018 Par Proximity Agency