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Société

En Algérie, près d'un tiers des députés sont des femmes

ALGER | CGNews - Le 20 juin 2012 à 15h27
Image: Chafia Mentalechta élue député de l'Union des Forces Démocratiques et sociales. Photo tirée du blog: lavoixpourlechangement.blogspot.com
Les défenseurs des droits des femmes garderont à jamais gravées dans leur mémoire les élections législatives algériennes du jeudi 10 mai 2012. Ce jour-là, 147 femmes, sur un total de 462 candidats, sont élues à l’Assemblée Populaire Nationale (APN) - une avancée record vers la parité. En 2007, les femmes députées n’avaient remporté que 8% des sièges.
Comment un tel bond en avant a-t-il pu se produire ? Cela s’explique en partie par la loi 31-bis introduite dans la Constitution en novembre 2008. Elle impose aux partis politiques un quota féminin de 20% sur leur liste de candidats – et pénalise les partis qui ne s’y soumettraient pas en les éliminant du scrutin.

Et pourtant, si la classe politique féminine est plutôt optimiste au regard de cette évolution, certaines militantes restent sceptiques. L’avocate algérienne Fatma-Zohra Benbraham dénonce la nouvelle loi sur la représentation féminine comme une « loi piège », étant donné « que la législation évoquait la représentation féminine dans les listes de candidatures et non pas au sein de l’APN,» comme elle l’a déclaré au journal algérien Le Temps d’Algérie.

Du même avis que Fatma-Zohra Benbraham, Yasmina Taya, présidente de l’Association nationale des femmes algériennes chefs d’entreprises, a fait remarquer que les femmes algériennes restent malgré tout marginalisées dans les postes-clés de l’état.

On peut cependant saluer cette ascension extraordinaire des femmes aux sièges de l’APN, dans un pays qui était fermé à toute participation politique féminine voilà encore quelques années.

La visibilité des actions des organisations féministes a, au fil du temps, contribué à la crédibilité du rôle public que pouvait revêtir la femme algérienne au sein de sa société.
Citons l’exemple de l’association algérienne « Amusnaw » (qui signifie « le lettré »), qui œuvre au quotidien pour l’égalité entre hommes et femmes. Cette année, elle a initié un projet pour l’élaboration d’un contrat de mariage type, qui pourrait aider les femmes à poser des conditions avant de contracter un mariage, conditions telles que le droit de travailler ou de poursuivre ses études par exemple. L’association essaie maintenant de convaincre l’état de l’utiliser comme contrat de mariage standard.

De tels efforts permettent un support public croissant en faveur du droit des femmes et offrent une plus grande visibilité aux questions féminines.

C’est grâce au combat de la société civile féminine que ces 147 femmes députées se retrouvent aujourd’hui élues. Elles ont donc une sorte de redevance morale à l’endroit de cette société civile. Il faut désormais qu’elles appuient les projets de loi qui favorisent l’épanouissement des femmes algériennes sur le plan politique, économique et social. Leur agenda doit en priorité se concentrer sur la lutte contre la violence à l’égard des femmes, l’amélioration de leur accès aux postes supérieurs, la parité et surtout la révision du code de la famille. Tous ces éléments permettront de garantir une réelle considération des besoins des femmes algériennes.

Aujourd’hui, plusieurs actrices de ces organisations de défenses des droits des femmes proposent leur soutien aux élues. Nassera Merah, sociologue et militante féministe, a conçu un programme de formations destiné aux femmes engagées dans la politique, telles que les cadres de l’administration locale et nationale, les militantes et les cadres associatifs. Les objectifs du programme sont d’octroyer les moyens et les outils essentiels aux femmes politiciennes pour être en mesure de prendre en charge le programme d’un parti ou de proposer des nouveaux textes de lois à l’assemblée. Tout le savoir-faire de la société civile féminine doit être mis à la disposition des nouvelles députées afin qu’elles puissent en tirer profit.

Les hommes auront aussi leur rôle à jouer dans l’amélioration de la représentativité féminine dans l’espace public. A en croire Nadjia Zeghouda, syndicaliste et militante des droits humains, cette féminisation de l’APN poussera les hommes à revoir leur position vis-à-vis des problèmes des femmes et de la société. En effet, travailler au côté d’un plus grand nombre de femmes au sein d’une assemblée pourrait améliorer la façon dont les hommes perçoivent les questions féminines et les aideraient à prendre au sérieux les lois ayant trait aux femmes.

Espérons que ces femmes élues sauront exposer les préoccupations de leurs semblables, d’une manière plus originale et concernée.

Enfin, il est impossible de parler de démocratie et des droits de l’homme sans y intégrer la femme. Toute victoire sur la route qui mène à ces objectifs nécessite la participation des femmes.

Le début de parité à l’Assemblée nationale algérienne est une étape positive, annonciatrice d’un changement progressif et réel vers le progrès et la démocratie – pour tous les Algériens, hommes ou femmes.

N. Hafid est une militante des droits humains en Algérie.
PUBLIÉ INITIALEMENT SUR
CGNews
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#Algérie, #Femmes_et_politique
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