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Société

Les journaliers d'EDL continuent leur grève: "On veut être traité comme les autres employés"

BEYROUTH | iloubnan.info - Le 18 mai 2012 à 13h01
Par Andrew Codd
Des journaliers d'EDL en grève le 17 mai 2012.
Depuis une dizaine de jours, les journaliers d'Electricité du Liban continuent leur mouvement social. Hier, à Nabatyeh et à Beyrouth ils ont occupé les locaux de l'entreprise et ont bloqué l'accès aux locaux en déclarant que la grève prendrait de l'ampleur si le gouvernement ne réagissait pas. Principale revendication :l'égalité de traitement entre tous les travailleurs d'EDL: souvent employés par des sociétés sous-traitantes et baladés d'entreprises en entreprises, les journaliers, sans droits sociaux, demeurent plongés dans une profonde précarité.
Quand on arrive à l'accueil d'EDL, il faut bien quelques minutes pour s’apercevoir que quelque chose ne tourne par rond. Des gens assis sur des chaises, peu de guichets ouverts, on pourrait croire à une journée normale d'affluence. Sauf que ce jeudi 17 mai, aucun client n'est présent, et toutes les personnes dans le hall n'attendent pas de régler leurs factures électriques, mais d'obtenir un statut juridique cadrant leur activité professionnelle. Il s'agit des journaliers d'EDL, qui en sont à leur dixième jour de grève et attendent avec impatience un geste du gouvernement prévu pour mercredi prochain. D'ici là, la grève continue.

"On travaille pour EDL mais pas directement"


Catégorie professionnelle précaire, les journaliers ne disposent pas du même statut que les autres salariés de l'entreprise tout simplement car ils n'en font pas partie à proprement parler. Beaucoup d'entre eux ont été relégués dans des entreprises privés sous traitantes.

« On pointe à la journée, on est payé comme ça, on travaille pour EDL mais pas directement [...] Comme ils nous font changer d'entreprises souvent ça leur permet de nous maintenir dans cette situation » nous explique l'un des grévistes.

Et ils sont environ 1700 dans cette situation, certains travaillant à EDL depuis plus de 10 ans, touchant des salaires largement inférieurs aux salariés « officiels ». Leurs années de service leurs ont d'ailleurs permis d'acquérir un savoir faire particulier, qui leur permet de ne pas risquer le licenciement pour militantisme:« EDL ne peux pas se passer de ses ouvriers: moi par exemple ça fait 15 ans que je travaille ici. Ils ne peuvent trouver du jour au lendemain des personnes pour nous remplacer ».

Accidents du travail

Dans un coin de la salle, des jeunes grévistes sont assises sur les bancs habituellement réservés aux usagés. A côté d'elles trône un monument à la gloire des ouvriers morts dans l'exercice de leur fonction. L'une d'elles nous confie:« Personne d'entre nous ne sera inscrit sur cette plaque si jamais elle est victime d'un accident de travail, on ne connaîtra pas le nom de nos mort ».

Un homme nous rejoint et nous montre son bras criblé de cicatrices, provoquées selon lui par un accident du travail. « Plus de 20 d'entre nous sont morts en travaillant à EDL, et 40 autres ont été blessés,» affirme-t-il. Ne disposant pas de la sécurité sociale, les journaliers ont opté pour l'auto-organisation. Grâce à une caisse de solidarité bien rodée, ils pallient avec succès l’absence de prise en charge par les pouvoirs publics. « Nous sommes 1700, si chacun met 2000LL ça va vite ! » poursuit le gréviste. Aucun syndicat officiel ne participe à la lutte des journaliers, habitués à ne compter sur personnes. Quand on lui pose la question, un des porte-paroles du mouvement nous montre la salle d'un geste du bras.

« C'est nous le syndicat ! » répond-il tout sourire.

Perspectives : "c'est cinquante cinquante"


Le ministre de l’Énergie et des Ressources hydrauliques, Gebran Bassil qui avait demandé à ce que soient prises des mesures sécuritaires immédiates afin de rétablir l'accès aux locaux, semble avoir été entendu. Aujourd'hui l'accès est libre, et les grévistes sont regroupés dans le hall d'accueil. Sur l'aboutissement de leur revendication, beaucoup semblent perplexes. « C'est cinquante cinquante » nous dit l'un d'entre eux.

Le mouvement des journaliers dispose quand même d'un bon soutien au sein même de l'entreprise. Vendredi, en signe de solidarité, un employé a invité tous les grévistes à participer à un petit déjeuner commun. Au menu, manouché à la viande et ayrane.

En attendant une potentielle réponse du gouvernement mercredi prochain, les journaliers d'EDL travaillant à Beyrouth continueront de se réunir chaque jour dans le hall du bâtiment à Mar Mikhael.
Tags
#EDL, #Emploi
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