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Société

La Laïque Pride trace son chemin à Beyrouth

BEYROUTH | iloubnan.info - Le 11 mai 2012 à 09h05
Par Andrew Codd
Un manifestant de la Laïque Pride, ou marche pour la laïcité, dont la troisième édition a eu lieu à Beyrouth.
La troisième Laïque Pride s'est déroulée dimanche après-midi à Beyrouth. Depuis sa première édition, le mouvement poursuit sa route, lentement mais sûrement, avec beaucoup d'espoir malgré les frustrations.
« Ma confession ne te regarde pas ! » C’est l'un des slogans que l’on pouvait entendre ce dimanche aprs-midi, dans le cortège de la Laïque Pride libanaise à Beyrouth.

Pendant près de deux heures, le cortège bariolé, parti du jardin de Sanayeh vers 16h, à arpenté les rues d’Hamra, direction la Corniche. Cette Laïque Pride, manifestation pour l'adoption d'un système politique laïque au Liban, en est à sa troisième édition. Selon les organisateurs, elle aurait réuni cette fois-ci entre 1000 et 2000 participants (un nombre supérieur à celui de l’édition précédente), dans un Liban encore majoritairement dominé par ses composantes confessionnelles.

Indépendance politique
Cette année encore, la manifestation s’est déroulée sous le signe de l’indépendance politique et effectivement, fleurs et drapeaux libanais seront les seuls symboles arborés par les participants. Être visible sans participer au jeu politique, voilà le pari difficile que doivent relever les organisateurs de la laïque pride. Au-delà de l'aspect philosophique de cet engagement, cela pose un problème pratique de taille : bien loin des énormes financements dont disposent les partis politiques pour organiser leurs rassemblements, la laïque Pride ne peut compter que sur l’effort des quelques bénévoles pour exister. Alexandre Paulikevitch, danseur et organisateur de la manifestation explique : « Notre seul source de financement est un fleuriste, de plus nous voulions qu’aucun parti ou organisation ne soit représenté, c’était la condition pour participer, tous derrière la seule bannière de la laïcité ».

Ce discours se retrouve chez beaucoup de participants. Une jeune étudiante en lettres avoue ouvertement « ne pas avoir confiance dans les partis politiques libanais pour engager un changement laïque, voire un changement tout cours ». Un peu plus loin, un militant du parti communiste se réjouit de ne pas voir son parti représenté dans le cortège. « Les partis n’ont pas leur place ici, c’est une manifestation par le peuple, pour le peuple »

«I Laïc it»

L’optimisme est de mise en ce dimanche après-midi et beaucoup de participants voient dans cette manifestation un espoir pour l’avenir du Liban. Au fil du cortège, on croise quelques représentants de la vie culturelle beyrouthine. Alexandre Paulikevitch, mégaphone en bandoulière et drapeau libanais à la main, prend la tête de la marche. Mais ce sont les étudiants, qui sont le plus représentés. L’une d’entre eux, en formation à l’ALBA ne cache pas sa motivation : « Je vois un réel engouement pour le mouvement, c'est ma deuxième Laïque Pride et nous sommes encore plus nombreux que la fois passée».

En effet, beaucoup avouent voir de nouvelles têtes cette fois-ci et la Laïque Pride semble meme avoir fait des emules en dehors de Beyrouth. A Baalbek le même jour, une trentaine de personnes se sont réunies pour diffuser des tracts, signe que la cause laique ne se limite pas au petit univers etudiant et artisitque beyrouthin.

"Ce n'est pas une marche tous les six mois qui fera tomber le système confessionnel"


D’autres sont toute fois un peu plus réservés et admettent que ce n’est pas une marche tous les six mois qui fera tomber le régime confessionel, mais plutôt un mouvement de fond sur le long terme.

A ceux-ci, Alexandre répond : « Bien sur qu'il faudrait plus d’actions. Nous sommes prêts à collaborer avec les associations laïques. Le probleme c’est que nous ne pouvons pas nous subsituer aux autres organisations. Moi je suis artiste, je ne peux pas m’occuper de politique tout le temps ». En effet, la laïque Pride n’est que l’expression la plus visible d’une cause qui fédère de nombreuses organisations. Et cette diversite ne va pas sans poser de probleme.

« Nous avons dû faire face à une relle campagne de diabolisation de la Laïque Pride de la part de personnes se revendiquant d'elles-mêmes de la cause laïque […] Certains ont essayé de faire passez la Laïque Pride pour une Gay Pride » confie Alexandre. Les organisateurs estiment que la cause homosexuelle et celle de la laïcité sont fortement liées. Dans un Liban où l'homosexualité est encore un crime, ils avaient cependant pris soin de ne pas revendiquer ouvertement l’abrogation de l’article 534 du code pénal libanais, qui condamne « les rapports sexuels contre nature ». Histoire de ne pas pousser les revendications trop loin, en quelque sorte.

Quand on lui demande si le mouvement enclenché par la Laïque Pride pourait se transformer en association ou en parti politique, Alexandre répond sans hésiter.
« Ce n’est pas envisageable, cela nous ferait perdre notre légitimité populaire. La Laïque Pride réunit avant tout des individus libres qui partagent une nouvelle vision de la réalité et qui souhaitent avant tout lutter contre des lois allant à l’encontre des droits de l’homme. »
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#laïcité, #Laïque_Pride
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