Quand on pense à l’alcoolisme, on a surtout tendance à penser aux hommes qui souffrent de ce problème. Cependant, de récentes études de psychiatres locaux montrent que le nombre de femmes alcooliques au Liban est en hausse : selon ces professionnels, pour quatre hommes souffrant d’un problème d’alcool, on compte aujourd’hui une femme. « En 1960, ce chiffre était bien plus bas, déclare le Dr Sami Richa, un psychiatre libanais spécialisé dans le traitement des patients souffrant d’une dépendance à l’alcool. On comptait une femme alcoolique pour douze hommes ».
Selon le Dr Richa, « parmi les facteurs pouvant favoriser le risque de développer une telle dépendance, il y a le fait, pour une fille, d’avoir un père alcoolique. Mais le risque peut aussi dépendre du stress : cumulation des rôles (mère, épouse, travail) ; incidents personnels tels que rupture amoureuse, voire divorce, ou encore incident gynécologique ou obstétrique ».
Nabih Eid, médecin de famille, confirme que davantage de femmes aujourd’hui sont dépendantes de la bouteille, et ajoute que l’adolescence est une période dangereuse dans ce domaine pour les filles : « Même si la religion joue encore un rôle de restriction dans la vie des gens, lors de fêtes ou en boîte de nuit, les jeunes filles sont aujourd’hui plus nombreuses à commander des boissons alcoolisées », explique-t-il
Hormis la question de la disponibilité et des attitudes plus libérales de nos sociétés modernes, il y a un autre facteur qui selon le milieu médical pousse sérieusement les femmes à boire. « La guerre a laissé de nombreuses séquelles, poursuit le Dr Eid. De nombreuses familles ont perdu des parents, certains ont été kidnappés, et la guerre en a plongé beaucoup dans la pauvreté, ce qui a accentué les tensions familiales. On utilise alors l’alcool comme un moyen de soulager les douleurs, les pertes et toutes les situations de ce genre, ce qui contribue aujourd’hui à augmenter la dépendance à l’alcool chez les femmes » Mais malgré l’importance croissante du problème, il semble bien que l’on ne lui porte pas beaucoup d’attention. « Nous avons un problème au Liban, déplore le Dr Richa. Notre société n’encourage pas les gens à aller de l’avant et à demander de l’aide aux professionnels ». Il explique qu’il a tenté un temps de promouvoir le programme des Alcooliques anonymes au Liban, « mais comment cela serait-il possible, quand nous ne reconnaissons même pas l’existence du problème ? »