Beddaoui, Liban : une réfugiée palestinienne porte des matelas sur sa tête le 18 octobre 2007, alors qu’elle quitte une école de la ville de Beddaoui, au nord du Liban. L’établissement scolaire a servi de logement temporaire pour elle et sa famille, depuis son départ du camp de Nahr el Bared en mai dernier. Les Libanais dont les enfants ne peuvent reprendre l’école alors que la rentrée des classes a eu lieu perdent patience.
Crédit photo: AFP PHOTO/RAMZI HAIDAR
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BADDAOUI - Plus d’un mois après la fin des combats dans le camp de Nahr al-Bared, la colère monte contre les centaines de réfugiés abrités depuis cinq mois dans des écoles du nord du Liban et dont les parents d’élèves réclament le départ à cor et à cri. "Les parents sont exaspérés. Certains parlent même d’aller déloger eux-mêmes les réfugiés", explique Anwar Kobaitri, chargé du dossier des réfugiés au collectif scolaire, la plus grande école de Baddaoui.
Dans les salles de classe, seul le tableau vert évoque l’éducation. Les pupitres ont été remplacés par les matelas et les réchauds à gaz des quelques 500 réfugiés qui logent dans l’établissement, à la place de ses 1.300 élèves.
Crainte de dérapages
L’année scolaire a commencé début octobre, mais les "4.800 élèves libanais n’ont toujours pas regagné leurs classes dans les huit écoles publiques de la ville de Baddaoui", dans le nord du Liban, affirme le président du comité des parents d’élèves de la ville, Hassan Akoumi. Déjà, ces mêmes élèves n’avaient pas pu achever l’année scolaire 2006-2007, car ils avaient dû céder leurs classes aux réfugiés arrivés fin mai.
Les 31.000 habitants de Nahr al-Bared ont fui les combats qui ont éclaté le 20 mai entre l’armée et un groupe islamiste. La plupart ont trouvé refuge dans la ville et le camp palestinien de Baddaoui, tout proches. Faute de logements et de moyens, certains ont été installés dans des écoles. Mais la situation s’éternisant, la colère des parents gronde. Ils ont manifesté à deux reprises et coupé la route principale menant à la Syrie pour réclamer l’évacuation des réfugiés et le retour des enfants sur les bancs d’école. La tension est devenue si grande que deux établissements ont été évacués à la hâte mercredi et jeudi par crainte de dérapages. Il reste toutefois près de 300 familles dans les six écoles restantes, soit plus de 1.000 personnes, sans compter les réfugiés installés dans deux écoles de Tripoli et cinq écoles du camp de Baddaoui.
"Je suis soulagée qu’on parte, mais pour aller où ?"
Dans le collectif scolaire, des ordures jonchent le sol et les visiteurs sont incommodés par la puanteur qui se dégage des couloirs. Un message qui se veut rassurant est accroché aux portes des classes : "Votre départ est provisoire, votre retour est certain, la reconstruction est garantie", promet le gouvernement. "On nous a promis que d’ici à 10 jours, toutes les écoles seraient évacuées", assure le président de la municipalité de Baddaoui, Maged Ghemraoui.
Le retour des réfugiés à Nahr al-Bared a commencé le 10 octobre, mais la plupart ont retrouvé leurs maisons détruites et pillées et une large partie du camp a été réduite en poussière lors des combats. "Je suis soulagée qu’on parte, mais pour aller où ?", demande une septuagénaire, en quittant une des écoles vidées, une pile de matelas en éponge sur la tête.
Dans le camp de réfugiés de Baddaoui, la présence des réfugiés dans ses écoles suscite également des frictions entre Palestiniens.
"Nous comprenons les parents d’élèves : comme nous, ils subissent une injustice"
"Quand nous sommes arrivés ici, tout le monde était très accueillant et solidaire avec nous. Avec le temps, les relations se sont refroidies", raconte Joumana Awad, 26 ans. Enceinte de huit mois, elle "vit" dans une classe de près de 30 mètres carrés aux côtés d’une dizaine de familles, soit une soixantaine de personnes. La vue du nourrisson d’une de ses compagnes d’infortune, endormi sur un matelas le visage assailli par les mouches, suscite son angoisse. "Comment pourrais-je m’occuper de mon bébé dans ces conditions ?", demande-t-elle. "Nous portons les mêmes vêtements depuis cinq mois et crevons de faim pour nourrir nos enfants à notre place, se plaint-elle. "La nuit nous grelottons car nos couvertures sont minces".
Elle comprend cependant la frustration des parents d’élèves : "comme nous, ils subissent une injustice, car leurs intérêts sont touchés". "Je ne pense pas qu’ils patienteront beaucoup plus longtemps", lâche-t-elle.
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