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Les islamistes au Liban assimilent les leçons du Fatah al-Islam
Par Selim SAHEB ETTABA
Le 28 septembre 2007
 


TRIPOLI - L’écrasement du Fatah al-Islam contraint les mouvements sunnites radicaux à la discrétion, mais l’aventure de ce groupe risque d’inspirer des militants tentés par le jihad au Liban même, longtemps considéré comme un sanctuaire, selon des spécialistes.

La solidarité instinctive des islamistes envers le Fatah al-Islam, qui a tenu tête à l’armée libanaise dans le camp de réfugiés palestiniens de Nahr al-Bared (nord) s’estompe depuis la fin des combats le 2 septembre. "La rue islamique était divisée en trois courants", explique le cheikh salafiste Mazen al-Mohammad, ancien responsable du parti islamiste Tawhid à Tripoli, la grande ville du nord. "Le premier pensait que ces gens apportaient le chaos au Liban et qu’il fallait en finir, le deuxième sympathisait avec le Fatah al-Islam et le troisième, majoritaire, estimait que nous étions perdants des deux côtés", précise cheikh Mazen, de la mosquée Harba dans le quartier islamiste de Bab al-Tabbaneh. "La preuve en est que les familles de soldats libanais assistaient aux funérailles de combattants du Fatah al-Islam, et réciproquement", ajoute-t-il, assis devant un portail en fer où a été collé un portrait d’Abou Jandal. L’ancien du maquis intégriste sunnite de Danniyé, près de Tripoli, où l’intervention de l’armée avait fait 30 morts en 2000, a été abattu le 23 mai par les forces de sécurité.

Selon l’islamiste libanais d’origine syrienne Omar Bakri, ce déchirement a empêché le Fatah al-Islam d’avoir le soutien des organisations sunnites, même les plus proches idéologiquement, comme Osbat al-Ansar, basé dans le camp d’Aïn Héloué (sud). "Je doute que le Fatah al-Islam et Osbat al-Ansar aient la moindre relation parce que c’est dans les moments de besoin que vous reconnaissez vos amis, et personne n’a aidé le Fatah al-Islam", affirme à l’AFP Omar Bakri, ancien tribun du "Londonistan", chassé de Grande-Bretagne à la suite des attentats de Londres en 2005 et installé à Tripoli. Seul le groupe Jound al-Cham, par solidarité, a affronté l’armée à Aïn Héloué quelques heures en juin.

"Osbat al-Ansar prend l’argent et accepte de mettre sous le boisseau sa dimension jihadiste au Liban, même si elle peut s’exprimer en Irak", approuve le chercheur français Bernard Rougier, spécialiste du jihadisme dans les camps, car "il ne faut pas mettre en péril l’agence de voyages et l’auberge de jeunesse d’Osbat al-Ansar".

Selon Omar Bakri, le Fatah al-Islam, soupçonné de vouloir constituer un émirat islamique, s’est retrouvé entraîné malgré lui dans la confrontation. "Ils n’avaient aucun objectif idéologique, ils ont cru qu’ils avaient le droit de réagir à ce qu’ils considéraient comme une agression en attaquant l’armée libanaise", remarque-t-il. D’après un connaisseur des milieux islamistes locaux, "les forces de sécurité ont pris l’initiative après s’être rendu compte qu’il (Fatah al-Islam) devenait dangereux". "Ils étaient plus de 1.000, sans ces combats ils seraient maintenant 2.000 ou 3.000", avance cet expert qui a requis l’anonymat. Selon Omar Bakri, "les leçons de Danniyé et du Fatah al-Islam dissuaderont les mouvements sunnites de se lancer dans des aventures mortelles". "Le Liban n’est pas le bon endroit pour ce genre de projet, mais plutôt pour écouter des chants religieux, si vous êtes islamiste, ou Nancy Ajram et Haïfa Wehbé si vous êtes laïc", plaisante-il, en référence à deux aguichantes chanteuses locales.

Mais Bernard Rougier voit dans la trajectoire du Fatah al-Islam un nouvel épisode de "la chronique du jihadisme au Liban, avec sa martyrologie, ses mythes, sa continuité", depuis l’assassinat d’un cheikh d’une secte rivale en 1995, en passant par Danniyé et des attentats contre des fast-foods en 2002-2003. "Ce qui affaiblit les milieux islamistes, c’est le trop-plein d’ennemis au Liban : les chiites, les chrétiens, la Finul...", relève-t-il, "ce qui les divise, c’est la richesse en termes de cibles".

 
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