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Dans son discours d’ouverture, la directrice du CPM, Johanna Hawari Bourgély, a considéré que le Liban devrait être « source de richesse et de brassage et non pas source de tension et d’exclusion », d’où l’importance d’éviter « l’irrévocable, l’irréparable, l’indissoluble ». Mais avec quel moyen ? La «Médiation », un « médian suprême par lequel on peut enlever les pierres d’une montagne et les utiliser pour construire un pont ». Ainsi, selon Mme Bourgély, un médiateur écoute, tempère, cherche les points communs, apaise, reconstruit, facilite la recherche de solutions satisfaisantes et, finalement, rétablit la confiance. Le CPM vise ainsi à former des médiateurs omniprésents dans tous les domaines de l’activité sociale permettant de résoudre les conflits par la voie de compréhension et non pas par la violence.
Le directeur Général de l’AXA, Elie Nasnas, a présidé la 1ère table ronde autour du thème « La médiation dans le secteur économique » indiquant que les compagnies d’assurance sont convaincues de l’importance de la médiation.
Pour sa part, Béatrice Blohrom Brenneur, Présidente de la Chambre à la Cour d’appel de Grenoble (France) et Secrétaire Générale du Groupement Européen des Magistrats pour la Médiation (GEMME), a exposé son expérience considérable dans le domaine de la médiation : parmi les 1000 cas qui lui ont été présentés, 700 ont été réglés. Mme Brenneur a souligné que la résolution des conflits réside dans la compréhension de l’origine des problèmes qui se déclenchent essentiellement par les sentiments de joie, de tristesse, de peur et de colère agissant selon elle comme des « scintillements ». Elle a conseillé, de même, de ne pas laisser « pourrir » un conflit, car il faut bien le confronter pour le résoudre. Selon elle, la médiation devrait être le premier refuge en cas de conflit et le moyen ultime pour pacifier les problèmes, car même le recours à la justice peut être une réaction violente au conflit initial. Dans le cadre d’un conflit dans le couple, le mari, par exemple, ne sera plus alors l’ « adversaire » comme au tribunal mais plutôt une personne avec laquelle on discute pour trouver une solution satisfaisante. Suivant un cas de conflit conjugal, un client s’adresse à Mme Brenneur en ces termes « vous m’avez permis de porter un autre regard sur ma femme » ; la médiation vise donc à un accord « gagnant-gagnant » où chacun part la tête haute. Mme Brenneur a ainsi insisté sur l’efficacité de la médiation citant les propos de Martin Luther King : « il faut apprendre à vivre ensemble comme des frères, sinon nous allons périr ensemble comme des imbéciles ».
Silvestre Tandeau de Marsac , avocat, médiateur et Président de l’Association des Médiateurs Européens (AME), , a orienté son intervention vers le rôle du médiateur qui doit, selon lui, être indépendant, impartial et surtout tenu par une clause de confidentialité sans imposer des solutions, mais par contre il doit aider les partis en conflit à les trouver. Par conséquent, la médiation est une technique qui doit s’apprendre et se pratiquer. En outre, M.Tandeau de Marsac a distingué entre les différents genres de médiations : la médiation conventionnelle, mise et ordonnée par les partis en conflit et la médiation judiciaire qui peut se réaliser sur proposition du juge. Il a aussi insisté sur l’importance de la médiation dans le secteur bancaire comme un mode privilégié d’action.
Quant à Walid Kassir, avocat à la Cour et Professeur à la Faculté de droit à l’USJ, il estime que la médiation est primordiale pour calmer le jeu dans le monde des affaires. Originellement entamée aux Etats-Unis, cette dernière constituerait, selon maître Kassir, une réelle opportunité pour le Liban. Quelle est alors l’utilité de cette médiation?, se demande maître Kassir : elle vise à reconstruire le Liban, contribuer à son développement -puisque les investisseurs seront tranquilles en présence d’une médiation- et embellir l’image de marque Libanaise, surtout après les années de guerre et d’instabilité politique. Mais quels sont les atouts qui contribuent à la réussite du Liban ? Son rôle historique, sa position géographique, son patrimoine humain compétent et polyvalent, résume maître Kassir. Ainsi, le Liban aura une chance considérable d’évoluer pour devenir un centre de médiation internationale.
Finalement, le Président du rassemblement des Dirigeants et des Chefs d’entreprise libanais, Camille Menassa, a souligné l’importance de la médiation au Liban vu que la majorité des entreprises Libanaises sont familiales, ce qui rend leur situation délicate en cas de conflit. De plus, M.Menassa a indiqué que la médiation au Liban n’est pas institutionnelle mais plutôt « innée, naturelle, dictée par des liens étroits qui incitent tous les gens à intervenir dans nos affaires pour des buts humains et non matériels. » Cependant, il prévient que le souci des proches a tendance à empêcher la résolution du problème. D’où la médiation qui constitue « une conception moderne de la justice qui observe et ménage les relations », ajoute M.Menassa. La médiation doit donc reconnaitre le conflit, préserver l’égo des partis concernés, réduire les dégâts sociaux et maintenir les relations après la résolution des conflits. Les Libanais doivent comprendre alors que le compromis n’est pas un manque de virilité, ajoute M.Menassa. En résumé, la médiation devient de plus en plus nécessaire du fait qu’elle économise argent, temps et énergie. Quant aux différences entre le tribunal et la médiation, M.Menassa déclare :
« Au tribunal, on cherche des arguments. Dans la médiation on relativise les différences.
Au tribunal, on cherche à gagner. Dans la médiation, on cherche la possibilité d’un accord.
Au tribunal, on charge l’adversaire. Dans la médiation, on l’écoute et on essaie de le comprendre.»
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