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Cinq ans passés derrière les barreaux d’une prison changent une femme. Mais pas toujours dans le sens qu’on croit. La détention a affranchi Joëlle Giappesi, la libérant d’un autre emprisonnement, bien plus insidieux, celui de son addiction à l’héroïne. C’est cette histoire, 100% autobiographique, sans pathos mais bouleversante, qu’elle révèle dans son livre « Les murs ne font pas la prison », aux éditions Tamyras, disponible en librairie des ce 5 juin.
A 23 ans, en pleine guerre civile, Joëlle Giappesi teste la poudre blanche pour mieux comprendre l’univers de son fiancé Ghassan, un toxico. Le calvaire commence. Les overdoses suivent les séjours en désintoxication… Jusqu’au 20 février 2001. Alors professeur à l’université Saint-Joseph, Joëlle Giappesi est arrêtée chez elle par la brigade des stups. Condamnée à cinq ans fermes. Direction la prison pour femme de Barbar Khazen, à Verdun, dans une cellule de 2,80 m sur 2,25 m pour huit détenues et à peine la place de contenir quatre matelas.
Dans ce territoire de promiscuité et de crasse, la franco-libanaise découvre le manque de lumière et d’humanité, les manigances, les trahisons, la corruption et le chantage auxquels se livrent ses co-détenues et les gardiennes. Anesthésiée au départ par les calmants, la « junkie » décide d’arrêter, toute seule, sans soutien médical ou psychologique.
Très vite, Joëlle Giappesi se rend compte que « les murs ne font pas la prison ». « Je me sens plus libre ici que je ne l’ai jamais été dans les vingt dernières années, peut-être en toute ma vie. Ma liberté vient de l’intérieur, les murs de béton qui m’entourent ne l’empêchent pas. Je suis libre de ressentir l’émotion, libre d’aimer, libre de haïr, libre de réfléchir, d’imaginer… de croire, de choisir. Je n’ai jamais été si libre », réalise-t-elle quelques mois après son arrestation. « L’héroïne était ma prison. La détention est si insupportable qu’on est obligé de faire un choix : vivre ou mourir. Et j’avais envie de vivre tout compte fait », explique Joëlle Giappesi. Elle n’a eu besoin que de dix semaines pour coucher sa vie sur le papier. Et son témoignage est tour à tour débordant d’humanité, émouvant, dérangeant, mais toujours sincère.
Depuis, Joëlle Giappesi n’a plus jamais touché à l’héroïne. « C’est le travail de toute une vie », confie-t-elle. Excessive, c’est dans le sport ou le travail qu’elle engage toute son énergie. Aujourd’hui directrice d’une école de langue, elle a repris sa vie et elle a retrouvé sa fille, qui vit avec elle.
Alors quand on l’interroge sur la notion de liberté, c’est après mûre réflexion qu’elle répond : « Je suis plus libre aujourd’hui que je ne l’ai jamais été. J’accepte mes limites, mes faiblesses. J’accepte de ne pas toujours être superwoman, de ne pas toujours tout réussir. J’accepte de n’être pas le chevalier sans peur et sans reproche».
Les murs ne font pas la prison
Joëlle Giappesi
Editions Tamyras
Juin 2008
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