Un immense portrait du général Sleimane en uniforme militaire accueille les visiteurs à l'entrée de ce village pittoresque du nord du Liban. Des drapeaux libanais flottent sur les maisons en pierre du XIXe siècle, qui surplombent la Méditerranée.
Sur la place principale, rebaptisée Place de l'Armée après la nomination du général Sleimane au poste de commandant en chef en 1998, une estrade a été installée et des ouvriers municipaux préparent énergiquement une grande fête pour son élection dimanche par le Parlement.
Des banderoles à la gloire du futur président sont accrochées dans tout le village. L'une d'elles porte ces mots: "Notre chevalier qui nous vient avec l'aube d'un jour nouveau, s'il vous plaît, libérez-nous des démons de l'injustice".
Siham Khouri est fière d'être depuis 18 ans la coiffeuse de l'épouse du général Sleimane."Dieu le protège. C'est un juste, un homme modeste. Il est impossible que son mandat se termine sans qu'il n'ait accompli des réalisations", dit-elle. "Mais il existe le danger que les manoeuvres des politiciens ne coupent son élan".
"Les expériences précédentes ne sont guère encourageantes", ajoute-t-elle en rappelant celle d'Emile Lahoud, le prédécesseur du général Sleimane, arrivé à la présidence "en héros et en symbole, et dont le mandat s'est terminé par une calamité".
Le général Sleimane, 59 ans, arrive à la présidence après avoir occupé le poste de commandant en chef de l'armée, tout comme M. Lahoud qui avait commencé son mandat en 1998 en jurant d'éliminer la corruption en politique.
Son mandat avait été prolongé de trois ans ans, avec l'appui de la Syrie, en septembre 2004, et s'était terminé dans le discrédit.
Le nom du général Sleimane faisait l'objet d'un consensus depuis plusieurs mois entre la majorité parlementaire antisyrienne et l'opposition emmenée par le Hezbollah, mais la crise politique avait empêché son élection.
Il sera finalement élu dimanche par le Parlement, dans la foulée de l'accord conclu à Doha, alors que le Liban est sans président depuis la fin du mandat d'Emile Lahoud le 23 novembre 2007.
"Nous avions presque perdu espoir qu'il arrive à la présidence", dit Sayeda Habib, qui prend son petit déjeuner dans une boulangerie où trône une photo du général Sleimane avec l'inscription "Félicitations au Liban". "Nous attendions ce moment depuis six mois".
"Je suis sûre qu'il ne tarira pas d'efforts pour défendre les intérêts du Liban, mais dans ce pays nous nous couchons le soir avec une réalité et nous nous réveillons le lendemain avec une autre. Que dieu nous protège de nos dirigeants politiques", ajoute Sayeda.
Amchit prévoit une grande fête dimanche soir pour célébrer l'élection.
"Nous décorons le village et nous préparons des feux d'artifice", dit le conseiller municipal Barbar Khalifeh. Un écran géant, sur la place centrale, retransmettra en direct l'élection du général Sleimane. "Les habitants de Amchit distribueront des friandises sur les routes menant au village", ajoute-t-il.
Entretemps, devant la maison en pierre à un étage du général Sleimane, dont la barrière est décorée du drapeau libanais, des employés municipaux s'empressent de réparer la chaussée.
"Nous espérons que le chemin de sa présidence sera aussi lisse que la route devant sa maison", dit l'un des ouvriers.