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Face à la crise qui s'éternise, l'amertume et le dégoût des Libanais
BEYROUTH, Par Jocelyne Zablit / AFP
Le 20 mai 2008
 
Nahida Ghandour quitte jeudi le Liban, sans se retourner. Elle a franchi le pas après les violences meurtrières du début du mois, amère, dégoûtée, comme beaucoup de compatriotes, par les luttes de pouvoir et l'incapacité des leaders politiques à s'entendre.

"Depuis le jour où je suis née, c'est la guerre dans ce pays. Cette fois, c'est assez", confie cette femme de 38 ans, dont le père est sunnite, la mère chiite, la grand-mère chrétienne maronite. 

Nahida, décoratrice d'intérieur, part pour le Koweït. "Je suis dégoûtée.

S'ils avaient voulu se mettre d'accord, ils auraient pu le faire il y a longtemps, dans leur propre pays, et non à l'étranger".

Le 7 mai, la crise politique qui mine le pays depuis 18 mois avait dégénéré en violences qui ont fait 65 morts en moins d'une semaine. A Beyrouth, les divisions politiques ont pris le visage d'affrontements entre musulmans sunnites et chiites, faisant redouter une nouvelle guerre civile.

Les armes se sont tues et des négociations entre majorité et opposition ont débuté vendredi au Qatar. Mais beaucoup de Libanais, désabusés, disent ne plus croire à la paix et ne plus rien attendre de leurs dirigeants.

Nahida habite la Corniche al-Mazraa, un des quartiers de l'ouest de la ville pris momentanément par des militants armés de l'opposition chiite. "Même s'ils signent un papier, dit-elle, je ne crois pas à un accord. Il y aura encore un peu de suspense, puis ça explosera à nouveau".

Salim Fanous, un commerçant de Ras el-Nabeh, un autre quartier mixte chiite-sunnite où ont eu lieu des combats, partage cet avis.

"Nos leaders sont tous des menteurs et des traîtres qui ne pensent qu'à eux. Ils jouent avec nous depuis plus de 30 ans et nous savons tous que ce n'est qu'un jeu politique", lance cet homme de 50 ans.

"Les gens sont dégoûtés de leurs mensonges", ajoute Salim, debout près d'une jeep blanche aux pneus crevés, trouée d'impacts de balles, triste souvenir de cette semaine sanglante.

"Ils jouent avec nous comme avec une bouteille de soda que vous secouez, ça mousse puis ça retombe", dit-il.

La colère et l'épuisement de nombreux Libanais face à la crise qui s'éternise s'exprimait ces derniers jours lors de petites manifestations organisées par des associations de citoyens sur la route menant à l'aéroport de Beyrouth.

"Si vous ne vous mettez pas d'accord, ne revenez pas", proclamaient des banderoles brandies mardi par des manifestants, pour certains des handicapés blessés pendant la guerre civile. "Mettez-vous d'accord, honte à vous", disait une autre banderole.

"J'ai vécu beaucoup de guerres, à commencer par la seconde Guerre mondiale, et je regrette d'avoir à dire que ces gens (les dirigeants) n'ont pas d'honneur, ni de cerveau", déclare Anees Suleiman Abu-Hassan, 87 ans, qui habite la localité à majorité druze de Choueifat, au sud-est de Beyrouth.

"Si j'avais de l'essence, je les ferais tous brûler", ajoute le vieil homme.

Un drapeau jaune et vert du Hezbollah chiite, le principal parti de l'opposition, flotte à l'entrée de la ville où des photos de jeunes Druzes tués pendant les combats sont placardées sur des immeubles et des voitures.

"Ce à quoi nous assistons nous fait mal au coeur, nous n'en pouvons plus", confie Jihan, une femme druze mariée à un chiite.

"Imaginez que nous venons de célébrer le 33e anniversaire du début de la guerre civile, et à présent nos enfants attendent les informations du soir pour voir ce qui se passe dans le pays", explique-t-elle.

"Si les politiciens nous laissaient exister, nous pourrions vivre en paix tous ensemble, ajoute-t-elle. C'est pourquoi nous ne voulons pas les voir revenir. S'ils osent rentrer du Qatar sans accord, nous les jetterons dans l'avion à coups de pied".

 
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