Yasmine Eid, 33 ans, devait se marier dimanche dernier, juste après l'éruption de violence qui a embrasé l'ouest de Beyrouth, sans précédent depuis la guerre civile (1975-90).
"J'ai dû reporter mon mariage", confie la jeune femme. "Personne ne voulait s'aventurer dans l'ouest de Beyrouth, et aucun de nous n'avait la tête à s'amuser".
Des militants de l'opposition chiite avaient pris d'assaut la semaine dernière plusieurs quartiers à majorité musulmane de la capitale, défendus par des partisans sunnites du gouvernement.
Certains immeubles sont troués d'impacts de balles. La vie reprend lentement, malgré des magasins encore fermés, les soldats déployés dans la ville, les barrages de l'opposition qui ralentissent la circulation.
Michel Helou, patron d'un restaurant, a dû fermer pendant plusieurs jours.
"Nous avons dû jeter des tonnes de nourriture périmée, nettoyer, et repartir à zéro", dit-il. "Nous n'avons pu sauver que les boissons. Il nous faudra des jours pour recommencer à fonctionner normalement".
L'activité économique, en plein marasme depuis le début de l'épreuve de force entre majorité et opposition à la fin 2006, a plongé encore un peu plus.
"Les affaires de mes amis n'ont pas été perturbées", remarque ironiquement Rami, 30 ans, un homme d'affaires libanais installé à Bahreïn, venu rendre visite à sa famille. "C'est tout simplement parce que personne n'a de travail".
"J'étais seul samedi à mon bureau et aujourd'hui, 20 pour cent seulement de mes collègues sont venus", témoignait lundi Farid Wazzin, 47 ans, qui travaille dans la succursale d'une banque française.
A la Banque Byblos dans l'ouest de Beyrouth, Nada Abdel Samad, une employée, explique que la banque est submergée de demandes de retrait de clients paniqués. "Certains essaient de retirer 10.000 dollars à la fois et nous risquons de nous retrouver à court de liquidités".
La banque continue à approvisionner ses distributeurs de billets, mais, souligne Nada, de nombreux clients semblent avoir quitté la capitale car ils effectuent leurs transactions dans d'autres régions du pays.
Yara Yassine, 23 ans, avait quitté Beyrouth la semaine dernière pour aller rejoindre ses parents à Chtaura, dans l'est, avec la prémonition que la grève générale du 7 mai allait dégénérer.
Depuis, elle n'a jamais pu regagner Beyrouth.
"Les routes sont bloquées et il y a des affrontements sporadiques dans notre région. Je ne peux pas abandonner ma famille", confie-t-elle. "Je voudrais aller travailler. Je ne participe pas à la campagne de désobéissance civile de l'opposition. Mais je ne peux tout simplement pas bouger".
Des barrages routiers perturbent la circulation sur plusieurs axes, notamment celui menant à l'aéroport international de Beyrouth, fermé de facto.
La plupart des écoles et des universités ont fermé pendant plusieurs jours, et une partie seulement d'entre elles a rouvert mardi.
L'Université américaine de Beyrouth a prévenu ses étudiants que les cours reprendraient "dès que les conditions le permettront".
A la maison, la garde des enfants en vacances forcées est devenue un casse-tête pour les parents.
"Nous ne pouvons les emmener nulle part", raconte Sima, 34 ans, mère de deux enfants. "Quand le bruit des combats devenait trop fort, nous mettions la musique à fond et nous dansions, en leur faisant croire que c'était des feux d'artifice".