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NAHR AL-BARED (AFP) - Alignés devant les fils de fer barbelés, portant des bébés assommés par le soleil, des dizaines de réfugiés palestiniens passent le contrôle de l’armée libanaise pour retourner dans le camp de Nahr al-Bared dévasté par trois mois de combats avec les islamistes.
"Vous avez vos permis ?", demande un soldat au poste de contrôle placé à l’entrée Est du camp, dont les maisons détruites et criblées de balles se profilent.
Le visage sans expression, Ahmed Tamimi tend le papier blanc fourni par l’armée libanaise. Il fait partie du premier groupe de cent familles autorisées à regagner le camp mercredi. L’opération doit se poursuivre pendant trois jours au même rythme.
Selon Kamal Nagi, un responsable de l’OLP, 800 familles au total vont réintégrer dans les prochains jours leurs maisons, qui ont besoin d’être restaurées.
Comme les autres membres du groupe, il avait fui les combats entre l’armée libanaise et les islamistes du groupuscule extrémiste Fatah al-Islam qui ont fait plus de 400 morts, dont 168 soldats libanais et plus de 220 combattants islamistes.
Les réfugiés sont venus de Baddaoui, un camp voisin où ont fui la grande majorité des 31.000 habitants de Nahr al-Bared, en bus affrétés par l’Agence d’aide aux réfugiés palestiniens (UNRWA) ou en véhicules privés. La presse n’a pas été autorisée à entrer dans le camp.
"De la route, j’ai pu voir ma maison. Elle était partiellement détruite. j’ai eu un pincement au coeur. J’ai très peur et je ne sais pas ce que l’avenir nous réserve", déclare Ensaf Fouad, évacuée à la hâte avec ses quatre enfants par l’armée quelques jours après le début des combats le 20 mai.
Pour Walid Abou Heit, imam d’une mosquée dans le camp, "c’est une journée de joie mais on est aussi triste".
"Nous sommes contents d’y revenir car nous avions peur que le camp ne soit rasé et que nous ayons à vivre une seconde errance à l’instar de nos pères lorsque ils ont quitté la Palestine" en 1948 après la proclamation d’Israël, dit cheikh Abou Heit, 43 ans.
"Ceux qui ont vu le camp ont décrit la destruction, c’est comme s’il avait été secoué par un tremblement de terre", dit ce cheikh en essuyant la sueur sous son turban blanc.
Autour de lui, les réfugiés descendent des véhicules. Hommes et femmes sont fouillés par les militaires.
Portant sa carte d’identité, Ibrahim Khalil, 12 ans, regarde de la fenêtre du bus."Je ne suis pas content de revenir. Mon école a été détruite et ma maison aussi", dit-il.
Un garçon âgé de 14 ans a été refoulé et prié de se rendre auprès des agents de l’UNRWA pour régler son problème. Un officier explique qu’à cet âge, "les garçons ont besoin d’un permis séparé de celui de leur famille".
Des agents de l’UNRWA distribuent des brochures pour avertir les réfugiés des bombes et grenades enfouies dans le camp.
"Ce qui nous fait peur, ce sont les bombes enfouies sous les débris qui n’ont pas encore été déblayés. Des enfants peuvent venir y jouer et c’est la mort qui les attend", indique Hoda al-Turk, porte-parole de l’UNRWA.
Selon Mme Turk, l’UNRWA va distribuer de la nourriture, des couvertures et des produits de nettoyage aux familles. Une clinique ambulante effectuera des visites régulières dans le camp. "Je croyais pouvoir célébrer la fête du Fitr (qui marque la fin du ramadan) dans ma maison, mais j’en ai encore pour de longs mois avant d’y retourner", se plaint Asmaa al-Jenneyat.
Elle n’a pas pu obtenir un permis de retour, mais est quand même venue dans l’espoir d’entrer. Les habitants de la partie ancienne du camp, la plus touchée par les combats, ne pourront pas y retourner avant longtemps.
L’armée libanaise, qui s’est emparée de Nahr al-Bared le 2 septembre, a demandé aux réfugiés de patienter, le temps de nettoyer les ruines truffées d’explosifs.
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