Si la consommation du tabac devient de nos jours l’un des enjeux essentiels en matière de santé publique au niveau mondial, qu’en est-il de la situation au Liban ? Dans ce pays où il n’est pas rare d’offrir par convivialité à ses visiteurs des cigarettes minutieusement posées sur un plateau argenté, quelles campagnes de lutte peut-on envisager ?
Entretien avec les Dr Zeidan KARAM et Tania ABOU NOHRA, deux spécialistes concernés par l’impact du tabac sur la santé des Libanais : le Dr Zeidan KARAM, (professeur agrégé des Centres Hospitaliers Universitaires de France et professeur à la Faculté de Médecine de l’Université Saint-Joseph de Beyrouth), a exercé pendant vingt ans en tant que chef de service de cardiologie à l’Hôpital Saint Georges de Beyrouth. Il est aussi l’auteur du livre « Le Tabac, cette drogue légale ». Le Dr Tania ABOU NOHRA est spécialiste en dentisterie pédiatrique et propose de nouvelles mesures de lutte contre le tabac à destination des jeunes Libanais. |

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Crédit photo: Serge Yasmine
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iloubnan.info : Comment définissez-vous le comportement des Libanais vis-à-vis du tabac?
Dr Zeidan KARAM : Les Libanais sont en général peu motivés pour la lutte anti-tabac et la notion de « tabagisme passif » est bien loin d’être comprise. Jusqu’à ce jour il n’y a pas encore eu le sursaut espéré, quoi qu’une prise de conscience des différents dangers liés à la cigarette s’installe peu à peu. Il faut dire qu’on ne fume plus dans les hôpitaux, dans certaines banques, et dans quelques institutions où il est formellement interdit de griller une cigarette.
Quel est au Liban l’âge moyen de la première cigarette ?
Dr Zeidan KARAM : 15 ou 16 ans. Il est cependant rare de voir une cigarette entre les doigts d’un lycéen ; c’est plutôt dans les campus universitaires que l’on aperçoit les jeunes fumeurs.
D’autre part, la loi n’est pas rigoureuse à ce niveau : la vente de tabac n’est pas interdite aux mineurs!
Le narghilé occupe désormais la première place dans nos cafés. Est-il plus « light » que la cigarette, comme on le pense souvent ? Qu’en est-il du cigare ?
Dr Zeidan KARAM : La cigarette est plus toxique que le cigare. En effet, le fumeur de cigare avale moins de fumée et c’est par la salive que la nicotine passe. Quant au narguilé, il est vrai qu’une petite quantité de toxiques reste dans l’eau, mais il faut savoir que quarante grammes du « chapeau » sont équivalents à deux boites de cigarettes!
La spécialité de tabacologie n'existe pas au Liban. Ne serait-il pas temps d'assurer cet enseignement dans nos facultés de médecine?
Dr Zeidan KARAM : Certainement ! La tabacologie n’est pratiquée que par les pneumologues et par certains cardiologues, mais les consultations ne sont remboursées ni par la sécurité sociale ni par les assurances médicales et les mutuelles.
Y a t-il d'éventuelles campagnes de lutte contre le tabac au Liban?
Dr Zeidan KARAM : Tous les ans, le 1er mai est baptisé « journée anti-tabac » : un petit « soulèvement » se manifeste dans ce sens mais il ne s’agit pas de vraies luttes. L’augmentation du prix du tabac ne saurait résoudre le problème car dans ce cas, c’est la contrebande qui s’intensifie. D’ailleurs comment voulez-vous protéger le Libanais de la cigarette quand la publicité est permise partout : à la télévision, dans la presse, et même sur les affiches le long des autoroutes. Notons que le tabac rapporte à l’Etat Libanais 300 millions de dollars par an et au secteur de la publicité 100 à 150 millions de dollars!
Quel est l’enjeu spécifique d’une action auprès des jeunes fumeurs ?
Dr Tania ABOU NOHRA : Au Liban, nous remarquons que la proportion des jeunes fumeurs augmente. Dans la moitié des cas, les adolescents commencent à fumer à l’âge de 15 ans. Or, plus le tabagisme est précoce, plus la dépendance s'installe fortement et plus les conséquences sont graves et irréversibles. Il est donc important de cibler les jeunes fumeurs. Le tabac, en plus de la mauvaise odeur d’haleine et du jaunissement précoce des dents nécessitant le blanchiment, peut entraîner des problèmes gingivaux assez graves, à cause du manque d'oxygénation des tissus : la gencive saigne moins, les gingivites passent inaperçues, deviennent chroniques et provoquent un déchaussement voire une tombée des dents.
Comment lutter contre le tabagisme des plus jeunes ?
Dr Tania ABOU NOHRA : En tant que dentistes impliqués dans le domaine de la santé publique, nous suggérons de rendre de plus en plus difficile l’accès au tabac en interdisant la vente de cigarettes aux mineurs de moins de 16 ou 18 ans, d’autant plus que les industries du tabac ciblent surtout cette tranche d’âge par les spots publicitaires insistant sur l’aspect « cool » des jeunes fumeurs identifiés aux stars hollywoodiennes. Il est donc important de limiter la diffusion de ces spots et de financer des campagnes grand public afin de dénormaliser le tabac. D’autre part, il faut copier le modèle occidental en interdisant la cigarette dans les lieux collectifs : développer un label « entreprise sans tabac » parrainé par les ministères du travail et de la santé et respecter les non fumeurs en les préservant du tabagisme passif.
Au niveau dentaire, nous offrons en tant qu'équipe de spécialistes des check ups gratuits pour inciter les jeunes à se faire soigner. Notre rôle majeur est de prévenir les enfants et les adolescents des conséquences nocives du tabac et d'autres habitudes alimentaires. Pour nous contacter : 03 370 407. Nous serons à l’écoute!
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