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L’Imam Moussa al Sadr
Par Sherif El Housseini
L’Imam Moussa al Sadr

L’Imam Moussa al Sadr était un leader politique et religieux chiite libanais. Il est né en 1928 à Qom, en Iran, dans une notable famille de théologiens. En 1956, il obtient un diplôme en jurisprudence islamique et en sciences politique à l’université de Téhéran. Il part ensuite étudier à Najaf, centre de la pensée théologique chiite.

En 1960, il accepte la proposition de devenir une figure majeure de la cité libanaise de Tyr. En 1969, il est désigné comme le chef du Conseil supérieur islamique chiite . Rapidement, l’Imam al Sadr s’implique dans la politique libanaise. Parallèlement, la question de la présence des Palestiniens sur le territoire libanais prend de plus en plus d’importance. A Tyr, ses actions dépassent rapidement les seules activités cléricales. Elles comportent des services sociaux dans leur aspect contemporain : Moussa al Sadr croyait aux valeurs humaines, aux dimensions de liberté, de dignité et de prospérité pour chacun, dans la mesure où ces dimensions représentaient une voie vers l’amélioration de leur condition. Il visite des zones défavorisées et se confronte aux inquiétudes de tout un chacun. Il entre en relation avec chacun, prêche dans les églises, les mosquées, les universités et les associations où il dénonce le confessionnalisme en considérant que les différentes religions n’en font qu’une en terme d’origine, d’objectif et de destinée.
Après le déclenchement de la guerre civile au Liban, il commence une tournée dans les pays arabes pour trouver une issue à la crise. Il effectue notamment une visite en Lybie, le 25 août 1978 (accompagné du Cheikh Mohammed Yacoub et un journaliste nommé Abbas Badreddine). Il ne rentrera jamais au pays. Après sa disparition, de nombreuses voix ont accusé le président libyen Muammar al Kaddafhi de l’avoir kidnappé.

Le fondateur d’un parti

Le 18 mars 1974, après une série de manifestations qu’il avait conduites pour protester contre les négligences du gouvernement envers les régions rurales, l’Imam crée « Le Mouvement des défavorisés », dont l’objectif est la lutte continue pour la disparition de la pauvreté au Liban. Pendant la guerre civile, il fonde le Mouvement Amal, et « Les Brigades de la Résistance libanaise », la branche armée du Mouvement des défavorisés, qui se bat à côté du Mouvement national libanais et de la Résistance palestinienne .
Il se distingue des leaders spirituels et politiques contemporains par son ouverture envers les chrétiens. Il co-fonde le Mouvement social avec l’archevêque catholique Grégoire Haddad en 1960, participant au dialogue islamo-chrétien en 1962, et prêche dans une église chrétienne de Capucins lors des Fêtes de Pâques en 1964 . Quand il fonde Amal, le parti représente de façon certaine la base de la communauté chiite libanaise. Quoi que dise le Conseil supérieur Islamique, Amal s’y soumet. L’explication de Moussa al Sadr quant à la création du parti se fonde sur le fait que se parti allait porter les armes contre Israël jusqu’à ce que le Sud du Liban soit libéré .
L’Imam al Sadr insistait souvent sur un point important, à savoir que tous les chiites libanais devaient comprendre que le Liban était leur lieu de refuge, où ils pourraient s’abriter de toute agression étrangère, et que dans cette perspective, le Liban était pour eux un objectif patriotique. Il pensait que tous les chiites libanais devaient considérer le Liban comme leur état d’implantation, et ne pas chercher à constituer un état islamique. Cela confirme l’enthousiasme de Al Sadr à exprimer son identité libanaise, au beau milieu du chaos qui frappait un pays sur le point de sombrer dans la guerre civile.

Ceux qui attendent encore l’Imam al Sadr

Tout le monde au Liban s’interroge : « A-t-on besoin d’un « sauveur » pour nous débarrasser de la crise dans le pays ? » Le voyage de l’Imam al Sadr en Libye a été très long : il n’est pas encore rentré, et pourtant, son plan était grand, il englobait les espoirs pour un pays meilleur. L’Imam Al Sadr est parti sans un mot, mais son message était clair : le Liban est fait pour l’ensemble de son peuple, de manière égale.
Certains intellectuels pensaient que l’Imam al Sadr était venu au Liban pour y fonder une république islamique comme en Iran. Il semble clair que ce n’était pas le cas, si l’on en juge par ce que Moussa al Sadr avait déclaré à Yasser Arafat, à savoir que al Quds (Jerusalem) devait être libérée de l’intérieur et non de l’extérieur. Il a tenu ce genre de propos, parfaitement clairs, face à de nombreux personnages, une franchise qui lui a sans doute coûté cher.

Quand l’Imam al Sadr a quitté le Liban, le pays du Cèdre était en train de se pencher sur des solutions : Moussa al Sadr pensait que toutes les communautés libanaises devaient co-exister, afin d’éviter tout conflit interne. Avec son départ, la communauté chiite a perdu un grand chef. Certains voudraient d’ailleurs bien comparer le chef du Hezbollah, Sayyed Hassan Nasrallah, à ce personnage.

Homme modeste tourné vers son pays, il avait jeûné pendant des jours dans la Mosquée d’Al Amliyyeh (Ras al Nabaá), pour appeler à la fin de la guerre civile. Peine perdue : le pays devait plonger toujours plus profondément dans ses luttes internes, et en payer le prix fort.
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