|
Camille Nemer Chamoun est né le 3 avril 1900 à Deir el Kamar dans une famille de notables maronites. Après avoir reçu son éducation supérieure en France, il choisit la profession d’avocat. En 1934, il est élu pour la première fois comme membre du Parlement libanais. Il est réélu en 1937 et 1943.
Camille Chamoun est considéré comme le champion de l’indépendance du Liban vis-à-vis de la tutelle Française en 1943. Arrêté le 11 novembre de cette année, il est emprisonné dans la citadelle de Rashaiya, où il est détenu onze jours avec d’autres héros de l’Indépendance, comme Bechara el-Khoury et Riad el-Solh, qui devaient devenir respectivement les premiers président et Premier ministre de la toute jeune république libanaise indépendante. De massives protestations publiques ont conduit à leur libération le 22 novembre, date célébrée depuis au Liban comme celle de la Journée de l’Indépendance libanaise.
Chamoun est réélu au Parlement en 1947 et en 1951. Il en était cependant souvent absent, occupant de 1944 à 1946 les fonctions d’ambassadeur du Liban en Grande Bretagne, et par la suite aux Nations Unies.
Il joue en tout cas un rôle prépondérant dans la révolte de 1958. Quand le président Bechara El-Khoury est forcé de démissionner en 1952 suite entre autre à des accusations de corruption, Chamoun est élu pour le remplacer. Vers la fin de son mandat, en juin 1958, des groupes panarabes et soutenus par Nasser (avec le soutien important de la communauté libanaise musulmane, politiquement désavantagée), tentent de renverser le gouvernement de Chamoun. Celui-ci appelle à l’aide les Etats-Unis. En réponse, les Marines arrivent à Beyrouth. La révolte est écrasée, ce qui conduit à faire monter l’opposition à Chamoun dans la communauté musulmane libanaise. Dans le but d’apaiser la colère des musulmans, le général Fouad Chehab (qui, bien que chrétien, bénéficie alors d’une popularité considérable dans la communauté musulmane) succède à Chamoun. Le diplomate américain Robert D. Murphy joue un rôle important dans cet épisode. Envoyé au Liban en tant que représentant personnel du président Eisenhower, il parvient à persuader Chamoun de démissionner et Chehab de prendre sa place.
Fondation du parti national libéral
Après avoir quitté la présidence, Chamoun fonde le parti national libéral. Il est à nouveau élu à l’Assemblée nationale en 1960, à la grande consternation du président Chehab. Il perd son siège en 1964, en raison de changements dans la loi électorale conduisant à un redécoupage. Il est cependant réélu à l’Assemblée nationale en 1968 et à nouveau en 1972, les dernières élections parlementaires au Liban à se tenir du vivant de Chamoun. Après les élections de 1968, le Pari national libéral tient onze sièges sur quatre-vingt dix-neuf, devenant le plus grand parti dans une Assemblée nationale dont le fractionnement est bien connu à l’époque. Il est également à ce moment le seul parti à élire des représentants issus de toutes les principales confessions religieuses existant au Liban.
Pendant la guerre civile
Chamoun officie dans de nombreux ministères dans les années 70 et 80, alors même que son parti prenne part à la crise via une milice appelée « Les tigres ». Au début de la guerre, il est l’un des architectes contribuant à la fondation du Front Libanais : cette coalition de politiciens et partis majoritairement chrétiens possède une milice unifiée (dominée par le parti Kataëb), connue sous le nom de Forces Libanaises. Chamoun est président du Front libanais entre 1976 et 1978. Initialement aligné sur la Syrie, Chamoun invite en 1976 l’armée voisine à intervenir contre le mouvement national libanais musulman de gauche et ses alliés palestiniens en le parti national. Il s’oriente ensuite vers l’opposition à la présence syrienne. En 1980, la milice des Tigres est quasiment détruite par une attaque surprise du rival chrétien de Chamoun, Bachir Gemmayel, et sa milice des Forces Libanaises. Après l’invasion israëlienne de 1982, Chamoun décide d’entamer une coopération tactique avec Israël, dans le but de lutter contre ce qu’il considère comme une occupation syrienne. En 1984, Chamoun accepte de devenir membre du gouvernement d’unité nationale en tant que Vice-premier minister un poste qu’il occupe jusqu’à sa mort à Beyrouth le 7 août 1987, à l’âge de 87 ans.
Il est aujourd’hui considéré comme l’un des principaux leaders nationalistes chrétiens et comme l’une des dernières grandes figures de l’indépendance libanaise et de la génération des politiciens d’avant-guerre, dont l’influence politique a été éclipsée pendant la guerre par celle des jeunes chefs de milices. A sa mort, Camille Chamoun laisse deux fils, Dany et Dory, tous deux suivirent sa voie à leur façon, en tant que chefs du parti national libéral et politiciens. |