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  Interview
Issam Khalifé : « Les fermes de Chebaa sont libanaises »
Le 06 mars 2008, Par Marie-Anne Muller
 
Issam Khalifé, historien et professeur à l’Université Libanaise, a publié un ouvrage en arabe en 2006 sur Les frontières entre le Liban et la Syrie – les tentatives de délimitation et leur démarcation entre 1920 et 2000. Son livre s’appuie sur de nombreux procès-verbaux, français, libanais et syriens attestant de la libanité des fermes de Chebaa et du village de Nekhailé. Issam Khalifé est membre du comité ayant présenté au Conseil de sécurité de l’Onu, un dossier prouvant que les fermes de Chebaa sont libanaises. Son projet est de placer le secteur des fermes de Chebaa sous tutelle des Nations-Unies.
 


iloubnan.info Quels sont les preuves que vous avez recueillies démontrant la libanité des fermes de Chebaa ?

Issam Khalifé: Il y a le problème de Chebaa et du village de Nkheilé. Les fermes de Chebaa sont au nombre de 14. 13 sont au Liban, une en Syrie, Mogheur Chebaa. Sous le mandat français, le Général Gouraud a annexé le caza de Hasbaya au Grand Liban. Or, sous les Ottomans, Chebaa et ses fermes appartenaient au caza de Hasbaya. En 1925, le général français De Refeye a réorganisé administrativement le Grand Liban. Un arrêté officiel décrète alors que Chebaa et Nkheilé sont au Liban.
L’Etat libanais exerçait sa souveraineté sur ces fermes : le hameau payait ses taxes à l’Etat, la justice libanaise exerçait son pouvoir sur cette région, des documents prouvent que l’administration libanaise imposait des amendes sur les fermes, des élections parlementaires et municipales se tenaient à Chebaa et Nkheilé. Il y a aussi les cadastres officiels.
En janvier 1944, la République syrienne a commencé à faire le cadastre à Mogheur Chebaa. Lorsque les Syriens ont dépassé Mogheur Chebaa vers les autres hameaux, le maire de Chebaa a demandé au gouvernement libanais d’intervenir. Le ministre libanais des affaires étrangères a alors envoyé aux Syriens une dépêche d’opposition, leur demandant ce qu’ils faisaient en territoire libanais. Les Syriens ont admis que les fermes sont en territoire libanais. Une convention officielle accompagnée d’une carte officielle a alors été signée par le Liban et la Syrie le 20 février 1946.

Comment ce territoire a-t-il pu alors être revendiqué comme syrien alors que la Syrie avait signé ce document reconnaissant la libanité de ce territoire?

Entre 1948 et 1949, la région est transformée en région d’opérations militaires entre le Liban, la Syrie et les Israéliens. En 1957, le gouvernement libanais a laissé des gendarmes syriens entrer dans une des fermes, à Zebdine. En 1964, les gendarmes syriens ont pénétré dans tous les hameaux et ont réclamé que la population change de carte d’identité et qu’elle devienne syrienne. Le gouvernement libanais a manifesté son mécontentement. Mais de facto, les Syriens sont là. Un à deux ans plus tard, ils ont donné le feu vert à Yasser Arafat et aux Palestiniens de venir dans ces hameaux pour mener des guérillas contre les Israéliens. En juin 1967, c’est la guerre et les Israéliens envahissent les fermes de Chebaa et Nkheilé. Après la guerre de 1973 et l’accord du Golan, les Syriens ont transmis à l’Onu une carte où les hameaux de Chebaa et Nkheilé font partie de la Syrie. En 2000, après le retrait d’Israël, les Syriens ont accepté que les fermes sont au Liban. J’ai 14 déclarations du chef de l’Etat, du ministre des affaires étrangères, du chef du gouvernement qui le confirment.

Pourquoi, à la lumière de toutes ces preuves, l’Onu ne parvient-elle pas à régler ce problème ?


De mon point de vue, le problème, c’est Israël. Il ne veut pas partir. Israël depuis longtemps, avant même 1948, souhaite que le Mont Hermon soit en Israël. C’est à la fois une question touristique car Israël n’a pas de neige et de ski dans son pays. C’est aussi un problème d’eau, le Liban « donne » 1,2 milliard de m3 d’eau pure et non saline à Israël. C’est une question religieuse, car sur le Mont Hermon se trouve un site où Abraham a parlé à Dieu. Enfin, c’est un problème stratégique. L’observatoire israélien au Mont Hermon permet de voir jusqu’au palais du président à Damas !
 
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