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La réconciliation et le dialogue fragilisés par le meurtre du prosyrien Saleh Aridi
Par Rana Moussaoui
AFP - Le 11 septembre 2008, 13h29
 
L'assassinat de Saleh Aridi, responsable au sein du Parti démocratique de Talal Arslane (opposition) vient fragiliser les efforts de réconciliation nationale au Liban, déjà menacés par les profondes divergences entre les parties rivales, estiment des analystes.

Dirigeants et observateurs ont souligné le moment choisi pour l'attentat qui a coûté la vie mercredi à Saleh Aridi, membre influent du Parti démocratique de Talal Arslane, l'un des leaders de la minorité parlementaire soutenue par Damas et Téhéran et rival traditionnel du druze Walid Joumblatt, ténor de la majorité. L'attentat, le premier visant un responsable prosyrien, survient en effet quelques jours avant la reprise prévue mardi du dialogue national devant permettre à toutes les parties de régler leurs divergences après une période de crise ayant dégénéré en violences meurtrières en mai et fait craindre un retour à la guerre civile.

Les responsables politiques devraient notamment discuter dans le cadre de ce dialogue d'une "stratégie de défense nationale" pour définir les relations entre le Hezbollah chiite et l'armée. "Il faut prendre garde à toutes les conspirations qui visent à (...) entraver les efforts de réconciliation et les préparatifs pour le dialogue national", a affirmé le président de la République Michel Sleimane, qui a
convoqué cette session de dialogue.

"Qui veut tuer le dialogue?" demandait jeudi le quotidien francophone l'Orient-le-Jour, alors que le journal proche de la majorité antisyrienne titrait "le crime de Baysour: un veto sanglant contre les réconciliations", en référence à la localité au sud-est de Beyrouth où s'est produit l'attentat. Selon l'entourage de M. Joumblatt, la victime oeuvrait pour consolider la réconciliation entre les deux dirigeants druzes entamée après les violents affrontements de mai dernier.

La réconciliation au Liban "porte préjudice à certains", a affirmé M. Joumblatt mercredi soir, en allusion à la Syrie, ancienne puissance de tutelle. Le président syrien Bachar al-Assad avait déclaré jeudi dernier à Damas que la situation au Liban était encore "précaire". Damas est accusé par la majorité antisyrienne de déstabiliser le Liban et d'être derrière les attentats ayant visé principalement des personnalités antisyriennes depuis 2004, tandis que le camp prosyrien accuse Israël de commanditer ces meurtres.

La télévision du Hezbollah a d'ailleurs privilégié "la piste israélienne". Mais M. Arslane, pourtant une personnalité prosyrienne, s'est contenté de déclarer jeudi que "le message a été bien reçu", refusant de spéculer sur l'identité des coupables.

"Les commanditaires de l'assassinat ont choisi le moment opportun pour ramener les protagonistes à un climat de suspicion après l'apaisement qui a prévalu" récemment, affirme à l'AFP Fadia Kiwane, directrice de l'Institut de sciences politiques à l'Université Saint Joseph à Beyrouth.

"Certaines parties pensaient que la division allait être beaucoup plus profonde après les affrontements de mai et se sentent lésées par les efforts de réconciliation", dit pour sa part Oussama Safa, directeur du Centre libanais des études politiques. Selon lui, cet assassinat "affectera le dialogue national sauf si les protagonistes arrivent à en circonscrire les conséquences".

Le dialogue est déjà menacé par les divisions, notamment concernant le dossier épineux de l'armement du Hezbollah. "Il existe des contradictions énormes entre les deux camps", explique Rafic Khoury, rédacteur en chef du quotidien indépendant Al Anwar. "La majorité antisyrienne veut discuter d'une stratégie de défense nationale pour désarmer le Hezbollah et ce dernier veut en discuter pour garder son arsenal". Selon M. Khoury, les participants au dialogue "divergent sur tout et notamment sur l'idée qu'ils se font du Liban".

"Ce serait dangereux d'aller à ce dialogue sans assurer un minimum de succès, affirme Mme Kiwane. Les répercussions seraient graves pour le pays", notamment après l'attentat de mercredi.
 
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