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L'accord de Doha, une victoire pour le Hezbollah, malgré des nuances
BEYROUTH, Par Sylvie GROULT
AFP - Le 22 mai 2008
 
L'accord de Doha, qui sort le Liban d'un bras de fer de 18 mois entre majorité et opposition, constitue une victoire pour le Hezbollah chiite même s'il permet une remise en marche des institutions, estiment des analystes.

"La minorité de blocage donnée à l'opposition constitue un sérieux revers pour le gouvernement, quelque chose qu'il tentait d'éviter depuis longtemps", remarque Paul Salem, directeur de la Fondation Carnegie pour le Moyen-Orient.

Pour Hilal Khashan, professeur à l'Université américaine de Beyrouth, le Hezbollah, en obtenant que la question de son armement ne figure pas à l'agenda de Doha, s'impose plus que jamais "dans la position d'un super acteur politique".

L'accord conclu mercredi à Doha met fin à 18 mois de luttes de pouvoir entre la majorité antisyrienne, soutenue par les Occidentaux et l'Arabie Saoudite, et l'opposition, menée par le Hezbollah, alliée de l'Iran et de la Syrie.

Il donne à l'opposition une minorité de blocage dans le gouvernement et prévoit le vote par le Parlement d'une loi sur le découpage électoral.

Si l'opposition obtient gain de cause sur sa revendication principale --la minorité de blocage, à l'origine de la crise--, plusieurs journaux libanais estimaient jeudi que l'accord ne dessinait clairement ni vainqueur ni vaincu.

"La majorité a également obtenu satisfaction sur sa principale demande: l'engagement des deux côtés à ne pas recourir aux armes à des fins politiques", relevait le quotidien pro-gouvernemental An-Nahar.

La lutte de pouvoir entre les deux camps avait dérapé début mai en violences intercommunautaires qui ont fait 65 morts, en particulier lorsque des militants chiites ont pris d'assaut des quartiers de Beyrouth défendus par des partisans sunnites du gouvernement.

Après l'accord de Doha, le bras de fer se déplace maintenant sur le terrain politique, dans la perspective des élections générales de 2009.

"Nous n'assistons pas à une victoire ou une défaite complète, mais à un nouveau compromis, avec certainement une influence accrue pour le Hezbollah", remarque Paul Salem.

"Le Hezbollah disposait jusqu'à présent d'un droit de veto sur le terrain, qui s'est transformé en droit de veto au gouvernement", dit-il en référence aux deux décisions prises début mai par le gouvernement contre le parti chiite, puis annulées sous la pression.

Pour Hilal Khashan, la victoire du Hezbollah est beaucoup plus nette.

"L'accord révèle un vainqueur, l'opposition; et un vaincu, la majorité", juge-t-il, relevant que l'opposition obtient la minorité de blocage qu'elle réclamait, et que "la question fondamentale de son armement n'a pas été mise sur la table".

Le Hezbollah est la seule milice libanaise à ne pas avoir désarmé, malgré la résolution 1559 du conseil de sécurité de l'ONU adoptée en 2004.

"Tout accord", relève M. Khashan, "reflète l'équilibre des pouvoirs sur le terrain. Il n'est une surprise pour personne qu'après 18 mois de paralysie, nous sommes parvenus à un accord seulement après que le Hezbollah a attaqué Beyrouth. De toute évidence, le Hezbollah et l'opposition sont sortis vainqueurs".

La question du désarmement du Hezbollah, souligne Patrick Haenni, du groupe de recherche International Crisis Group (ICG), était beaucoup trop délicate pour être abordée dans le contexte actuel.

"Une discussion sérieuse n'est pas possible sur le court terme. Ce qui pouvait être mis sur la table, c'est la manière de cadrer l'utilisation des armes", explique-t-il.

Le camp de la majorité dénie bien sûr toute victoire au Hezbollah.

L'accord "est destiné à débloquer le processus politique et rétablir le fonctionnement des institutions. Ceci, de notre point de vue, est clairement une victoire pour l'agenda du gouvernement", affirme Mohamad Chatah, conseiller du Premier ministre Fouad Siniora.

 
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