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Politique

Emmanuel Macron pourra-t-il rétablir l’influence française au Proche-Orient ?

BEYROUTH | Le 20 novembre 2017 à 11h09
Par Ibrahim Tabet

Emmanuel Macron vient de remporter un beau succès diplomatique en accueillant Saad Hariri à Paris après avoir obtenu son  départ d’Arabie Saoudite où il  était sans doute retenu contre son gré. Ce faisant, il a tiré d’embarras  Mohamed ben Salman et Michel Aoun.

Le premier car son coup de force, contraire à tous les usages diplomatiques, avait suscité une réprobation internationale grandissante ;  sans compter qu’il ne pouvait, sans perdre la face,  autoriser Hariri à rentrer directement  au Liban.

Le second car ses déclarations et l’activisme de son gendre (le ministre libanais des Affaires étrangères Gebran Bassil) risquaient d’envenimer les relations libano-saoudiennes. En  contribuant à désamorcer  la tension entre Riyad et Beyrouth, qui pouvait avoir de fâcheuses conséquences, surtout économiques, pour le Liban, le locataire actuel de l’Elysée a obtenu la reconnaissance des Libanais ; et  la France vient une fois de plus de prouver son  amitié et son attachement envers  le Liban.  Si son influence  sur la scène locale libanaise en sortira  renforcée, il est douteux qu’elle  soit suffisante pour contribuer  à résoudre la crise politique qui ne manquera pas de s’ouvrir après la fin du compromis sur lequel reposait le mandat Aoun. L’on se dirige  probablement vers un blocage semblable à celui qui avait vu la vacance présidentielle pendant près de deux  ans. 

Si Paris revient en force au Liban, il n’est pas sûr qu’il en soit de même au niveau régional. En fait, depuis la présidence de Jacques Chirac, l’influence française n’a pas cessé de reculer au Moyen-Orient.

Chirac a été le dernier représentant de la « politique arabe » de la France  initiée par le Général  de Gaulle. Celle-ci était caractérisée par une politique indépendante par rapport au Etats-Unis et à  une  position plus équilibrée sur le conflit israélo-palestinien. Elle a permis à  la France d’apparaître  comme la seule puissance occidentale représentant un semblant de recours vis-à-vis de l’hégémonie sans partage des Etats-Unis. Le président Chirac  aura été l'un des seuls chefs d'État du monde à avoir la lucidité et le courage de s’opposer à l’invasion américaine de l’Irak en 2003. Mais  la diplomatie française commença ensuite à se rapprocher des États-Unis. L’occasion lui en fut  fournie par le dossier du nucléaire iranien, la lutte contre le terrorisme islamique d’Al-Qaeda  et  question de l’occupation  syrienne du Liban.  Paris est, avec Washington, l’un des deux artisans de la résolution 1559 du Conseil de sécurité de l’ONU qui a exigé le retrait de l'armée syrienne  du Liban. 

En politique étrangère, Nicolas Sarkozy, mettant fin à la politique d’indépendance vis-à-vis de Washington a procédé  à un  réalignement de la politique française sur les États-Unis et en faveur d’Israël.  Elle est apparue  également   comme le  pays les plus en pointe contre le régime iranien sur le  dossier  du nucléaire. C’est dans cette optique qu’il faut situer la décision de Paris d’implanter une base interarmes aux Émirats arabes unis, destinée à contribuer à rassurer les monarchies pétrolières arabes qu’inquiètent les ambitions hégémoniques de Téhéran.

Toutefois, alors que la France avait rompu toute relation avec Damas suite à l’assassinat de Rafic Hariri, ami personnel de Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy  a invité Bachar el Assad aux célébrations du 14 juillet 2007 à l’occasion de sa présence au sommet de l’Union pour la Méditerranée à Paris. Sur le dossier palestinien, depuis la création de ce qui est convenu d’appeler le « quartet » (États-Unis, Union Européenne, Russie, ONU) la diplomatie française n’a plus les moyens de jouer un rôle qui lui appartient, d’autant que l’UE ne parvient pas elle-même à y jouer le sien. La décision la plus lourde de conséquence de la  présidence de Nicolas Sarkozy a  toutefois été l’intervention militaire française en Libye en 2011, promue par le sulfureux Bernard Henri Levy. Ses répercussions se font toujours sentir aujourd’hui : chaos  tribal et désintégration de la Lybie. Plus grave,  au regard des intérêts français et européens : apparition  d’un  repaire de  terroristes islamistes menaçant l’Europe et l’Afrique Sub-saharienne. Enfin  afflux de réfugiés en Europe  que le dictateur libyen  avait  l’avantage  d’endiguer. Comme si les leçons des répercussions  catastrophique de la politique de changement de régime  en Irak et en Libye n’avait pas été retenues, la politique française  sous François Hollande vis-à-vis de la Syrie  a commis les mêmes erreurs. 

Plus royaliste que le roi américain, Laurent Fabius  a déclaré au début du déclenchement du soulèvement contre  Bachar el Assad  que celui-ci «  ne méritait tout simplement pas de vivre sur terre !  » Son  parti-pris  en faveur d’Israël l’a amené à  surenchérir  en matière d’intransigeance sur les Américains dans les négociations ayant abouti  à  l’accord sur le nucléaire iranien. Choix sans doute également dicté par le souci du gouvernement français de complaire aux riches  pétromonarchies  du Golfe.  Depuis l’élection d’Emmanuel Macron  la politique étrangère française fait preuve de plus de pragmatisme. Elle ne fait plus du départ du dictateur syrien un préalable à  l’ouverture de négociations sur l’avenir de la Syrie. Il semble aussi que le gouvernement français  veuille se rapprocher de la Russie qui est un allié naturel dans la lutte contre le terrorisme islamiste.  N’est-ce pas  d’ailleurs ce que font les Américains sur le dossier syrien,  alors qu’ils instrumentalisent  la prétendue menace de l’ours russe  pour justifier le  maintien de  l’OTAN dont la principale  raison d’être depuis la chute de l’URSS est de garder les pays européens sous leur coupe ?

Seule une politique plus réaliste et moins idéologique permettra à  la France, qui a perdu toute crédibilité sur le dossier syrien  lors de la présidence de François Hollande,  de recouvrer une quelconque influence en Syrie. Cette considération n’est sans doute  pas absente de la volonté d’Emanuel  Macron de réaffirmer la relation spéciale entre la France et le Liban qui constitue une porte d’entrée vers la Syrie et le  pays du Proche-Orient où  la diplomatie  française peut le plus jouer un rôle important. 

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#France, #MoyenOrient, #Syrie
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2 Commentaires
Yves Loiseau
24 novembre 2017 à 18h38
D'accord avec Ibrahim Tabet pour constater le beau coup de Macron dans le retour de Saad Hariri au Liban.
Est ce que ca donne la certitude que la France revient dans le jeu au Proche Orient: non bien sur !
Mais je ne suis pas sur que les épisodes précédents soient d'une énorme importance. Je constate que depuis -ou en même temps comme dit Macron- qu'un "homme fort" s'affiche sur la scène: Erdogan dont je maintiens que son ambition est de devenir le leader du monde sunnite. On l'a vu réagir dans la crise entre les Saoudiens et le Qatar sans que cela marque suffisamment les esprits. Erdogan, qui s'est frotté à Israel il y a quelques années, et qui a lui aussi les Iraniens comme voisin, est un élément que peu de gens prennent en compte.
Est il plus aujourd'hui l'allié de l'Occident ou celui des Russes: la balance est encore en mouvement... Pour réaliser son dessein il vaut mieux être -pour l'instant- l'ami des Russes que celui des Américains
Et puis, il y a Israél.....
Il y a quelques jours, en lisant Haaretz, on pouvait croire à une offensive quasi imminente sur le sud Liban et l'on parlait d'un trio pour y parvenir: les USA, les Saoudiens et Israel. A ce niveau, aujourd'hui, il me semble que la situation s'est tout de même bien calmée.
De mon point de vue -et l'épisode du stop over à Ryad le montre- Macron ne chausse les pantoufles de personne. Il pratique au Moyen Orient comme il le fait avec Reagan et Merkel il marque le terrain d'un Président "différent", jeune, et qui ne connait pas les complexes: il apparait davantage comme un porteur de convictions que comme un diplomate.
Est ce que les solutions Erdogan/Poutine/Assad pour l'avenir de la Syrie vont être compatibles avec celles élaborées à Ryad ????
On ne peut pas être le Président que Macron veut être sans s'intéresser au Proche et au Moyen Orient: il vient d'en faire la preuve et ce n'est pas pour s'arrêter demain.... Macron leader du Monde "s'il réussit à gouverner la France" titrait un hebdo US...
houari
21 novembre 2017 à 02h30
Comme vous l'avez souligné chaque Président Français a sa propre politique et sa propre vision. Nous avons donc un changement de cap tout les 5 ans !
Sans stratégie à moyen et long terme, la France ne fera que naviguer à vue... à courte vue.
Les politiques n'écoutent pas leurs services spécialisés dans ce domaine. Ils écoutent BHL.... La Libye c'est lui ! La Syrie c'est lui ! le Kurdistan c'est lui etc !
Que des catastrophes...
Macron n'y coupera pas le naufrage de la politique étrangère de la France peut entraîner celle du Liban !
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