iloubnan.info
( Publicité )
Politique

Visite du patriarche Rahi à Riyad: un mouvement hautement symbolique pour l'église dans la région

BEYROUTH | iloubnan.info - Le 14 novembre 2017 à 18h04

Arrivé à Riyad hier, le patriarche Bechara Boutros Rahi a été reçu aujourd’hui par le roi Salman d’Arabie saoudite. Cette visite, effectuée à l’invitation du roi et de son fils Mohammed, marque une première historique.  C’est en effet la première fois qu’un chef d’Eglise chrétienne, en l’occurrence de l’église maronite, est reçu officiellement dans le royaume ultraconservateur.

Cette visite a lieu dans un contexte très tendu au Liban, alors que le Premier ministre libanais Saad Hariri a annoncé sa demission depuis Riyad le samedi 4 novembre. Il demeure depuis dans la capitale saoudienne et la classe politique estime que le royaume l’empêche de rentrer dans son pays. De son côté, Hariri a affirmé qu’il était libre de ses mouvements et qu’il rentrerait d’ici quelques jours. Lors de l’annonce de sa demission, il avait déclaré craindre pour sa vie et que sa sécurité était menacée au Liban, dans une allusion au Hezbollah, parti politique libanais lourdement armé par l’Iran, ennemi de l’Arabie saoudite.

Pour de nombreux politiciens libanais de tout bord, il est clair que l’Arabie saoudite a utilisé Saad Hariri et l’a poussé à la demission pour isoler le Hezbollah, qui fait partie du gouvernement libanais, et pointer du doigt le rôle de Téhéran dans la région. L’Iran et l’Arabie saoudite s’affrontent actuellement sur le terrain au Yémen, dans la guerre opposant la coalition emmenée par Riyad aux combattants Houthis pro-Iranien.

Lors de l’entretien avec le roi Salman,  les deux hommes ont "évoqué les relations fraternelles entre le royaume et le Liban et confirmé l'importance du rôle des différentes religions et cultures pour promouvoir la tolérance et renoncer à la violence", selon l'agence officielle saoudienne SPA. 

Mgr Rahi s'est également entretenu avec le jeune prince héritier saoudien, Mohammed ben Salmane, qui a lancé plusieurs réformes dans son pays, et mené une operation coup de poing, en ordonnant l’arrestation de plusieurs hommes politiques, ministres, princes et richissimes hommes d’affaires pour “corruption”. 

Dans ce contexte particulier, cet accueil du chef de l’Eglise maronite à Riyad apparaît comme un changement spectaculaire supplémentaire dans la politique locale et régionale saoudienne.

Pour une partie de la communauté chrétienne au Liban (où le système politique est confessionnel), cette visite est aussi une manière de passer à l’avant-scène. Farès Souhaid,  cofondateur du mouvement chrétien Saydet el Jabal, a joué un rôle essentiel dans l’organisation de ce déplacement. Il a toujours estimé que les chrétiens devraient jouer un rôle moteur dans la region, déplorant souvent leur repli sur soi et leur tendance à se vivre comme une minorité régionale, sur la defensive.

Avec cette visite historique, l’Eglise maronite réalise indéniablement un geste politique hautement symbolique au niveau régional... mais aussi local: à l’issue de ses entretiens, le patriarche a déclaré à la presse qu’il était d’accord avec la demission de Hariri et avec les propos tenus par le chef du gouvernement. Après s’être montré relativement conciliant avec les alliés de l’Iran pendant le temps du rapprochement opéré entre Hariri et le Hezbollah au sein du cabinet d’union nationale, le chef de l’Eglise maronite a peut-être aujourd'hui amorcé un changement d’orientation politique.

Donnez votre opinion
1 Commentaires
houari
14 novembre 2017 à 21h36
L'Agneau chez le Loup !
( Publicité )
( Publicité )
( Publicité )
( Publicité )
( Publicité )
                        
© COPYRIGHT 2017 Par Proximity Agency