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Politique

Les ponts brûlent : Le Liban dans la guerre froide néo-moyen-orientale

BEYROUTH | iloubnan.info - Le 08 novembre 2017 à 16h03
Par Sarah Safawi

"J'annonce ma démission du poste de Premier ministre". Tels sont les mots prononcés par le  Premier ministre libanais Saad Hariri samedi depuis l'Arabie Saoudite dans un discours diffusé sur Al-Arabiya. À moins de deux mois de la nouvelle année, le Liban se trouve à nouveau au bord du chaos, dans une région déjà en crise. Une crise qui s'étend jusqu'en Libye, en Égypte, au Yémen, dans la bande de Gaza, en Irak et si nous regardons encore un peu plus loin, jusqu’en Afghanistan. Beaucoup estiment que le conflit qui agite le Moyen-Orient aujourd'hui se fonde sur des questions communautaires et confessionnelles. Mais la cause profonde de toute cette situation au Moyen-Orient est due à l'absence ou à l'effondrement de l'autorité étatique, déjà affaiblie dans les différents pays.

Le Liban, déja profondément divisé, s’est encore une fois retrouvé dans l’impasse politique, après la déclaration du chef du gouvernement. Il y a des tensions au sein des communautés chrétiennes, certains chrétiens soutenant la coalition emmenée par le Hezbollah tandis que d'autres soutiennent celle du “14 mars”. Il y a des tensions entre les Chiites et les Sunnites et des tensions au sein-même de ces deux communautés.

La faiblesse de l'autorité de l'État invite à l'intervention régionale

Le Liban n'a pas eu de gouvernement central efficace depuis les années 1970 et l'autorité de l'État s'est affaiblie de façon exponentielle depuis. Ce qui précède a amené les partis locaux, cherchant à promouvoir leur ordre du jour et leur pouvoir sur la scène interne, à inviter les puissances régionales, notamment l’Iran et l’Arabie saoudite, à intervenir. Mais contrairement à la croyance commune, la «nature sectaire» de ce conflit n'est pas un phénomène induit par leur présence. Ni l'Arabie saoudite ni l'Iran ne l'ont imposée aux partis libanais; c'est en fait un phénomène qui vient du Liban lui-même.

Lorsque l'autorité politique s'effondre, les gens se tournent vers les communautés où ils se considèrent “en sécurité”, où ils pensent que leurs besoins fondamentaux sont pris en charge. C'est pourquoi, dans ce vide politique, les communautés chiites se tourneraient vers l'Iran pour obtenir son soutien et il est tout aussi naturel que les communautés sunnites se tournent vers l'Etat sunnite le plus riche et le plus puissant à savoir l’Arabie saoudite.

Quand l'état ne peut plus fournir les pré-requis appropriés de ce qu'un Etat est censé faire; Quand un État ne parvient pas à apporter aux gens la sécurité et répondre à leurs besoins fondamentaux, ceux-ci vont commencer à chercher des entités sub-étatiques, où ils pensent trouver des garanties pour leur sécurité.

C’est une guerre froide néo-moyen-orientale, qui vise à tirer parti de la faiblesse de la politique intérieure des États arabes, pour permettre à l'Arabie saoudite et à l'Iran d'exercer leur pouvoir.

Le Liban dans la tourmente

L'effondrement de l'État libanais, lieu d’une pluralité arabe chiite, a créé des opportunités pour l'Iran au Liban. Le Hezbollah, la plus grande réalisation de la politique étrangère iranienne,  est l’atout de l'Iran. Téhéran peut le déployer partout où il le jugerait bon.

Après avoir été déséquilibré au Yémen, en Irak et en Syrie et avoir perdu ces Etats au profit de l’Iran, l'Arabie saoudite cherche actuellement un moyen de contrecarrer le pouvoir iranien dans la région. Pour ce faire, le royaume a à nouveau tourné son attention vers le Liban, en invitant le patriarche maronite Bechara Boutros Al-Rahi à rencontrer le roi Salman, une première, et une étape considérée par beaucoup comme une assurance pour la sécurité du Liban. Mais d'un autre côté, la démission de Hariri va plonger le pays dans une crise politique plus profonde et intensifier encore davantage la coalition interne pro-iranienne du “8 mars” et la coalition pro-saoudienne du “14 mars”.

Les analystes politiques s'interrogent maintenant sur les implications que cette décision aura sur le pouvoir de l'Iran au Liban et sur la sécurité et la stabilité du pays du Cèdre. La décision de Hariri complique encore davantage un contexte déjà compliqué.

C'est le nouveau statu quo de la région: l'Iran et l'Arabie Saoudite ont durci leurs positions et se préparent maintenant à livrer leur dernier combat au Liban.

(Article traduit de l'anglais)

Tags
#ArabieSaoudite, #Iran, #SaadHariri
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1 Commentaires
houari
09 novembre 2017 à 01h14
Ce n'est pas le dernier combat... Après le Liban, l'Egypte tombera aussi. Ce n'est pas une guerre sunnite-chiite mais une guerre contre la barbarie, contre la bête immonde !
Les chrétiens du Liban seront massacrés ou prendront leur valise...
Les chrétiens d'Egypte feront la politique de l'autruche mais leur tour viendra.
Les Saoudiens pensent pouvoir maîtriser la bête immonde mais elle les dévorera aussi ! L'unité seule viendra à bout du monstre qui est en chacun d'entre nous.
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