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Politique

Khan Sheikhoun en Syrie: l'autre ligne rouge

BEYROUTH | iloubnan.info - Le 06 avril 2017 à 07h34
Photo de la Défense civile syrienne.

Mardi à l’aube, la ville de Khan Sheikhoun (campagne Sud d'Idleb), a été frappée par une attaque aérienne aux gaz provoquant des symptômes semblables à ceux causés par le sarin, a indiqué la coalition nationale syrienne, après de nombreux témoignages d’activistes sur le terrain dont Hadi Abdallah, le journaliste récompensé cette année par Reporters sans frontières.

Selon les activistes les bombes chargées de gaz ont été larguées par l’aviation du régime de Bachar el Assad. 

La frappe a fait une centaine de morts plus de 200 blessés. Les photos circulant sur les réseaux sociaux sont éprouvantes et émotionnellement difficiles à supporter.

Les médias pro-iraniens évoquent pour expliquer l'hécatombe l'explosion d'une usine de gaz suite à un missile tiré par un avion du régime. Dans les médias français, on continue à parler d'attaque chimique "présumée". La Commission d'enquête de l'ONU sur les droits de l'Homme en Syrie a annoncé qu'elle « enquête actuellement » sur l'attaque.

On repense aux victimes de l’attaque contre la Ghouta Est de Damas, frappée en août 2013 par une attaque chimique du régime, au vu et au su de la communauté internationale. A l'époque, l'utilisation d'armes chimiques était qualifiée de 'ligne rouge' par le président des Etats Unis Barack Obama. Cette attaque avait ainsi failli provoquer une intervention militaire franco-américaine mais le président Obama avait fait marche arrière au tout dernier moment, laissant ses partenaires, et notamment Paris, dans l'embarras. Le massacre restera finalement impuni, mis à part l'injonction faite au régime syrien par l’Organisation internationale contre les armes chimiques de détruire son stock d’armes interdites. Cette destruction aura lieu progressivement au fil des mois sous l’œil des observateurs internationaux.

Mais apparemment, tout le stock n’a pas disparu. Des attaques chimiques ont eu lieu en 2014 et 2015, selon le mécanisme d’enquête international JIM, qui a mis en cause des très hauts gradés de l’armée syrienne.

Des rapports d’ONG internationales ont également fait état d’attaques chimiques, apparemment coordonnées avec des actions militaires au sol pour assurer la reprise de territoires rebelles par l’armée de Bachar el Assad.

Et puis, à l'aube de ce mardi 4 avril 2017, Khan Sheikhoun. La ville située dans la campagne Sud d’Idleb compte environ 100 000 personnes, dont 12 000 personnes déplacées. Elle est sous le contrôle de l'Armée libre et subit des bombardements quotidiens par le régime d'Assad et son allié russe. Ces attaques ont lieu en dépit de la trêve annoncé à la toute fin décembre par la Turquie (proche de l’opposition) et la Russie.

Le Président turc Recep Tayyip Erdogan a dit à son homologue russe Vladimir Poutine lors d'un appel téléphonique que ce massacre de Khan Sheikhoun menace les réunions d'Astana.

Federica Mogherini, Haute représentante de l'UE pour les Affaires étrangères et la politique de sécurité, a déclaré que Bachar Al Assad avait une «responsabilité principale » dans l'attaque chimique.

Le chef du ministère des Affaires étrangères français Jean Marc Ayrault, indiquant que la France appelait à une réunion urgente du Conseil de sécurité de l’ONU, a condamné ce qu’il a qualifié d’"acte ignoble" dans un langage diplomatique qui n'évolue guère depuis le début du conflit.

Le président Trump a cependant fait passer le débat à un niveau supérieur. Dans son langage habituel, assez primaire, il a dénoncé une « attaque chimique atroce » contre des « gens innocents, des femmes, des petites enfants et même de beaux petits bébés ». « Leur mort fut un affront à l’humanité », a-t-il ajouté.

« Mon attitude vis-à-vis d’Assad a changé », a-t-il lancé, dénonçant les « actes odieux » du régime qui « ne peuvent être tolérés ».

Reste à savoir si ces menaces seront suivies d'effets. Il y a quelques jours, l'administration américaines avait déclaré que le départ d'Assad n'était "pas une priorité". Le président syrien a-t-il perçu cette position (qui n'a en réalité rien de nouveau) comme un feu vert et le signe de son impunité? Plus important: cette impunité va-t-elle maintenant prendre fin?

 

Tags
#ArmesChimiques, #Syrie
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1 Commentaires
houari
06 avril 2017 à 18h05
Nous irons de lignes rouge en lignes rouge.
La lâcheté de l'homme est infinie.
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