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Politique

Des attaques chimiques ont été menées "de manière coordonnée" contre Alep en Syrie, selon HRW

BEYROUTH | iloubnan.info - Le 17 février 2017 à 11h42
Image extraite d'une vidéo publiée par Human Rights Watch.

"Ce n’est pas une odeur supportable. Dès que vous êtes exposée à elle, votre gorge brûle, c'est comme si un tison vous rentrait dans la gorge. Vous êtes empêché d’avaler ou de respirer. Votre cou commence à bouillir. Vous vous sentez nauséeux. Vos yeux brûlent et vous ne pouvez pas contrôler vos larmes. Finalement, vous ne pouvez plus respirer. Ce n'est pas comme avoir votre nez et votre bouche bloqués, mais plutôt comme si votre corps ne laissait plus passer l’air."

C’est l’un des témoignages entendus par l’ONG Human Rights Watch dans son enquête sur les attaques chimiques en Syrie.

L'organisation de défense des droits de l'Homme vient de publier ses conclusions dans un nouveau rapport portant plusieurs accusations contre le régime syrien, qualifiées de "très graves" par Paris.

En s’appuyant sur des entretiens avec des témoins, par téléphone et en personne, et sur l'analyse de séquences vidéo, de photographies et de messages diffusés sur les réseaux sociaux, HRW a établi que des hélicoptères des forces gouvernementales ont répandu du chlore dans des zones résidentielles à au moins huit reprises entre le 17 novembre et le 13 décembre 2016.

Les attaques, dont certaines ont été menées avec plusieurs munitions, ont tué au moins neuf civils, dont quatre enfants, et fait environ 200 blessés.

D’après HRW, les attaques ont eu lieu dans des secteurs de la ville que les forces gouvernementales avaient l’intention de reprendre, en partant de l’est d’Alep vers l'ouest à mesure que les lignes de front se déplaçaient, a conclu Human Rights Watch.

Dans la vidéo ci-dessous (qui comporte des images violentes), une infographie animée met en lumière cette coordination:

"La récurrence des attaques au chlore révèle leur coordination avec la stratégie militaire globale visant à reprendre Alep, et n’est pas le résultat de quelques éléments hors de contrôle", a déclaré Ole Solvang, directeur adjoint de la division Urgences chez Human Rights Watch. "Le Conseil de sécurité des Nations Unies ne devrait pas permettre que l’utilisation d’armes chimiques par les autorités syriennes ou tout autre belligérant reste sans conséquences".

Le Conseil de sécurité des Nations Unies, qui n’a toujours pas pris de mesures donnant suite à l’enquête diligentée par l'ONU ("Mécanisme d'enquête conjoint"), a identifié des unités militaires responsables d'attaques antérieures utilisant du chlore en Syrie. Le Conseil de sécurité devrait imposer des sanctions aux responsables de la chaîne de commandement, a déclaré l’ONG.

Depuis avril 2014 au moins, les hélicoptères du gouvernement syrien ont répandu du chlore sur les parties du territoire contrôlées par l’opposition. Le chlore est utilisé de nombreuses manières à des fins civiles, mais la Convention de 1993 sur les armes chimiques, à laquelle la Syrie a adhéré en octobre 2013, prohibe d’utiliser les propriétés toxiques de tout produit chimique à des fins militaires. Human Rights Watch a également documenté l’utilisation du gaz sarin par les forces gouvernementales syriennes lors d’attaques menées en août 2013, et l’utilisation d’ypérite ("gaz moutarde") par les forces de l'État islamique en août 2016.

Le nombre réel d'attaques chimiques à Alep entre le 17 novembre et le 13 décembre pourrait être plus élevé que les huit documentés dans ce rapport, a indiqué Human Rights Watch. Sur les réseaux sociaux, les journalistes, les secouristes, le personnel médical et d'autres ont signalé au moins 12 attaques perpétrées au cours de cette période. L'ONG ne fait figurer dans ce document que les attaques qu’il a été possible de corroborer à la fois par des informations en temps réel sur les réseaux sociaux et des entretiens avec au moins un témoin.

Identifier avec certitude le produit chimique utilisé lors des attaques sans analyses en laboratoire est difficile, mais l’odeur, les signes avant-coureurs et les symptômes manifestés par les victimes et le personnel médical indiquent que les forces gouvernementales ont utilisé du chlore. Les résidents vivant à proximité du site d’impact et le personnel médical sur place ont signalé une forte odeur de chlore, semblable à celle des nettoyants ménagers à base d'eau de Javel.

"Les personnes touchées éprouvaient des difficultés à respirer, elles toussaient violemment, étaient prises de nausées, certaines s’évanouissaient, d'autres avaient de la mousse leur sortant de leur bouche", a déclaré un secouriste après plusieurs attaques. "Les enfants sont les plus gravement affectés par ces produits chimiques…ils inhalent ces odeurs et finissent par suffoquer".

Un niveau élevé d'exposition au chlore peut conduire à l'étouffement, car les lésions chimiques causées par la dissolution du chlore dans les muqueuses des voies respiratoires est susceptible de provoquer un œdème pulmonaire. Les enfants et les personnes âgées sont particulièrement sensibles aux effets du chlore gazeux.

Des témoins ont également indiqué avoir observé une fumée jaune ou vert-jaune près du point d'impact d’au moins quatre attaques. Lors de deux de ces attaques, les journalistes se trouvant à proximité ont filmé la fumée. Le chlore est vert jaunâtre sous sa forme gazeuse.

Le chlore étant plus lourd que l’air, il coule, transformant en pièges mortels les sous-sols où les gens se cachent pour se protéger des attaques lancées avec des armes explosives. Un journaliste, qui a décidé de quitter son quartier après une attaque au chlore, a déclaré : "Nous nous sommes habitués aux bombardements. Mais avec du chlore, il n'y a aucun moyen de se protéger. Il vous étouffera".

Les 192 États parties à la Convention sur l’interdiction des armes chimiques devraient également prendre des mesures pour remédier à la violation continue des interdictions les plus fondamentales de ce traité et veiller au respect des normes internationales en vigueur contre l’utilisation d’armes chimiques, a déclaré Human Rights Watch.

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#Alep, #ArmesChimiques, #Syrie
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