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Politique

Ce que l'on attend de l'Eglise maronite...

BEYROUTH | Contributeur - Le 30 décembre 2016 à 13h57
Par Farès Souhaid

A l’époque de la chute de l’empire ottoman au début du siècle dernier et de l’avènement des mandats français et britannique dans la région, le patriarche Elias Howayek a rencontré le général Clémenceau, l’un des ingénieurs du monde, sorti vainqueur de la première guerre mondiale. Il a confirmé devant lui le choix des maronites au Liban, en demandant l’aide de la France pour le concrétiser : la création de l’Etat du grand Liban, où l’individu existerait en sa qualité de citoyen et non pas de chrétien ou de musulman.

La valeur de ce choix consistait dans le fait qu’il devait paver la voie à la transition des maronites et des autres communautés de la région d’un statut de paroissien membre d’une minorité cherchant la protection ici et là, à un statut de sujet protégé par la loi, avec une constitution assurant leurs droits, sur le modèle occidental.

Ainsi, ils seraient libérés de l’emprise des différentes puissances, dont ils croyaient qu’elles leurs apporteraient protection à travers les siècles avant qu’on ne réalise plus tard qu’elles ne servaient que leurs propres intérêts.

Aujourd’hui environ 100 ans plus tard, notre région semble être sur le point de voir redessiner ses contours géopolitiques, dans le cadre de nouveaux rapports de forces. Les éléments les plus importants de ce nouveau contexte sont :

  • la chute des anciens régimes arabes en Syrie, en Irak, au Yémen, en Tunisie en Egypte,
  • l’absence des arabes et de la solidarité inter-arabes de la plupart des décisions prises pour la région
  • et l’apparition des forces régionales non arabes (Turquie, Russie, Iran, Israël), qui se répartissent une influence dans la région comme ce fut le cas pour les occidentaux avec l’accord Sykes-Picot selon la déclaration de Moscou.

C’est dans ce nouvel équilibre des forces que la plupart des minorités dans la région (notamment chrétiennes et chiites) essayent de se positionner. Les leaders politiques et religieux se rapprochent de telle ou telle puissance. Les forces en présence considèrent cet équilibre comme stable, comme le contexte dans lequel il va falloir évoluer au cours de la phase à venir, sous le slogan « l’alliance des minorités contre la majorité » (rappelez-vous  l’ensemble des églises chrétiennes d’Orient réunies au congrès de Washington pour la protection des minorités en septembre 2014).

Aujourd’hui, dans cette phase, on note le net recul de l’Eglise maronite et l’avancée proportionnelle de l’Eglise orthodoxe, à travers la présence de la Russie post-Union soviétique dans les événements de la région.

Evidemment, certains considèrent que la présence de la Russie ‘’expansionniste’’ dans la région est une présence  exagérée, conditionnée en fait par le recul des Américains entre la période des élections américaines et la prise de pouvoir de la nouvelle administration le 20 janvier 2017.

Certains pensent que l’accélération des événements dans certains pays, (comme l’élection de Michel Aoun sous parapluie iranien, la légalisation par le parlement irakien des milices chiites Hachd al-Chaabi, ou encore la chute d’Alep) a pour but de consolider les cartes russo-iraniennes, qui leur permet de négocier plus librement avec l’administration américaine. Tout cela sur fond de rivalité russo-iranienne sur le leadership sur les minorités et de manœuvres de la Turquie.

Ceux qui portent cette vision méprisent l’emprise du trio sur la région. Ils pensent qu’il n’y a pas de décision politique sur la région et que le Moyen Orient passe simplement par une phase transitoire turbulente.

Mais quoi qu’il en soit, et en dehors de toute lecture politique, nous notons avec amertume l’absence de l’église maronite des événements de la région dans la phase actuelle.

Il n’est pas nécessaire de créer ni d’inventer de nouveaux rôles pour cette église. Car cette prestigieuse église arabe a déjà ses valeurs, et suit l’orientation de la papauté. Elle a aussi des échanges et des congrès avec les patriarches d’Orient. Elle a des plans de travail dans le cadre du synode patriarcal maronite. Elle a assez d’éléments en tout cas pour déterminer naturellement son rôle sans avoir à en chercher de nouveaux.

Son rôle, c’est de participer à développer et cristalliser tous les concepts de la coexistence islamo-chrétienne, sans laquelle le Liban n’a pas de sens. Elle est invitée aujourd’hui à s’engager dans la paix pour le Liban et la région. Ceux qui feront la paix de la région sont ceux qui ont construit leur idéologie philosophique sur la paix, pas sur la guerre.

J’appelle l’Eglise maronite rassembleuse à changer le cours des événements provoqués dans l’histoire de la région par la prestigieuse Eglise orthodoxe, dont l’ingérence ne devrait pas faire naître de nouveaux empereurs au Moyen Orient. 

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#EgliseMaronite
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3 Commentaires
Saad Abdo Kfifan
12 juillet 2017 à 01h45
Mardi 11 juillet 2017. Pour l’église maronite et toutes les autres minorités au Liban la solution n’est pas religieuse. La démocratie laïque d’un Etat de droits qui respecte les droits humains de la Charte des Nations Unies, avec la particularité libanaise de parité entre chrétiens et musulmans dans tous les postes publics de l’Etat libanais est la solution. A travers la laïcité les chrétiens du Moyen Orient peuvent vivre en paix.
houari
30 décembre 2016 à 23h55
Que dire ? Rien. Vous avez tout dit.
Nehme Lebbos
30 décembre 2016 à 14h24
Excellent point de vue...
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