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Politique

Alep: guerre 2.0 et tombeau de l'humanité

PARIS | iloubnan.info - Le 13 décembre 2016 à 19h56
A Alep le 13 décembre 2016. Photo prise par la Défense civile syrienne (qui intervient dans le cadre du Conseil local, collectivité mise en place dans les régions dont le régime a été chassé). La légende de cette photo publiée sur le compte twitter de la coalition nationale syrienne (opposition à Bachar el Assad), dit que des milices pro-régime ont exécuté 82 civils sur place.

En toute fin d’après midi, une alerte est tombée provenant des différentes agences de presse mondiale: un accord a été trouvé pour une sortie des civils puis des rebelles des quartiers Est d’Alep. Une réunion d’urgence de l’ONU avait été convoquée peu de temps auparavant, au regard du tour abject pris par la situation de ce qui fut la capitale économique de la Syrie.

Cité par l’agence AFP, Yasser al Youssef, un membre du bureau politique du groupe rebelle Noureddine al Zinki, a ainsi indiqué qu’un "accord a été conclu" entre les Russes (pro-régime) et les Turcs (pro-rebelles), "pour évacuer les habitants puis les rebelles des quartiers assiégés d'Alep". Selon M. al Youssef, "les blessés et les civils seront évacués en premier." Puis ce sera au tour des rebelles "avec leurs armes légères” a-t-il toujours selon l’AFP qui précise que ceux qui partiront pourront aller soit dans l'ouest de la province d'Alep soit vers la province (voisine) d'Idleb. Pas sûr que la situation là-bas soit très enviable: Idleb est depuis quelques jours déjà la cible de l’aviation russe, qui semble vouloir y adopter la même stratégie de destruction totale qu’à Alep.

Depuis tôt ce mardi matin les dernières heures d’Alep Est étaient annoncées. Et dès le tout début de la journée, des informations ont circulé sur des exactions commises contre des civils par les milices soutenant le régime syrien, entrant dans les quartiers rebelles qu’ils pouvaient enfin prendre d’assaut, après la campagne de bombardements intensifs menés par l’aviation russe et l’armée syrienne. Les témoins sur place évoquent des maisons incendiées avec des familles à l’intérieur. Des femmes et des enfants exécutés. Des hommes aussi, bien sûr, certains abattus, d’autres emmenés pour simplement disparaître.

On ne peut pas dire que tout cela ait lieu sur fond de silence international. La France, la Grande Bretagne, l’ONU, les voix sont finalement nombreuses pour dénoncer ce que toutes appellent "un massacre".

Dans une déclaration officielle, le chef de la diplomatie française Jean-Marc Ayrault a pour sa part évoqué un "martyre". "Alors que le martyre d'Alep se poursuit,” a-t-il déclaré, “de nombreuses allégations d'exactions commises par les forces favorables au régime de Bachar Al Assad nous parviennent : assassinats de sang froid de familles entières au motif qu'elles seraient réputées proches de l'opposition ; exécutions sommaires, notamment de femmes et d'enfants ; personnes brulées vives dans leurs maisons ; poursuite du ciblage systématique des hôpitaux, de leur personnel et de leurs patients...  De telles atrocités révoltent les consciences,” a dit le chef du Quai d’Orsay, appelant la communauté internationale à “faire en sorte que ces crimes ne restent pas impunis.”

Mais malgré les cris d’effroi, le massacre a lieu, sous les yeux de chacun. Quasiment en direct.

Le Monde a dans son éditorial ce 13 décembre qualifié Alep de « tombeau du droit international, de l’ONU, du minimum de décence et d’humanité ». Le journal compare le massacre à celui de Srebrenica pendant la guerre en ex-Yougoslavie. Toujours dans Le Monde, le politologue Joseph Bahout évoque quant à lui "l’honneur perdu" de l’occident. 

La guerre en Syrie en général, notamment l’offensive du régime et des Russes à Alep Est et surtout la chute des quartiers rebelles de la ville, aura créé un précédent. C’est la première guerre 2.0 par excellence. Une guerre dont la souffrance des civils est relayée en direct par eux-mêmes, comme la petite Bana, 7 ans, racontant son quotidien dans la ville assiégéé, via le compte Twitter de sa mère. Elles sont suivies par 259 000 "followers". Elles ne sont pas les seules à poster dès qu'elles le peuvent des messages d'espoir, de peur, de terreur ces derniers temps. D'autres résidents d'Alep le font aussi. 

Et malgré ce partage intime des situations les plus critiques sur les réseaux sociaux, malgré les hauts-cris des institutions internationales, absolument rien n’a été fait pour sauver tous ces gens. 

Tags
#Alep, #Syrie
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1 Commentaires
houari
14 décembre 2016 à 00h42
On a cru un instant qu'internet remplacerai les balles et les obus. Il n'en est rien.
Les peuples européens ont soutenu Poutine pendant que leurs gouvernants "soutenaient" les insurgés. Tous ceux qui auront combattu Assad auront perdu leurs mandats électifs. Assad sera toujours président de la Syrie.
Étrange situation que celle ci.
Que retiendra l'Histoire de tout ceci ?
Tout ce paye un jour ou l'autre. Un général Israélien disait "Méfiez vous des Arabes si vous leur faite du mal ! 500 ans plus tard ils s'en souviendront".

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