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Politique

Aoun président, optimisme au Liban: le calme avant la tempête ?

BEYROUTH | iloubnan.info - Le 16 novembre 2016 à 15h27
Par Elodie Morel
Elu le 31 octobre 2016, le président Michel Aoun (à droite) reçoit le 7 novembre le ministre des Affaires étrangères iranien Mohammad Zarif au palais présidentiel de Baabda. Crédit photo: Dalati et Nohra.

Deux ans de vacance. Deux ans et demi, même. La vacance présidentielle qu’a connue le Liban depuis la fin du mandat de Michel Sleiman en mai 2014 a pris fin lundi 31 octobre, avec l’élection de Michel Aoun.

Cette élection intervient alors que le pays est à genoux, sur un plan économique et social notamment :  un pays noyé dans ses poubelles non ramassées, des cas de plus en plus fréquents de salaires non versés aux employés…

Dans ce contexte, l’élection du président Aoun fut une bouffée d’air pour le Liban. Des PME ont rapporté avoir signé, dans la foulée du vote parlementaire, quelques contrats qui demeuraient en suspens depuis un an ou 18 mois, voire plus. Les paiements par certains de leurs clients ont enfin été honorés. Bref, une atmosphère de confiance retrouvée dans l’avenir, sur fond de réconciliation chrétienne: Samir Geagea a appuyé la candidature de son éternel rival Michel Aoun. Celui-ci a également été soutenu par le leader sunnite Saad Hariri, pourtant son opposant.

« La "réconciliation" qui a eu lieu au Liban n’est pas nationale »

Mais pour ceux qui travaillent à la formation de l'opposition, ce soulagement n’est qu’éphémère, avant un sévère et potentiellement destructeur retour de bâton. 

Pour Farès Souhaid, ancien coordinateur du Secrétariat général du 14 Mars, “Ce qui s’est passé au Liban est le résultat de l’actuel équilibre des forces  dans la région, où l’Iran a le vent en poupe. Téhéran a su imposer un compromis politique national, selon ses propres intérêts et à ses conditions. Le danger, c’est que l’équilibre des forces dans notre région est par définition très fragile et changeant. Il peut être modifié à tout moment, » dit-il.

Il ajoute que « Pour l’heure, la réconciliation au Liban n’est pas nationale, elle a seulement eu lieu entre les partis politiques qui y trouvent leur compte aujourd’hui. De même, l’opposition à la mainmise iranienne devrait être nationale elle aussi.  Mais en fait, elle va être sunnite ».

Farès Souhaid parle de "mainmise iranienne" en référence au Hezbollah, parti politique libanais lourdement armé par Téhéran. Le nouveau président Michel Aoun, autrefois farouche adversaire de la Syrie, est aujourd’hui l’allié chrétien du Hezbollah, avec lequel il a signé un document d’entente en 2006. Le Hezbollah (Parti de Dieu, en arabe), a toujours justifié l’existence de ses armes par la nécessité de résister face à Israël. A partir de 2009, l’obligation pour le Hezbollah de rendre ses armes à l’armée libanaise est devenue un leitmotiv dans toutes les campagnes politiques de ses adversaires, Saad Hairi en tête. Saad Hariri vient d’être désigné Premier ministre par Michel Aoun : autant dire que l’élimination des armes du parti de Dieu ne fait plus vraiment partie de son programme politique, en tout cas pas pour le moment.

« Aujourd’hui, qui parle encore des armes du Hezbollah ? » demande Farès Souhaid. « A croire qu’elles sont devenues légales finalement » ajoute-t-il.  « Ce compromis qui a conduit à l’élection de Michel Aoun ne fait que légitimer le statut imposé par le Hezbollah, finalement seul acteur politique majeur au Liban depuis 2008 ».

« Le Liban est passé d’une tutelle syrienne à iranienne »

En mai 2008, le parti de Dieu était descendu en armes dans les rues de Beyrouth en réaction à une loi concernant ses réseaux de caméras vidéo, qualifiés d’illégaux par le Parlement. Cette démonstration de force avait déclenché des violences qui ont failli faire replonger le Liban dans la guerre civile. Un accord avait finalement été trouvé au cours de discussions à Doha pour mettre fin aux affrontements. Ces accords de Doha ont abouti notamment à l’élection du président Michel Sleiman quelques jours plus tard. Décidément le pays attend toujours d’arriver à une tension extrême pour finir par élire un chef d’Etat.

Début novembre, alors que Michel Aoun venait d'être élu à la présidence, Gebran Bassil, ministre des Affaires étrangères sortant, mais aussi gendre du président, a demandé à tous les combattants libanais de quitter le territoire syrien et de rentrer au Liban. Il faisait référence au Hezbollah, qui se bat en Syrie depuis 2013 pour soutenir son allié le président Assad face à la rébellion.

Peu de temps après, Gebran Bassil recevait le chef de la diplomatie iranienne, Mohammad Javad Zarif. Ensemble, ils ont affirmé que le Liban est partenaire de l’Iran dans le conflit en Syrie.

Pour Farès Souhaid, le Liban est tout simplement passé d’un mandat syrien à un mandat iranien. « Beyrouth est désormais l’une des capitales arabes appartenant à un axe iranien, avec Bagdad et Sanaa. Dans la région, l’Iran se positionne comme le protecteur des minorités, à commencer par les chrétiens et les alaouites, face à des sunnites que les Iraniens décrivent comme terroristes. Mais on ne peut pas combattre un intégrisme par un autre. Un intégrisme sunnite par un intégrisme chiite. Ca ne marchera pas. »

Cet alignement sur la politique iranienne pourrait aussi faire du Liban une cible encore plus précise pour les jihadistes de la région. On demande à Farès Souhaid s’il redoute le retour des assassinats politiques à Beyrouth; il répond seulement qu’il s’attend à une « très grande vague d’insécurité et d’instabilité. »

Une partie de la communauté sunnite s’est sentie trahie par Saad Hariri, qui finalement a cédé sur tous les points imposés par le Hezbollah. Pour l'ancien coordinateur de Secrétariat du 14 Mars, « Saad Hariri joue encore un rôle de modérateur, mais une partie des sunnites peut basculer vers la violence, en réaction à ce sentiment de trahison et à cette mainmise iranienne. Le pays peut tomber dans un nouveau cycle de violence. On veut absolument éviter ça, évidemment. On veut voir cette élection présidentielle, cette apparente réconciliation, comme un salut pour le pays. Mais je pense que le prix à payer va en fait être très, très élevé.»

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#FaresSouaid, #Michel_Aoun, #Présidentielles
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1 Commentaires
houari
19 novembre 2016 à 13h12
"le prix à payer va en fait être très, très élevé"
La menace est claire ! La réconciliation nationale voulue par Michel Aoun et Saad Hariri n'est pas voulue par tout le monde.
Le chaos du Liban profite à certains et ils n'ont aucun intérêt à ce que l'état de droit et l'intégrité du Liban soit assuré par un gouvernement légitime et un Président élu.
Ils menacent d'une guerre civile le peuple libanais à l'instar de la Syrie.
Ils en sont capables !
Ils sont les véritables ennemis du Liban !
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