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Politique

“Modérés du moyen-orient et d’occident, unissez-vous”: l'appel de Saydet el Jabbal résonne jusqu'à Paris

BEYROUTH | iloubnan.info - Le 21 mars 2016 à 09h16
Par Elodie Morel
Farès Souaid, initiateur de la rencontre de Saydet el Jabal, et aussi coordonnateur du Secrétariat général du 14 Mars. Ici, au siège de la coalition du 14 Mars à Achrafieh, le 14 mars 2016.

Nous avons rencontré Farès Souaid alors qu’il revenait de Paris, juste avant la commémoration du 14 mars 2016. En France, il a présenté sa vision des relations entre moyen-orient et occident, et insisté sur cette nécessité d’unir les modérés des deux rives de la Méditerranée, tout en soulignant le rôle des chrétiens dans cette initiative. 

Sa venue avait été sollicitée par le Quai d’Orsay, après l’appel lancé lors de la rencontre chrétienne de Saydet el Jabal au Liban le 28 février, pour une “Union internationale des modérés”.

"Je me suis rendu à Paris pour dire qu’on doit construire des ponts entre gens qui se ressemblent," explique l’ancien député de Jbeil. "Je suis convaincu que la France a un rôle à jouer dans ce pontage entre orient et occident. J’ai été à l’Institut du Monde arabe, présenter ma thèse, construite au fil des échanges lors du séminaire de Saydet el Jabal. Au Quai d’Orsay, j’ai rencontré des responsables pour voir comment collaborer avec le gouvernement français, la société politique française, la société civile, l’église, pour créer des ponts, assurer un espace commun culturel, politique et social, pour faire face aux intégrismes de toutes sortes et de tous bords".

"L'Europe pensait que la détresse et la violence n'arriveraient pas jusqu'à elle"

Car selon lui, "Il y a évidemment un lien entre la montée de l’islamisme ici au moyen-orient et le renforcement de l’extrême droite en occident. Ils se nourrissent l’un l’autre. Et tous deux sont des dangers pour l’humanité."

Il ajoute : "L’Europe pensait qu’elle pouvait voir ce qui se passait au moyen-orient de loin, elle pensait que la violence et la détresse n’arriveraient pas jusqu’à elle. Les derniers attentats à Paris notamment, lui ont rappelé qu’il devient de plus en plus nécessaire pour les pays européens de comprendre ce qui se passe ici. La laïcité en France est en crise face à des communautés désormais hétérogènes. La question en orient comme en occident est plus que jamais de savoir comment vivre ensemble, différents et égaux. Auparavant, cette question était intellectuelle. Aujourd’hui, elle concerne tout le monde, dans la pratique du quotidien."

Farès Souaid est l’un des auteurs de l’Appel de Beyrouth de 2004, qui  évoquait déjà le vivre ensemble et la "convivialité islamo-chrétienne" au Liban. Depuis lors, il parle régulièrement de la situation de la communauté chrétienne dans le pays et la région. Il s’élève notamment contre le discours de victimisation caractérisant cette communauté, qui s’auto-décrit depuis des décennies comme une minorité isolée dans un monde arabo-musulman hostile, au lieu d’embrasser pleinement sa propre identité arabe et de jouer son rôle dans la région, un rôle de vecteur de modernité notamment.

En initiant la rencontre chrétienne de Saydet el Jabal il y a douze ans, Farès Souaid avait commencé à lancer une réflexion approfondie sur cette question de la place des chrétiens au Liban, sous forme de séminaire et d’échanges intellectuels notamment.

Mais aujourd’hui plus que jamais,  “la nécessité pour les chrétiens de définir leur rôle est devenue populaire, et non plus seulement intellectuelle. Il s’agit tout simplement de leur assurer un avenir dans la région. Et ils commencent à être conscients que les réponses locales concernant leur place dans le pays (comme la loi électorale, l’élection présidentielle etc) ne résoudront pas la question de leur rôle réel et de leur avenir. Ils prennent pleinement conscience de la dimension régionale de cette question."

Une dimension historique aussi.

"Aujourd’hui il y a un régime arabe qui se désintègre" dit-il en référence au régime syrien de Bachar el Assad. "Nous sommes dans une phase transitoire, devant un grand tournant régional".

L’édition 2016 de la rencontre Saydet el Jabal, le 28 février, a réuni un noyau dur de Libanais (majoritairement chrétiens mais aussi de différentes confessions), convaincus de la nécessité de vivre ensemble dans un Etat civil.

Car pour Farès Souaid, les chrétiens d'orient sont face à deux propositions: “Soit faire partie d’une alliance des minorités, qui crée en fait des guerres froides et communautaires.  Ou alors, bénéficier de la garantie d’un Etat et d’un espace commun dans la convivialité islamo-chrétienne. Et être ainsi fer de lance de la création d’un Etat civil. Etre vecteur de modernité dans la région, face aux intégristes."

Au delà de la réflexion sur le rôle des chrétiens dans la region, tous sont en quête d’un Etat, contre la thérorie de l’alliance des minorités, la pire des solutions selon Farès Souaid. Lors de cette 12e édition, marquée par la lecture de témoignages et réflexions envoyés notamment par l’opposant syrien Michel Kilo, les responsables présents ont donc lancé un appel à l’union des modérés de la région et d’occident.

"Le bruit des pantoufles résonne moins fort que celui des bottes"

Cette idée d'une union des modérées avait en fait été exprimée  il y a quelques mois déjà par l'intellectuel Samir Frangieh (lui aussi co-auteur de l'Appel de Beyrouth). Fin octobre, lors d’une réunion restreinte entre membres du Conseil national du 14 Mars, il avait dit qu’il faudrait, pour avancer, trouver “le point commun susceptible d’unir les modérés de tous les pays”.

L'intellectuel Antoine Courban, présent lors de la reunion, avait estimé que ce serait difficile: “Le point commun majeur des extrémistes c’est leur haine. C’est un sacré ciment, et trouver un ciment aussi solide va être compliqué”.

Alors comment pousser les modérés à faire voir et entendre leur perception du monde? Car pour l’heure, les modérés, ce sont ceux qu’on n’entend pas. “Il est clair que le bruit des pantoufles résonne moins fort que le bruit des bottes” avait-on également entendu de la part d'autres militants lors de ce meeting informel.

L’idée d’une “Union des modérés” n’a pas franchement "pantouflé": depuis ce jour elle a fait son chemin, intéressant plusieurs ambassades, notamment l’ambassade de France.

Les suites concrètes de cet appel et de la visite de Farès Souaid en France sont espérées multiples. Elles sont encore un peu floues. Pour l’heure, on évoque avec Paris la création d’un colloque annuel, qui réunirait des personnalités intellectuelles, civiles et politiques d’Europe et du monde arabe et dont  les conclusions seraient transmises aux décideurs. 

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#14Mars, #FaresSouaid, #SamirFrangieh
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