iloubnan.info
( Publicité )
Politique

Onze ans plus tard... L'esprit du 14 Mars en quête de réincarnation

BEYROUTH | iloubnan.info - Le 20 mars 2016 à 08h12
Il y a onze ans, un million de Libanais ont convergé vers la place des Martyrs à Beyrouth pour l'indépendance de leur pays. (Photo tirée du site MC Doualiya)

Lundi dernier à Achrafieh, Farès Souaid, le coordinateur du Secrétariat général du 14 Mars, était seul face aux caméras pour prononcer le discours commémorant la manifestation de 2005.

Cette solitude, il l’a explicitement soulignée devant les journalistes, en leur disant que oui, "le coordonnateur du 14 Mars apparaît seul aujourd’hui", alors que "les Libanais ont eu l'habitude, au fil des dix années écoulées de voir les dirigeants de la coalition  apparaître  ensemble  pour  cette  commémoration." 

"Il est dangereux que cette image se répète" a-t-il déclaré. "Elle n'est pas uniquement due à des différends concernant les candidatures à la présidence de la République, contrairement à ce que laissent entendre certains responsables concernés," a-t-il précisé. Il faisait référence aux soutiens que Samir Geagea et Saad Hariri ont respectivement apportés  aux candidats Michel Aoun (allié du Hezbollah) et Sleiman Frangieh (proche du régime syrien).

"Non, elle est due à plusieurs facteurs qui se sont accumulés au fil des mois et des années” a-t-il dit devant la presse et les quelques militants réunis au siège du Secrétariat. Pas la peine de revenir en détails sur ces facteurs, a-t-il ajouté, en expliquant que “le danger de la situation actuelle est accentué par l'isolement des composantes politiques essentielles du 14 Mars, et par leur entêtement faire passer les considérations confessionnelles en priorité par rapport au reste.”

"Quelque chose est fini pour le 14 Mars des partis politiques. Mais l'esprit du 14 Mars est bien vivant"

Depuis plusieurs années, et de manière encore plus aiguë depuis quelques mois, de très nombreux partisans du 14 Mars, cruellement déçus par le mouvement, estiment que la coalition s'est désintégrée, chaque parti faisant passer son propre intérêt devant celui de l'esprit de la révolution qui, il y a onze ans, a réuni un million de Libanais place des Martyrs à Beyrouth.

Début mars, nous avons abordé cette  question avec Samir Frangieh, intellectuel et  homme politique partisan du 14 Mars. Nous lui avons carrément demandé si c'était le moment d'annoncer la mort officielle du mouvement.

Il a préféré répondre que "oui, quelque chose est fini au niveau du 14 Mars en tant qu’alliance de partis politiques."  Mais il a ajouté que "l’esprit du 14 Mars, celui qui a poussé les Libanais à s’unir ce jour-là, est toujours bien vivant".

Reste à savoir maintenant dans quoi il pourrait se réincarner. La question est plus qu'urgente. "Les gens qui sont descendus dans la rue le 14 mars 2005, qui les représentent aujourd’hui ? Qui s’adresse à eux ?", a ajouté Samir Frangieh. C'est d'autant plus crucial au regard des défis auxquels le Liban fait face aujourd’hui: absence de président, guerre en Syrie dans laquelle le Hezbollah est impliqué, afflux de réfugiés, crise des poubelles.  Le gouvernement se montre totalement incapable de prendre une décision pour organiser la collecte et le traitement des déchets. L’ambiance est à la déprime. Une résidente de la région du Metn nous disait il y a quelques semaines qu' "ici, on ne fait pas que ressentir la crise : on la voit". Elle faisait référence aux monticules de détritus qui s’accumulent le long des routes.

Comme un air de 2004?...

On s’attend à ce que le ras-le-bol explose, mais même pas. Les manifestations pour protester contre la crise des poubelles attirent finalement assez peu de partisans, au regard de l’importance du problème et de ce qu’il révèle de la situation générale du pays.

Cependant, ces initiatives ont le mérite d’exister.

"Oui, dans ce climat dépressif, il y a des initiatives qui naissent un peu partout, il ne faut surtout pas les oublier ni négliger leur importance", poursuit Samir Frangieh. "Cette situation me rappelle 2004. A l’époque aussi beaucoup de monde était sceptique et déprimé. On leur disait de garder espoir en l’avenir du pays mais ils répondaient 'comment voulez vous que quelque chose bouge tant qu’on est sous la tutelle syrienne'. L’armée syrienne était partout.
Et pourtant, quelque chose a clairement bougé… et la Syrie est sortie !"

Pour lui, ''le première signe clair d’un changement c’était en juin 2004, avec l’Appel de Beyrouth. On a lancé ce texte le 23 juin, alors que cela nous avait été interdit par les renseignements libanais : on avait prévu une conférence de presse dans un hôtel pour annoncer cet appel mais on nous a interdit de la tenir. Alors on a organisé une conférence de presse ailleurs, au Syndicat de la Presse, sans préciser le thème exact. Et à la fin de la conférence, on a lancé l’Appel. On l’a envoyé à tous les médas. J’ai appelé le correspondant du Monde pour qu’il voit s’il pouvait publier ce texte. Il m’a à l’époque répondu que personne ne s’intéressait à Beyrouth. Mais qu’il allait voir ce qu’il pouvait faire, peut-etre que ça pourrait passer dans les pages Horizon. Et finalement il est passé en Une du journal francais."

Créer un contexte favorable au changement

En même temps, des Libanais aux Etats Unis l’ont transmis à la Maison Blanche. « Nous n’avions pas imaginé que ça irait jusque là. On ne pouvait pas savoir : quelque semaines auparavant, en juin 2004, nous avions lancé une pétition contre la prorogation du mandat du président Emile Lahoud. Elle n’avait recueilli que 82 signatures. L’appel de Beyrouth a recueilli des milliers d’adhésions. »

Fin février, Fares Souaid et Samir Frangieh ont lancé depuis le séminaire de Saydet el Jabal un appel pour une « Internationale des Modérés ». Modérés du monde, unissez vous, disent-ils en substance.

L’appel a reçu un accueil particulièrement favorable de la part de plusieurs ambassades occidentales et notamment de la France. Le premier week-end de mars, sollicité par le Quai d’Orsay, Farès Souaid s’est rendu à Paris pour expliquer à des représentants de la diplomatie française cette vision des relations entre l’occident et le moyen orient, selon un axe de la modération destiné à contrer celui des extrémismes de toutes sortes, extrême-droite là-bas, islamisme ici.

Pour l’heure, les suites de cet appel sont encore relativement floues. Mais allez savoir ce qui en ressortira finalement.

"Il s’agit de créer un contexte. Le contexte, c'est essentiel", martèle calmement Samir Frangieh. "Un contexte dans lequel puisse résonner tout événement susceptible de faire basculer la situation dans le bon sens".

Tags
#14Mars, #FaresSouaid, #SamirFrangieh
Donnez votre opinion
0 Commentaires
( Publicité )
( Publicité )
( Publicité )
( Publicité )
( Publicité )
                        
© COPYRIGHT 2018 Par Proximity Agency