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Politique

Rechute ?

BEYROUTH | Le 19 février 2016 à 20h08
Par Farès Souhaid

Au moindre accrochage politique, je découvre un « transfert de mémoire » chez les Libanais. Il est collectif, nous le portons tous, car nous avons été touchés, de près ou de loin, par cette guerre civile terrible qu'il est difficile de raconter. On dit que l'histoire la plus difficile à raconter est l'histoire proche.
Au Liban, onze ans après le 14 Mars, expression, pour la première fois, d'une mémoire populaire, nationale et collective, nous assistons à un retour du cloisonnement inédit des mémoires, qui prend la forme de la « communautarisation » du souvenir. Or les mémoires communautarisées ne permettent ni la circulation ni le métissage des mémoires, seul moyen, pourtant, de faire en sorte que l'histoire ne se répète pas.
Le Liban risque de se retrouver face à la violence des mémoires. Et, au cœur de cette violence, se trouve aujourd'hui la polémique sur l'élection présidentielle !
L'identité nationale, civile, reste un débat permanent, un projet en voie de construction continue au Liban – et même dans la France « plurielle » d'aujourd'hui.

Il n'y a pas d'identité qui ressemblerait à un programme génétique inscrit dans l'ADN. Il nous arrive, depuis le 11-Septembre, de rechercher dans le Coran, comme s'il s'agissait de l'ADN des sociétés arabo-musulmanes, les signes d'une violence qui serait inhérente à l'islam et qui pourrait expliquer le terrorisme – ou bien on évoque des exemples historiques pour montrer les musulmans comme étant des acteurs violents.
Nous sommes en train de retomber progressivement dans le « eux » et le « nous ». Or, notre modèle libanais, en dépit de ses tares, est une réussite historique et un projet de vie, par opposition aux modèles qui encouragent au cloisonnement de l'histoire et à la limitation de l'avenir et des perspectives.
La crise du 14 Mars n'est pas une crise politique. Il s'agit d'une crise de choix.

Personnellement, je choisis la convivialité, qui m'enrichit. L'autre, différent, m'a aidé, par sa différence, à dépasser mes limites et mes frontières. Je l'aide à élargir les siennes. C'est la réciprocité du vivre-ensemble, qui, à travers cette interaction permanente, est génératrice d'une culture singulière parce que sans cesse ouverte à de nouveaux apports, non-« ghettoïsable ».
Le Liban de 1920, 1943, 1989 et 2005 vaut la peine d'être défendu. Celui des ghettos et de la cristallisation est non seulement caduc mais, surtout, dangereux. La mémoire n'a d'ailleurs pas encore eu le temps d'estomper les douloureuses séquelles de l'enfer que nous avons contribué à créer sur terre, il y a moins d'un demi-siècle, pour avoir tourné le dos à l'autre afin de rechercher d'illusoires espaces communautaires prétendument étanches et homogènes... et certainement violents et meurtriers.

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