iloubnan.info
( Publicité )
Politique

Elections régionales en France: Le FN a perdu, personne n’a gagné

PARIS | Rue89 - Le 14 décembre 2015 à 07h54
Par Pierre Haski
Marine Le Pen le 6 novembre 2015. Photo: Shutterstock.

Grâce à la participation en forte hausse et aux retraits des candidats de gauche, le Front national n’a remporté aucune région. Pas forcément un signe de bonne santé de la démocratie française.

Le deuxième tour aura été fatal au Front national : les régionales suivent la même tendance que les départementales de mars : un succès du premier tour suivi d’un échec au second.

La hausse spectaculaire de la participation le laissait présager : le FN a fait le plein des voix au premier tour et les abstentionnistes étaient surtout les électeurs des autres partis, qui se sont finalement déplacés face au danger de victoires d’extrême droite (même si ce dénouement conforte la thèse de victimisation lepéniste sur « l’UMPS » qui verrouille le système).

On vote « le nez bouché »

Et c’est là que la bonne nouvelle de la défaite des listes FN est aussi un bulletin de mauvaise santé de notre démocratie. On se déplace pour voter contre, mais la motivation manque de plus en plus pour voter positivement.

Nous en avons sans doute tous fait l’expérience au cours de la semaine écoulée, lors d’innombrables discussions parfois houleuses entre copains, en famille, en couple, sur le vote de dimanche dernier et que faire au second tour. 

La problématique était évidemment différente selon les cas : pas la même chose de voter Estrosi pour bloquer le FN en Paca, que de se demander si oui ou non on va se déplacer pour voter Bartolone en Ile-de-France. Même si j’ai entendu des amis de gauche hurler lors d’un dîner que jamais, non, jamais ils ne voteraient « Barto ».

Mais le point commun, c’est qu’on se disait qu’on votait contre le FN, pas pour quelqu’un. Et ce qui est grave, c’est que ce vote « le nez bouché », comme on disait en 2002 au deuxième tour, concernait aussi bien les candidats de droite dans les régions où la gauche s’était retirée, que les listes de gauche quand elles étaient en position de gagner.

Effondrement des partis traditionnels

Ce malaise est confirmé par l’analyse de politologues après le premier tour, montrant que le Front national, globalement, ne fait un score historiquement élevé qu’en proportion : en voix, les listes FN font à peu près autant que Marine Le Pen à la présidentielle de 2012.

Commentaire de Frédéric Gilli, chercheur à Sciences-Po, dans Le Monde :

« Que nous disent ces chiffres  ? Que la forte progression du FN dans les pourcentages de suffrages exprimés tient plus à l’effondrement des partis traditionnels qu’à une forte progression de sa part. »

C’est une pierre colossale dans le jardin des partis traditionnels, tous, à droite comme à gauche ou à la gauche de la gauche.

Lorsque nous avons publié notre infographie sur le vote des Français au premier tour, jeudi, nous avons reçu des dizaines et des dizaines de témoignages d’abstentionnistes du premier tour. Tous exprimaient un ras-le-bol, un écœurement même pour beaucoup, face aux jeux politiques, aux mensonges, aux cumulards et aux doubles jeux des partis. Et tous étaient d’anciens électeurs de gauche.

Deux scénarios possibles

Au lendemain de ces régionales qui ont provoqué le grand frisson du fascisme à nos portes avant de se terminer sur un dimanche électoral comme les autres, il y a deux scénarios possibles :

  • soit on continue comme avant, en se disant, comme à chacun des scrutins des dernières années, que l’important c’est de faire barrage au FN et que ça continuera à marcher dans l’avenir ;
     
  • soit on se pose la question de fond de notre démocratie qui tourne à vide, de nos partis qui sont devenus des coquilles vides, en se disant que si on ne prend pas le problème à bras-le-corps, tout ça finira mal...

Ce dimanche soir, le PS doit pousser un gros soupir de soulagement. Mais il aurait tort de l’interpréter comme un blanc-seing pour continuer comme avant, sans rien changer, et encore moins comme la garantie que ses électeurs seront au rendez-vous de 2017.

Si ce scrutin doit avoir une vertu, c’est que le ras-le-bol des électeurs de gauche doit être entendu, car comme dans « Pierre et le loup », on ne peut pas crier au loup frontiste à chaque scrutin.

PUBLIÉ INITIALEMENT SUR
Rue89
Tags
#France, #FrontNational
Donnez votre opinion
0 Commentaires
( Publicité )
( Publicité )
( Publicité )
( Publicité )
( Publicité )
                        
© COPYRIGHT 2017 Par Proximity Agency