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Politique

La fermeté du ton d’Obama à l’ONU ne signifie pas une fermeté sur le terrain en Syrie

BEYROUTH | iloubnan.info - Le 30 septembre 2015 à 08h32

Alors que de nombreux medias internationaux laissaient entendre que la communauté internationale souhaitait une solution politique en Syrie incluant le president Assad, les discours de François Hollande, Barack Obama ou encore David Cameron ont montré une grande fermeté: le president syrien ne peut pas faire partie de la solution. Ce serait faire discuter les victimes et le bourreau, a martelé le president français à la tribune des Nations unies. La fermeté de cette position laisse-t-elle espérer une avancée de la résolution de la crise syrienne?

Le point avec le politologue Ziad Majed, auteur de Syrie, la révolution orpheline (Actes Sud) et professeur des études du Moyen Orient à l’Université américaine à Paris.

Iloubnan.info: Avez-vous été surpris par la teneur des discours de Barack Obama et de François Hollande à l’ONU?

Ziad Majed: Je m’attendais à la position du président français François Hollande devant l’ONU. La France était en fait la seule puissance parfaitement claire sur sa position vis à vis d’Assad: pour Paris, depuis le début, Assad doit partir, en préalable à toute négociation et transition.

En revanche, le discours d’Obama a été plus surprenant. Le président américain a tenu des propos très fermes, qui contrastent avec la position diplomatique américaine affichée depuis quelques semaines: les USA laissaient entendre que la Syrie n’était pas leur priorité, ils ne voulaient pas provoquer les Iraniens en se montrant trop virulents contre Bachar el Assad (l’Iran est un allié majeur du president syrien ndlr), surtout dans le context de l’accord nucléaire qu’ils cherchaient à passer avec Téhéran. L’accord nucléaire s’est soldé, officiellement en tout cas, par un succès. Les Etats Unis ont alors commencé à chercher à discuter avec les Russes (également alliés de Bachar el Assad ndlr) pour trouver un compromis sur une solution de transition, la priorité affichée étant la guerre contre l’Etat islamique.  Il ne faut pas oublier qu’Assad est très, très affaibli. Son maintien au pouvoir ne peut se faire que grâce à l’Iran et à la Russie. Au cours de cette seconde phase, les Américains ne se montraient pas spécialement preoccupés par le départ d’Assad. Ce n’était pour eux pas une priorité, ils l’ont dit clairement.

Alors forcément, le discours d’Obama à l’ONU, suivi de celui de Cameron, a surpris.  

Est-ce que cela laisse augurer d’un changement de tactique sur le terrain en Syrie?

Non, la fermeté du ton d’Obama ne veut pas dire fermeté sur le terrain en Syrie.

Il s’agit plutôt de dire aux Russes qu’ils dépassent les limites. ILs se sont deployés en Ukraine, et maintenant en Syrie, où l’on craint qu’ils ne visent pas l’Etat islamique mais les forces d’opposition comme Al Nosra ou Ahrar al Chams.
Et Obama se trouve aussi sous la pression grandissante des ONG de defense des Droits de l’Homme, d’intellectuels et de journalists qui denoncent les crimes d’Assad, les barrils d’explosif, la torture etc.

Finalement, ils tentent de protéger ce qui leur reste de crédibilité.
Mais ce n’est qu’une position de principe, ça ne veut pas dire grand chose sur le terrain actuellement. Cela dit seulement qu’Assad ne fera pas partie d’une solution politique.

Les Américains ont commencé à entraîner des combattants de l’opposition dite modérée, mais ils ne les ont entraînés que dans l'objectif de combattre Daesh en Syrie, et pas Assad. C’est ce qui explique que si peu de combattants aient répondu présent à cette formation. Eux, ils sont sur le terrain pour combattre Daesh et Assad. Leur dire de ne combattre que l’Etat islamique n’avait pas de sens pour eux.

Pensez vous possible une intervention arabe au sol en Syrie?

Je ne pense pas qu’une armée arabe puisse intervener en Syrie. La coalition arabe menée par l’Arabie saoudite passe au Yemen davantage de temps que prévu, elle ne va pas s’engager sur un autre terrain.

La seule armée qui pourrait le faire c’est l’armée turque mais là non plus je ne pense pas qu’Erdogan se lancera dans le conflit. Il est trop préoccupé par la scène interne sur laquelle il n’a pas la stabilité nécessaire pour se lancer dans le conflit. Il est pris par la question kurde. Et puis la Turquie fait partie de l’Otan, elle est tenue de respecter certaines règles pour intervenir.


Quelle solution pourrait émerger? Est-ce une impasse totale?

Nous sommes face à la nécessité d’une refonte de la stratégie de la communauté internationale dans la gestion des conflits et des crises. Elle doit revoir ses stratégies d’intervention, parce que rien n’a marché jusqu’à present, ni en Irak, ni en Libye, ni en Syrie.  Une intervention chirurgicale comme en Libye, sans accompagnement du peuple libyen après la chute du dictateur, ne marche pas. Une intervention comme en Irak, avec l’occupation du pays après la chute du dictateur, ne marche pas. Pas d’intervention du tout comme en Syrie, ne marche pas. On doit redéfinir les responsabilités. Et ça aussi, ça va prendre du temps.

Tags
#Obama, #Russie, #Syrie
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