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Politique

Hariri au Wilson Center: Assad n’est pas une voix de modération, il est l'usine qui fabrique l'extrémisme

BEYROUTH | iloubnan.info, avec agences - Le 28 avril 2015 à 11h21
L'ancien Premier ministre Saad Hariri a prononcé lundi un discours au Centre Wilson à Washington, lors duquel il a affirmé que la solution à la crise syrienne passe par le départ du président Bachar el Assad.
L'intervention de l'ancien Premier ministre libanais a eu lieu en présence de la présidente du Centre Jane Harman, de chefs de centres de recherche, d’intellectuels, de rédacteurs en chef de journaux et magazines, de l'ambassadeur du Liban aux Etats-Unis Antoine Chedid, des anciens députés Ghattas Khoury et Bassem Sabeh, de Nader Hariri et de la conseillère de Hariri Amal Mudallali.

Au début de la conférence, la présidente du Centre Wilson a déclaré: «C’est un plaisir d'accueillir le président Hariri aujourd'hui au Centre Wilson et de le remercier pour sa grande générosité envers ce centre. Je salue également les participants ici présents aujourd'hui et qui représentent pour nous, un grand soutien.

J’ai eu la chance de rencontrer le président Hariri plusieurs fois au Liban et à Washington quand j’étais membre du Congrès. Je me suis rendue à Beyrouth quelques semaines après l'assassinat tragique de son père. J’ai visité la tombe et le lieu de la terrible explosion qui a frappé l'un des plus beaux sites de l'une des plus belles villes de la planète.

Beyrouth a été exposée à plusieurs explosions et attentats terroristes, ainsi qu’à d'autres agressions, certaines visant des cibles américaines comme l’attentat de l'ambassade des États-Unis, ce qui a provoqué un cycle de violence tragique pour nos deux pays.

Le Liban est une nation jouissant d’une longue histoire de pluralisme, avec un gouvernement unique dans la région qui reflète la pluralité de ses habitants. L’ancien Premier ministre Hariri a dirigé son pays pendant plusieurs crises. Il est ici aujourd'hui pour nous donner son point de vue sur son pays et les pays voisins.

Au cours de sa visite à Washington, il a rencontré le vice-président américain Joe Biden, le secrétaire d'État John Kerry ainsi que la conseillère à la sécurité nationale Suzanne Rice. Nous sommes impatients d'entendre son opinion sur les sujets qui seront soulevés devant cette assemblée d’élites.

Voici le texte de l'intervention de Saad Hariri tel que retranscrit par son bureau de presse.

"Mesdames et Messieurs, je vous remercie d'être là.

Depuis, ma dernière visite a Washington en Janvier 2011, nous avons assisté à une série de révolutions arabes, à trois guerres régionales qui se poursuivent, à l'assassinat de deux de mes plus proches amis et collaborateurs, Wissam el Hassan et Mohammad Chatah, à une hausse sans précédent du terrorisme et à l’expansion rapide de la sphère d'influence iranienne dans la région.

Aujourd'hui, la région arabe est confrontée à deux défis majeurs qui semblent se nourrir mutuellement. D'une part, l’Iran poursuit sa politique expansionniste à travers son intervention à Bahreïn, au Yémen, en Irak, en Syrie, au Liban et en Palestine, pour ne citer que quelques pays arabes.

D'autre part, les extrémistes et les djihadistes qui prétendent combattre au nom de l'Islam menacent de détruire le tissu même de ces sociétés.

La manière dont les deux menaces se nourrissent mutuellement est claire : les alliés de l'Iran, l'ancien gouvernement Maliki en Irak et Assad en Syrie ont tous deux orchestré la libération de milliers d’éléments d'Al-Qaïda emprisonnés, qui ont établi ce qui est maintenant appelé Daesh ou l’EI. En outre, l'armée d’Assad leur a remis la province pétrolière de Raqqa qui est désormais leur fief. Il est certain que Maliki, Assad, et l'Iran sont derrière ces deux menaces. Ils ont voulu renforcer la menace du terrorisme djihadiste, dans l'espoir d'être réhabilités et reconnus comme remparts contre un tel extrémisme. Personne ne devrait tomber dans ce piège. L'extrémisme djihadiste, de son côté, compte sur la colère et la frustration arabe qui prévalent face à l'expansionnisme et l'interventionnisme de l'Iran, qui accuse les gouvernements arabes d'inaction afin de gagner la sympathie et le soutien.

C’est pour cette raison qu’il est essentiel que la lutte se poursuive contre l’EI et qu’elle s’accompagne d’une action claire et d’une prise de conscience du fait que les Arabes ne toléreront plus un comportement hégémonique de l'Iran. L’opération «Tempête Décisive » a transmis ce message précis.

Il est important de noter que l'Iran et l’EI ont tous deux utilisé la cause palestinienne, et en particulier l'accusation des pays arabes d’incapacité à résoudre la question palestinienne, comme prétexte de leur attaque contre les Arabes et leurs gouvernements. Une fois de plus, il demeure essentiel de les priver d’un tel argument, en mettant un terme à la souffrance injuste des Palestiniens à travers une solution de deux Etats.

Au Liban, nous sommes confrontés à de nombreux défis, découlant principalement du fait que nous nous situons sur les lignes de front – comme certains le disent- des civilisations, des religions, des écoles de pensées, des idéologies, de la vanité et des contradictions. C’est pour cette raison que les frictions régionales se manifestent souvent dans mon pays.

Ma seule priorité reste de protéger le Liban. J’entends régulièrement des personnes de la communauté internationale répéter qu’étant donné la situation régionale, celle du Liban demeure bonne. Au moins, le pays connait une certaine stabilité relative. Toutefois, cette stabilité ne peut être durable si les institutions étatiques ne sont pas renforcées et la guerre en Syrie résolue.

Le Liban est important. D'abord, parce que les Libanais ont connu la guerre civile pendant longtemps, et bien avant que les conflits régionaux actuels n’éclatent. Par conséquent, les Libanais ont une bonne expérience pour mettre fin à la guerre civile, la réconciliation à travers l'Accord de Taëf qui a protégé les minorités, la reconstruction et la réédification des institutions étatiques. Le Liban est le modèle qui devrait être suivi dans la région.

Nous, le Courant du Futur, faisons tout ce que nous pouvons. Nous avons dit clairement que nous ne permettrons jamais à notre pays de retomber dans la guerre civile. Nous ne recourrons jamais à la violence quoi qu’il arrive et ce malgré le fait que nous sommes confrontés à la violence et aux assassinats politiques depuis 2004. Et nous nous sommes clairement tenus aux côtés de la justice, de la modération et des institutions étatiques, dans la lutte contre le terrorisme et l'extrémisme.

Toutefois, si le statu quo actuel persiste, il deviendra de plus en plus difficile d'empêcher les flammes de la région d’embraser le Liban.

Cette situation ne peut être inversée que si les différents groupes libanais suivent et mettent en œuvre un ensemble de mesures claires, tandis qu’en parallèle, la communauté internationale, s’engage à mettre fin à la guerre en Syrie.

Premièrement, nous devons élire un président. Le vide à la présidence est très dangereux et contribue à la paralysie de toutes les institutions étatiques. Ce faux sentiment de normalité sans président est également très dangereux.

Deuxièmement, nous devons respecter la Déclaration de Baabda qui appelle à la neutralité du Liban dans le conflit syrien.

Troisièmement, nous devons combattre toutes sortes d'extrémisme qu’il soit sunnite ou chiite. Pour ce faire, une politique internationale claire doit être instaurée pour soutenir les voix de la modération dans la région. Bachar el Assad n’est pas une voix de modération. Il est l'usine qui fabrique l'extrémisme.

Il n'y a pas plus de 40 000 combattants de l’EI et d’Al Nosra en Syrie, comprenant plusieurs milliers venant d’un peu partout dans le monde, contre plus de 20 millions de Syriens sunnites modérés. Faites le calcul. Soutenez le courant dominant et il se débarrassera des terroristes.

Malheureusement, l'implication du Hezbollah dans la défense de la dictature d’Assad en Syrie a importé le terrorisme au Liban.

Nous sommes persuadés que les services de sécurité libanais, à savoir l’armée libanaise et les Forces de sécurité intérieure, doivent lutter contre le terrorisme c’est pour cela que je fais tout ce que je peux pour les soutenir et les assister.

Cela dit, nous sommes actuellement en train de dialoguer avec le Hezbollah et notre dialogue vise à désamorcer les tensions dans le pays. Cependant sur les questions clés, telles que le retrait des combattants du Hezbollah de Syrie et l'élection d'un président au Liban, le Hezbollah n’écoutera que l’Iran.

Quatrièmement, nous devons aborder la question des réfugiés syriens au Liban. Quand un pays de 4 millions d’habitants reçoit 100 000 réfugiés, il a un problème de réfugiés. Mais quand il en reçoit 1,2 millions, Mesdames et Messieurs, il souffre d’une crise nationale. Nous au Liban sommes confrontés à une crise nationale de réfugiés syriens. Nous devons trouver une solution à la racine de cette crise ! Mettre un terme à la guerre en Syrie est le seul moyen d'atténuer le problème des réfugiés au Liban. Et la suppression de Bachar al-Assad est le seul moyen de rétablir la stabilité en Syrie. Je crois que ceci va bientôt se produire. Mais d’ici-là, limiter les dégâts est en effet entre les mains de la communauté internationale.

Chacun de nous peut avoir son point de vue sur l'accord avec l'Iran, mais le point à noter et à applaudir, c’est que pour la première fois, nous avons vu une approche globale, collective sur une question cruciale qui menace la région et nous avons vu les États-Unis assumer leur rôle de leader mondial.

Toutefois, ceci restera incomplet tant que la même approche et leadership ne seront pas appliqués dans la résolution de la crise syrienne.
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