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Politique

Un selfie avec Obama, symbole d’une nouvelle ère en Iran

Rue89 - Le 04 avril 2015 à 11h22
Par Pierre Haski
Photo du compte Twitter @Breaking911
C’est le symbole de l’ère nouvelle que beaucoup espèrent après l’accord nucléaire conclu à l’arraché, jeudi à Lausanne, avec l’Iran : le soir, pour la première fois, les télés iraniennes ont retransmis le discours de Barack Obama se félicitant de l’accord, et les Iraniens se prenaient en selfie avec le chef du pays autrefois décrit comme le Grand Satan.
Sur son compte Twitter @pedi, ce journaliste iranien a incarné ce « moment iranien » bien particulier, redouté par les uns (Israël, l’Arabie saoudite...), et espéré par la population iranienne qui y voit l’espoir de normalité dans un pays qui vit sous le double effet de la révolution islamique de 1979 et des sanctions internationales contre le programme nucléaire.



Obama et les mollahs

Les caricaturistes s’en sont aussi emparés, illustrant ce « mariage » entre deux adversaires qui ont chacun une bonne raison de se réjouir, Barack Obama qui avait bien besoin d’un succès de politique étrangère, et les mollahs qui avaient besoin de desserrer l’étau économique autour de l’Iran.

Selfie Obama-Rohani, le président iranien croise les doigts... (DR via Twitter)

Nul ne s’attendait néanmoins à ce que la population de Téhéran descende dans la rue comme elle l’a fait jeudi soir, pour célébrer l’accord de Lausanne comme on fête une victoire au foot !


De fait, on sait depuis la « vague verte » de 2009, lorsque les Iraniens ont eu le sentiment de se faire voler leur victoire avec la réélection contestée du président Ahmadinejad, que la société civile iranienne est vivante et remuante.

Loin de l’image monolithique véhiculée pendant des années par le portrait sévère de l’ayatollah Khomeiny.

« Ouvrir les portes d’une grande prison »

« Je vous écris de Téhéran » de Delphine Minoui, éd. Seuil, 2015
Un livre en rend compte brillamment : « Je vous écris de Téhéran » (éd. Seuil), de la journaliste française aux origines iraniennes, Delphine Minoui, qui raconte la société iranienne sous la forme d’une lettre posthume à son grand-père.

Extrait : un dialogue avec une jeune femme à Téhéran, à la fin des années 90, lors de l’élection du réformiste Khatami à la tête de l’Iran :

« “Esmet chié ?” lui demandai-je. Comment t’appelles-tu ? Du persan, je ne connaissais que ces quelques mots.

– “Sepideh”, répondit-elle.

– “Why are you crying ? Pourquoi pleures-tu ?

– C’est l’émotion... Tu sais, aujourd’hui, j’ai l’impression d’entrouvrir les portes d’une grande prison.

– A ce point ?” ai-je rétorqué.

– “Tu n’es pas d’ici ?” reprit-elle.

– “Non, enfin pas vraiment.

– Alors tu ne peux pas comprendre”... »

A plusieurs reprises, depuis quinze ans, ces espoirs de réforme, d’ouverture, de libéralisation, ont été déçus, notamment pendant la période sombre d’Ahmadinejad, marquée par la répression de toute velléité d’opposition.

L’élection en 2013 du réformateur Hassan Rohani a relancé les espoirs de changement auquel aspire la « génération K », comme dit Delphine Menoui, cette génération née sous Khomeiny et après.

Surmonter l’obstacle nucléaire

Un gros obstacle restait à franchir sur la voie de la « normalisation » : le nucléaire. Les négociations durent depuis des années, sans que la confiance minimale ne soit au rendez-vous, tandis que les sanctions occidentales contre l’Iran commençaient à faire mal.

Ces derniers mois, toutefois, le climat a changé. Tant dans l’attitude des dirigeants iraniens de l’équipe Rohani, que dans le contexte international qui, de fait, place l’Iran dans le même camp que les Etats-Unis dans la lutte contre les djihadistes de l’Etat islamique autoproclamé.

Le marathon diplomatique, très technique, visant à empêcher l’Iran d’accéder à l’arme nucléaire, s’est alors accéléré suscitant la contre-offensive de ceux qui ne veulent pas d’un tel accord, en particulier le premier ministre israélien Benyamin Netanyahou. Ce dernier a enrôlé la majorité républicaine du Congrès américain à ses côtés pour tenter de bloquer un deal devenu inévitable. En vain.

L’accord de Lausanne ne met pas un point final à la négociation d’un accord définitif d’ici à la fin juin. Mais il représente une véritable percée qui, surtout, permet à l’Iran d’entrevoir la levée progressive des sanctions qui plombent son économie en ces temps de déprime des prix du pétrole.

Reste à savoir si les durs du régime iranien accepteront ce rapprochement avec le Grand Satan, et si les ennemis de cet accord aux Etats-Unis et en Israël parviendront à bloquer un accord qui leur semble dangereux.

La partie n’est donc pas finie, mais l’étape de jeudi reste historique, et méritait bien un selfie...
PUBLIÉ INITIALEMENT SUR
Rue89
Tags
#nucléaire_iranien
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