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Politique

Au lendemain des combats entre Israël et le Hezbollah à Chebaa: guerre ou pas guerre?

BEYROUTH | iloubnan.info - Le 29 janvier 2015 à 08h32
Par Elodie Morel
Photo: National News Agency
En représailles au raid israélien du 18 janvier contre lui à Kunaytra en Syrie, le Hezbollah a choisi de frapper Tsahal hier mercredi, depuis Chebaa au Liban. Israël a immédiatement répliqué, laissant craindre le début d’une nouvelle guerre entre l’Etat hébreu et le Parti de Dieu dont les conséquences seraient dévastatrices pour un Liban déjà fragilisé.
L’atmosphère à Beyrouth était à la fois calme et électrique mercredi soir.

Calme, parce qu’en fin d’après-midi, la circulation dans plusieurs quartiers était plus fluide que d’habitude, avec moins de monde dans les rues. Après les échanges de tirs entre l’armée israélienne et le Hezbollah à Chebaa, lors desquels deux soldats israéliens ont trouvé la mort, nombreux étaient les Libanais à retenir leur souffle.

Electrique, parce que tout le monde ne parlait que de ces nouveaux "événements", attendus et redoutés, se demandant si l’on assistait à la naissance d’un nouveau conflit avec l'Etat hébreu.

"Est-ce un nouveau 12 juillet 2006 ?" pouvait-on lire sur les réseaux sociaux (une référence à la guerre de juillet 2006 entre Israël et le Hezbollah, qui a dévasté une partie de l’infrastructure du Liban et fait environ 1500 morts parmi les civils notamment dans le sud du pays).

Alors, guerre ou pas guerre cette fois-ci ? Un nouvel affrontement n’est pas à exclure, mais plusieurs analystes estiment que ce n’est peut-être pas pour cette fois.

L’attaque menée par le Hezbollah mercredi a eu lieu en représailles au raid israélien meurtrier du 18 janvier à Kunaytra en Syrie. Ce jour là, un convoi du Hezbollah (qui se bat aux côtés du président Bachar el Assad contre la rébellion), a été pris pour cible par l’aviation israélienne. L’attaque a fait une dizaine de morts, y compris un général iranien qui faisait partie du convoi. Depuis ce raid, trois questions restaient en suspens au Liban : quand, où et comment le Hezbollah allait-il répliquer ?

Il a finalement choisi de répliquer hier, depuis Chebaa , en tirant sur ce char israélien. Il a revendiqué l’attaque dans un communiqué publié peu de temps après.

L’Etat hébreu a immédiatement réagi en pilonnant plusieurs villages du sud Liban. Les bombardements ont fait un mort: un soldat membre du contingent espagnol de la FINUL.

"En procédant à ces représailles, le Hezbollah a pris un risque considérable, pour le Liban et pour lui-même," explique l’analyste politique Sami Nader en précisant que le parti de Dieu aurait aussi pris un risque s’il n’avait pas répondu à l’attaque de Kunaytra.

"Le risque pris mercredi est énorme pour le Liban, qui pourrait se retrouver entraîné dans une guerre telle que celle de juillet 2006. Ce serait extrêmement grave pour le pays, pour son infrastructure, son économie."

Parallèlement, poursuit Sami Nader, "le risque que le Hezbollah a également pris, mais pour lui-même cette fois, c’est de s’exposer à une riposte israélienne alors qu’il se trouve actuellement en difficulté : il se bat sur deux fronts. Le front syrien, où il combat au côté de l’armée d’Assad, et le front interne, où il subit des attaques jihadistes sur ses propres territoires".

Malgré ces possibles conséquences, le Hezbollah a donc choisi de frapper. "Il a répliqué car c’est toute sa crédibilité qui est en jeu" explique le politologue. "Sur le plan syrien, il n’obtient pour l’heure toujours pas de victoire décisive. Le conflit en Syrie a pris la tournure que l’on sait. Et le Hezbollah en fait les frais, en termes d’image notamment."

Le moment choisi n’est pas anodin non plus. Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu se trouve en pleine campagne pour les élections législatives de mars 2015. Certaines analyses ont précisément laissé entendre qu’il pourrait se lancer dans une nouvelle guerre pour redorer son blason et faire remonter sa cote de popularité, basse actuellement. "C’est vrai," dit Sami Nader, "mais Netanyahu peut-il vraiment se lancer dans une offensive majeure à l’heure actuelle ? Son opinion publique est-elle prête à le suivre ?"

Une offensive israélienne serait davantage à craindre en cas de nouvelle dégringolade du chef du gouvernement dans les sondages. Il n’aurait alors de toute façon plus grand-chose à perdre.

Un officiel israélien disait la semaine dernière que l’Etat hébreu avait gaffé en tuant le général iranien à Kunaytra. Tsahal avait ainsi franchi une ligne en passant à un affrontement direct avec l’Iran, en quelque sorte. Israël savait qu’après ce raid, il y aurait un prix à payer. Ce prix, c’était peut-être l’attaque de mercredi.

Reste à savoir si les enchères vont monter, ou si on en restera là, pour cette fois.
Tags
#Israel, #Liban, #Hezbollah, #Sami_Nader
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