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Politique

C’est le moment de lire ou relire « Syrie la Révolution orpheline » de Ziad Majed

BEYROUTH | iloubnan.info - Le 09 aot 2014 à 18h33
Par Elodie Morel
Eté 2014. Israël se déchaine contre Gaza. Les Etats-Unis viennent d’effectuer des frappes en Irak contre l’Etat islamique. Pendant ce temps, l’indifférence médiatique semble être retombée sur les massacres en Syrie qui continuent pourtant, menés par ces mêmes combattants de l’Etat islamique, ou par les forces du régime d’Assad à grands coups de bombardements contre les civils. C’est le moment de ne pas oublier les Syriens. C’est le moment de lire ou relire « Syrie la Révolution orpheline » de Ziad Majed, histoire de bien se rappeler comment tout a commencé en Syrie.
La couverture médiatique de l’offensive israélienne meurtrière contre la bande de Gaza a plongé la Syrie dans un silence assourdissant. Les réseaux sociaux eux-mêmes ont du mal à faire remonter leurs informations du terrain, tant ces massacres se retrouvent noyés dans d’autres massacres, en Palestine, en Irak : les flux d’actualité sur Facebook et Twitter étaient jusqu’à présent nourris de propos et de photos témoignant, par exemple, des bombardements du régime contre Alep, ou de la situation critique du camp de réfugiés palestinien de Yarmouk à Damas. Le débit a diminué aujourd’hui alors que la situation est toujours la même en Syrie.

Le livre « Syrie la Révolution orpheline » de Ziad Majed est paru en français (traduit de l’arabe) au printemps 2014, chez Sindbad-Actes Sud / L’Orient des Livres. Il est plus que jamais nécessaire de lire cet ouvrage. Pour se souvenir de la manière dont tout a commencé. Pour ne pas oublier que la situation où nous nous trouvons aujourd’hui, la communauté internationale en est en partie responsable. Pour que, même si on ne peut pas réécrire l’histoire, on puisse se dire que oui, on aurait pu faire autrement.

Dans un style simple, compréhensible, parfois chargé d’émotion, cet ouvrage reprend les faits depuis le début et rappelle le contexte dans lequel la révolte populaire de mars 2011 s’est déclenchée en Syrie. Politologue libanais, professeur des études du Moyen Orient à l’Université américaine de Paris, Ziad Majed prend résolument le parti du peuple syrien dans son ensemble, dont le soulèvement, historique, a été abandonné de tous.

En juin 2013, bien avant la parution de son livre, Ziad Majed, s’exprimant lors d’un débat politique sur la chaine France 24, avait évoqué la non intervention de l’occident en Syrie et notamment la fameuse «ligne rouge», expression de Barack Obama pour désigner l’usage d’armes chimiques: le président américain avait annoncé à cette époque que le franchissement de cette ligne rouge entraînerait des «conséquences» (comprendre « une intervention américaine en Syrie », le type de cette intervention restant par ailleurs parfaitement flou). Ziad Majed avait alors d’ailleurs souligné l’indécence de cette posture, qui équivalait finalement à autoriser le massacre des populations civiles à coups de bombardements, à coups de fusils, à coups de couteaux, mais pas à coups d’armes chimiques.

En août 2013, des centaines de civils ont été tués par un bombardement au gaz sarin contre Zamalka, Irbine et les bords de Mouadamiya, dans les deux Ghoutas de Damas.

Après avoir à ce moment-là menacé le régime syrien de frappes stratégiques, les Etats-Unis ont brutalement fait marche arrière, se réfugiant derrière l’option proposée par Moscou de laisser le régime d’Assad détruire tous ses stocks d’armes chimiques sous le contrôle d’une mission de l’OIAC (Organisation pour l'interdiction des armes chimiques).

Vendredi 8 août 2014, c’est-à-dire environ un an plus tard, Barack Obama a effectué ses premières frappes en Irak contre l’avancée des combattants de l’Etat islamique, pourtant déjà auteur de terribles exactions en Syrie, cette fois dans l’indifférence des grandes puissances.

Sur les réseaux sociaux, des révolutionnaires ou simples civils syriens ont crié leur désespoir à l’annonce de ces frappes : « Mais nous, ça fait deux ans qu’on crève à Alep, ça ne compte pas ?! » peut-on lire sur de nombreux comptes Twitter.

Nous ne sommes pas en train de dire que ces frappes constituent la bonne stratégie dans la situation présente. Mais que, quoi qu’il en soit, il y a eu une réaction américaine à la situation en Irak.

On repense aux paroles de Ziad Majed pendant l’émission de France 24, à sa dénonciation de la fameuse « ligne rouge » pour justifier le choix d’intervenir ou pas en Syrie (quel que soit le type d’intervention d’ailleurs. Car le politologue ne demandait pas spécifiquement une intervention militaire en Syrie, mais juste qu’on fasse quelque chose, qu’on écoute vraiment la souffrance du peuple syrien et qu’on réagisse de manière juste). La Syrie, l’Irak. Deux poids, deux mesures. Rien de nouveau finalement, ce genre de décision d’agir ou de ne pas agir a déjà eu lieu dans l’Histoire. Sauf que cette fois tout cela se passe sous nos yeux, quasiment en direct. Les exactions, les massacres, le choix d’intervenir ou de rester spectateurs.

Autrefois, quand on découvrait de grands crimes de guerres ou des crimes contre l’humanité, on disait : « Mais on ne savait pas ». Mais vous savez quoi ? Ce qui se passe aujourd’hui en Syrie (et ailleurs) devant des millions de témoins nous laisse penser que si on avait su, ça n’aurait probablement rien changé.

C’est exactement cela que nous rappelle « Syrie la Révolution Orpheline ». Elle nous rappelle que cette fois on savait. Et qu’on n’a rien fait.
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#Révolution_Syrienne, #Ziad_Majed, #Syrie, #Iraq, #USA, #Printemps_arabe
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