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Politique

Hariri propose une feuille de route "pour protéger le Liban"

BEYROUTH | iloubnan.info, avec agences - Le 18 juillet 2014 à 23h10
L'ancien Premier ministre libanais Saad Hariri a prononcé vendredi soir un discours télévisé, retransmis en direct à partir de sa résidence de Jeddah, en Arabie Saoudite. Dans son allucution, il a évoqué évidemment la situation actuelle du Liban, proposant une "feuille de route" pour protéger le pays.
Vendredi soir, le discours de Saad Hariri s'adressait aux participants à plusieurs Iftars organisés par le Courant du Futur, au BIEL à Beyrouth, et dans  d'autres régions libanaises. Mais ce discours était attendu d'une bonne partie de la population, qu'elle soutienne ou s'oppose aux positions de Saad Hariri sur le plan national ou régional.

Voici le texte de son discours, qui a été communiqué aux médias par son bureau de presse juste après son élocution.

"Chers frères et sœurs, au début de mon discours en cette soirée bénie du mois sacré du Ramadan, je dois rappeler la souffrance de nos frères en Palestine aux mains d'une occupation injuste et criminelle. La communauté internationale observe l’agression de loin et se contente de lancer des invitations à la retenue sans engager de démarches concrètes pour arrêter le massacre en cours contre le peuple palestinien.

La communauté internationale assume moralement et humainement la responsabilité de couvrir les crimes d'Israël, du blocus de Gaza aux projets de colonisation, en passant par le complot de judaïser Jérusalem et les attaques contre la mosquée Al-Aqsa.

Garder le silence sur les crimes d'Israël et justifier son agression contre le peuple palestinien vont anéantir toutes les initiatives de paix et ouvrir la voie à de nouvelles vagues de violence, d'extrémisme et d'instabilité.

C'est ce qui nous amène à renouveler l'appel à l’arrêt immédiat de l'agression israélienne, et à trouver un mécanisme international qui permettra au peuple palestinien d’établir son Etat indépendant, avec Jérusalem pour capitale.

Chers frères et sœurs, chaque année, nous nous réunissons pendant le mois du bien, de la justice, de l'amour et de la foi, alors que dans la plupart des pays arabes, dont le Liban, les règles endémiques du mal, de l'injustice, de l'intolérance et du déni de l'enseignement de Dieu s’enracinent.

Mais vous êtes l'assemblée des fidèles, des bons et des patients dans ce pays, résistant dans votre foi politique, morale et religieuse dans les valeurs de modération, d'ouverture et de tolérance qui sont la signification réelle du mois sacré du Ramadan.

Nous n'arrêterons pas, si Dieu le veut, de nous réunir en ce mois sacré, et d’échanger les vœux pour que l'amour et la paix règnent dans vos foyers et dans les foyers de tous les Libanais.

Au fil des ans, nous disions que le Liban est au cœur de la tempête et que la responsabilité nationale impose à tous les responsables et dirigeants d’adopter un comportement et des options qui protègent la stabilité et la coexistence.

Voilà que nous vivons maintenant l’entrée d’une grande partie du monde arabe au cœur de la tempête, et assistons à une étape grave de divisions et de conflits sectaires tout comme nous assistons à l'effondrement de systèmes politiques et idéologiques qui pendant de nombreuses années ont formé un terreau fertile pour les conflits, le terrorisme et la guerre civile.

L'objectivité et la franchise nous imposent de reconnaître qu'il sera difficile d'isoler le Liban de ces risques et de mettre en place d'une clôture politique, sécuritaire et économique pour le tenir à l'abri des tempêtes qui éclatent autour, en particulier en raison de la participation continue du Hezbollah à la guerre syrienne.

Mais la responsabilité nationale nous oblige en contrepartie de ne pas se soumettre à cette réalité et considérer que la chute dans l'abîme est inévitable.

Les Libanais n'ont pas besoin d'un miracle pour se protéger contre les conflits en Syrie, en Irak et ailleurs dans le monde arabe.

Les Libanais ont besoin d'une feuille de route qui donne la priorité à l'intérêt national et à la stabilité au détriment d’autres intérêts ou d'autres loyautés.

La feuille de route pour protéger le Liban repose de notre point de vue sur ce qui suit :

1 – L’élection d'un nouveau président de la République, pour mettre fin à la vacance à la présidence, que nous considérons comme une priorité par rapport à toute autre mission nationale.

2 - La formation d'un nouveau gouvernement à l'image du gouvernement actuel, qui se chargerait avec le nouveau président de la gestion de la nouvelle phase, de faire face aux échéances imminentes et d’organiser les élections parlementaires.

3 - Le retrait du Hezbollah de la guerre syrienne.

4 - Préparer un plan national pour lutter contre le terrorisme sous toutes ses formes et noms. Ici, il faut souligner que la réponse au terrorisme est une responsabilité nationale qui repose sur l'Etat et n'est pas la responsabilité d'une partie ou d’une communauté particulière.

5 – Atteindre un consensus sur un plan d'urgence officiel pour faire face à la crise des Syriens déplacés au Liban, et mobiliser toutes les énergies des pays frères et amis pour empêcher que le Liban ne se noie dans les répercussions de la crise syrienne, securitairement, socialement et économiquement.

6 – Organiser les élections législatives aux dates prévues par la loi et éviter toute forme de prorogation du mandat du Parlement.

Oui, nous voulons des élections législatives aux dates prévues et nous ne voulons pas la prorogation du mandat du parlement, et la porte d'entrée aux élections législatives est l’élection du président de la République dès que possible.

Parce que les élections législatives sans un président de la République signifient que le gouvernement sera considérée comme démissionnaire, et il sera impossible de former un nouveau gouvernement, car il existe de vraies questions sur qui va mener les consultations parlementaires et qui va signer le décret constituant le gouvernement en l'absence du Président de la République.

En outre, que signifient des élections législatives en l'absence d'un président ? Elles représentent un parlement sans président du parlement. Parce que quel député va élire un président du parlement, s’il n’est pas en mesure d'élire un président de la République ?

Ce qui signifie simplement que le Liban entrera dans un scénario d'effondrement total de l'État. Bien sûr, certaines parties externes veulent ce scénario pour le Liban, mais nous ne voulons pas leur accorder ce souhait. Ce n'est pas de l’audace ; c'est la vérité !

Chers frères et sœurs dans tout le Liban, si les Libanais s’habituent à l'absence du président et à l'absence de son image, de son rôle et de sa responsabilité, cela menace la présidence. C'est une mise à l’écart inacceptable de cette symbolique que constitue l’unique président chrétien dans l'Orient islamique et arabe. C’est aussi poignarder les fondements de la formule sur laquelle le Liban a été créé et à travers laquelle les Libanais ont convenu que le débat sur la présidence aurait lieu exclusivement entre les dirigeants, experts et personnes compétentes au sein de la communauté maronite.

Ainsi est venue notre ouverture envers les leaders politiques et spirituels chrétiens, pour éviter de tomber dans le vide et tenter de rechercher des dénominateurs communs qui aideraient le pays à relever les défis, et pour aborder les différentes questions nationales en ouvrant de nouveaux horizons de coopération afin de trouver des solutions indépendamment de l’issue de la question présidentielle.

Je dis à tous les dirigeants : le Liban est plus important que nous tous. Toute tentative visant à porter atteinte à la formule d'entente nationale et à l'accord de Taëf est un saut dans l'inconnu qui ne fera qu'ajouter à la réalité politique actuelle, plus de complexité, de division, et de vide.

Dans tous les dialogues, notre position est que nous n'avons de veto sur personne, que nous participons à toutes les sessions parlementaires et sécurisons le quorum quel que soit le résultat, et qu’en cette étape difficile, nous sommes un facteur aidant pour l'élection du Président, et non pas le facteur déterminant.

De notre point de vue, le facteur déterminant est le consensus entre les chrétiens sur un candidat, et nous l'accepterons sans aucune réserve.

Heureusement, notre dialogue était transparent, et nous avons informé le patriarche et bien sûr nos alliés des détails de nos dialogues et de notre approche de l'élection présidentielle. Celle-ci est que nous, tout comme le patriarche, considérons la vacance comme la plus grande menace pour le Liban, son régime démocratique et son existence.

Cependant, la vérité est que nous ne pouvons plus nous contenter de regarder l’obstruction permanente du quorum sous prétexte d'absence d’un consensus chrétien. Ceci menace les bases de l'existence du Liban, donc les bases de la présence des chrétiens et des musulmans au Liban, donc les bases de l'existence de l'Etat du Liban.

Nous allons entamer des consultations avec nos alliés du14 Mars et un dialogue avec les différentes forces politiques en dehors du 14 Mars afin de trouver un moyen de mettre fin à la vacance présidentielle dès que possible, pour être en mesure de poursuivre les étapes constitutionnelles ultérieures, de l'élection d’un parlement, à la formation d’un gouvernement et le rétablissement d’un fonctionnement normal de l'Etat et de ses institutions.

Garder la présidence en otage en attendant des changements externes pariant sur un retour du régime syrien signifie mettre en danger la formule de participation nationale et les règles de parité consacrées par l'accord de Taëf, auxquelles nous ne trouvons aucun substitut indépendamment du changement des circonstances et des équations.

Lorsque nous parlons de l'accord de Taëf et disons que nous le soutenons, nous ne le faisons pas parce que le Premier ministre martyr Rafic Hariri a contribué à le réaliser pour mettre fin à la guerre au Liban, mais parce que cet accord est la base de notre perception du Liban.

Notre perception du Liban est fondée sur le rejet du recensement sectaire et confessionnel au profit de la coexistence et du partenariat indépendamment du nombre. Que Dieu ait pitié de celui qui a dit : «Nous avons arrêté de compter !" Que Dieu ait pitié de Rafic Hariri.

Ceux qui bernent les Libanais avec des plans visant à abolir l'accord de Taëf devraient se pencher sur les pays arabes alentour qui sont enflammées par des guerres sectaires, confessionnelles et raciales. Ils verront que toutes les solutions politiques ou les moyens de sortir de la guerre sont basées sur la philosophie de l'accord de Taëf, la philosophie d'un véritable partenariat, indépendamment du nombre, des majorités ou des minorités.

Ce n'est pas un hasard si ceux qui sont attachés à l'accord de Taëf sont les forces du 14 Mars, la coalition trans-confessionnelle, dont le critère de base est l'intérêt national. C'est le modèle proposé à tous les pays qui nous entourent.

Chers amis, les derniers jours et les dernières semaines, nous avons tous vécu, et en particulier vous qui êtes à Beyrouth, des périodes d'anxiété et un sentiment d'instabilité à la suite d'actes de terrorisme qui n'ont pas atteint leurs objectifs grâce à l’efficacité des ministères de la Défense et de l'Intérieur et des services de sécurité. A cette occasion, je tiens à exprimer ma gratitude, ma reconnaissance et mon soutien quant à leur rôle dans la protection de la paix civile et la découverte des réseaux terroristes et de ceux qui sont derrière eux.

Encore une fois, je le répète : l'État est seul responsable de la protection des citoyens et le rempart contre les nids de terrorisme et de criminalité, et c'est ce que l'armée libanaise, les Forces de sécurité intérieure, la sûreté générale et toutes les forces judiciaires et sécuritaires font avec succès et efficacité.

Tous les Libanais, indépendamment de leurs religions et régions souffrent du terrorisme, et la lutte contre le terrorisme est la responsabilité de chacun, sous l’égide de l'Etat et de ses outils. Sinon, la lutte contre le terrorisme deviendrait une confrontation sectaire entre les cellules appartenant à Al-Qaïda, l’EIIL et d'autres groupes terroristes, d'un côté, et le Hezbollah, de l'autre côté, qui est devenu une partie indissociable de la guerre en Syrie et la défense de Bachar al-Assad.

Assad qui a choisi de blâmer les autres par sa perversité et a prêté serment pour son faux mandat, en sa qualité de Néron du siècle, car il a prêté serment pour rester au pouvoir au détriment de la destruction de la Syrie, du meurtre et du déplacement de centaines de milliers de Syriens.

Ce serait une bonne chose pour le Hezbollah de faire partie d'un projet national libanais dirigé par l'État pour faire face au terrorisme. Mais avoir le Hezbollah dans le cadre d'un triangle dirigé par l'Iran, qui comprend l'état d'Al-Maliki en Irak et l'état de Assad en Syrie est un lourd fardeau pour le Liban et la sécurité du peuple libanais. La dernière image de ce fardeau est l'échange de services sécuritaires et militaires entre le Hezbollah et l'armée du régime syrien, au détriment de la souveraineté libanaise et de la sécurité des Libanais, et nous assistons quotidiennement au bombardement aérien syrien des territoires libanais sous le prétexte de soutenir les affrontements du Hezbollah dans les zones frontalières.

Chers frères et sœurs, toute organisation qui pousse les jeunes à la mort est terroriste et l’ennemie du Liban. Les sunnites au Liban sont concernés, tout comme le reste des Libanais, par la lutte contre ce problème, prévenir sa propagation et refuser ses slogans. Tout autre discours sur l'existence d'un incubateur des cellules terroristes parmi les sunnites est suspect et rejeté. Un tel discours vise à justifier l'insistance à participer à la guerre syrienne.

Je veux être franc et très clair : Certains essaient de falsifier les réalisations du plan de sécurité et le présenter comme un plan de lutte contre les sunnites au Liban. Certaines violations, que nous refusons, ont été faites par certains services et sont en train d’être corrigées.

Ma position est claire : Toute arrestation aléatoire ou injustifiée est totalement rejetée et toute violation des droits politiques et humanitaires des citoyens est également rejetée. Et tout responsable qui commet de telles violations et nuit au service de sécurité et à la relation des gens avec l'état, doit rendre des comptes.

Mais que tout le monde sache que quiconque qui a commis une infraction contre Tripoli et ses habitants et a contribué à nuire à la ville sera poursuivi, peu importe combien de temps il tentera de se cacher derrière les événements en Syrie et en Irak.

Celui qui fait pression pour libérer ces auteurs révèle son rôle dans ces incidents. (Cette fois je ne vais pas donner de noms parce que je pense que vous et surtout les gens de Tripoli savent de qui je parle).

Nous, avec tous ceux qui aimons Rafic Hariri et le Courant du Futur, à Beyrouth, Tripoli, Akkar, Menniyeh, et Dennieh; avec tous les alliés et amis de Zghorta, Batroun, Koura, le Mont-Liban, Iqlim al-Kharoub, Kesrouan et Jbeil, dans la Bekaa, de Ersal à Majdel Anjar, à Saïda, à Chebaa, et Urkoub, resterons toujours la forte barrière qui protège le Liban contre le terrorisme et ses cellules. Nous n'hésiterons pas à élever la voix et appeler à préserver la neutralité du Liban en ce qui concerne les guerres qui nous entourent, en particulier celles qui se déroulent en Syrie et en Irak.

Si vous voulez combattre l’EIIL et Al-Qaïda et arrêter la propagation du terrorisme au Liban, alors mettons-nous d'accord sur une feuille de route qui nous mènera à l'élection d'un nouveau président et nous sortira du tunnel de la discorde et du chaos.

Ainsi, nous offrirons à notre pays une chance de gagner la guerre contre le terrorisme tout comme nous avons gagné à Nahr al-Bared. Nous allons nous donner et donner à tous les Libanais une chance de s'occuper des questions sociales et des préoccupations économiques et trouver des solutions aux difficultés quotidiennes comme l'eau, l'électricité ...

Pendant deux ans, nous avons demandé, exigé et pressé le retrait du Hezbollah de Syrie. Malheureusement, le Hezbollah a estimé qu'il pouvait sauver le régime d'Assad, mais la vérité est que personne ne peut sauver le régime d’Assad. Notre position découle du fait que la participation du Hezbollah dans cette guerre est un projet fou qui attire une même folie sur notre pays et, malheureusement, nous la voyons tous les jours sous la forme du terrorisme, des attentats suicides, de la peur, de la paralysie économique et de la crise sociale.

Nous demeurerons la voix de la raison et nous sommes sûrs que la raison l'emportera à la fin parce que les Libanais ont essayé cette folie pendant 20 ans, puis ils sont retournés à la raison. Depuis, les Libanais n'ont pas permis et ne permettront à aucun projet fou de l'emporter sur le projet de la raison, le projet de Rafic Hariri, le projet de l'État, du vrai Liban, du partenariat total entre tous les Libanais, de la modération et de la parité entre les musulmans et les chrétiens, le projet civil et démocratique dans l'intérêt des citoyens libanais de toutes les confessions et régions. C'est le projet qui vise à résoudre les problèmes économiques, sociaux, éducatifs, sanitaires et environnementaux. Et non le projet qui exporte nos citoyens afin qu'ils meurent dans des guerres sur les terres des autres, ou les transforme en victimes pour servir les guerres des autres sur notre terre.

En fin de compte, nous renouvelons notre foi dans la capacité des Libanais à faire face aux défis. Vous êtes la véritable armée qui défend l'unité et la coexistence du Liban. Vous êtes la force de modération qui protégera le Liban de l'extrémisme, du terrorisme et des guerres insensées. Vous êtes la force de construction qui fera revivre le Liban, comme le Premier ministre martyr Rafic Hariri le voulait.

Encore une fois, je vous souhaite un Ramadan béni et j'espère vous voir bientôt au Liban."
Tags
#SaadHariri, #Hezbollah, #Syrie, #Liban, #Palestine
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