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Politique

Samir Frangieh : "La société civile doit exiger la paix tout de suite"

BEYROUTH | iloubnan.info - Le 02 mai 2014 à 17h10
Par Elodie Morel
Impasse dans l’élection présidentielle, engagement du Hezbollah en Syrie… Samir Frangieh, auteur de Voyage au bout de la violence, membre de la coalition du 14 Mars, revient avec nous sur la situation politique libanaise. Et exprime son espoir de voir la société civile se mobiliser, pour réclamer une seule chose : la paix.
Un camp qui perd, mais l’autre qui ne gagne pas. C’est ainsi que Samir Frangieh décrit la situation politique actuelle du Liban. Le 8 Mars, emmené par le Hezbollah, « est en train de perdre du terrain, notamment avec son engagement en Syrie pour soutenir le régime de Bachar el Assad. Mais le 14 Mars n’est pas en train de gagner du terrain de son côté. Et le 8 Mars est certes en recul, mais pas au point d’être dans l’obligation d’accepter un candidat présidentiel qui conviendrait au 14 Mars. Résultat : c’est le statut quo,» explique l’ancien député de Zghorta.

Pour Samir Frangieh, le choix politique du 8 Mars, allié de l’Iran, de défendre le régime syrien, ne mène nulle part. Il ne fait que retarder le processus de changement politique en Syrie, en conservant Assad au pouvoir le plus longtemps possible. "Cette politique est très coûteuse. Elle place la communauté chiite (composante fondamentale de l’électorat du Hezbollah, ndlr) dans une position qu’elle n’a pas choisie, à savoir être complice d’un crime contre l’humanité", dit-il en référence aux violences du régime contre les civils en Syrie. "Et c’est dramatique car cela va générer encore davantage de haine dans cette région où l’on se souvient des crimes des autres pendant des siècles".

Samir Frangieh va plus loin dans son analyse de la situation : "Les choses ne se situent plus en termes de gagnants ou de perdants mais en termes existentiels. Le Liban peut-il survivre à la crise syrienne ?" s’interroge-t-il en évoquant les répercussions 'pratiques' de la guerre sur le pays du Cèdre. "Nous serons peut-être bientôt le premier pays à avoir un nombre de réfugiés égal au nombre de ses habitants," affirme-t-il, en référence à l’afflux massif de réfugiés syriens au Liban.

Quand nous sommes arrivés ce jour de la fin avril au Secrétariat général du 14 Mars pour le rencontrer, Samir Frangieh était en train d’écrire. Au stylo, sur papier. « J’écris beaucoup en ce moment » dit-il, expliquant qu’il participe ces jours-ci à de nombreuses conférences et colloques, sur des sujets liés au Liban, à la violence, à la paix. « La paix, c’est ce que la société civile devrait exiger, tout simplement. Et elle devrait l’exiger tout de suite,» martèle l’auteur de Voyage au bout de la violence.

Il concède qu’il y a des signes de dialogue entre le 14 et le 8 Mars, "pour calmer le jeu. Mais il n’y a pas de recherche d’une solution qui permettrait au Liban de passer le cap. C’est à la société civile d’exiger que l’on arrête ce jeu de massacre."

Il nous confie qu’il espère un mouvement populaire dans cet objectif, similaire à celui observé le 14 mars 2005 un mois après l’assassinat de Rafic Hariri. Il l’espère, tout en soulignant qu’on ne peut le prévoir. "Ce genre de mouvement est imprévisible. Ceux qui disent que la manifestation du 14 mars 2005 a été orchestrée depuis l’extérieur me font sourire. Saviez-vous qu’à la veille de ce rassemblement, des responsables diplomatiques occidentaux appelaient tout simplement à l’annuler? Ils avaient peur que la manifestation réunisse beaucoup moins de monde que celle du 8 mars!" (ndlr : en référence à la manifestation organisée le 8 mars 2005 à l’initiative du Hezbollah qui souhaitait exprimer ‘la reconnaissance des Libanais vis-à-vis de la Syrie’, alors force d’occupation au Liban. Ce rassemblement du 8 mars avait réuni plus d’un demi-million de personnes).

La suite, on la connait: une foule d’un million de personnes se retrouvant dans la rue le 14 mars 2005 et demandant à l’armée syrienne de quitter le Liban, lors d’un déferlement populaire encore jamais vu. Et jamais revu, d’ailleurs.

Parmi les conférences auxquelles Samir Frangieh particJe participe ces jours-ci, il y a un colloque sur la ville de Tripoli, organisé à Paris, au Sénat. Tripoli est une ville tristement emblématique de la violence au Liban. Elle est régulièrement secouée par des affrontements entre différents clans, notamment les pro- et les anti-régime syrien, qui se battent depuis leurs quartiers respectifs de Bab el Tebbaneh (anti-Assad) et Jabal Mohsen (pro-Assad). Samir Frangieh exprime un fort sentiment d’affection pour cette ville et ses habitants, dont il souligne le sourire, la convivialité envers et contre tout.

Il y a quelques semaines, après la formation d’un gouvernement d’entente nationale, un plan massif de sécurité a été implanté dans la capitale du Nord Liban, qui a mené à de nombreuses arrestations parmi les fauteurs de troubles, et à l’arrêt des violences.

Parallèlement, la société civile a mené plusieurs initiatives, avec notamment cette marche qui a poussé les uns vers les autres les résidents de Jabal Mohsen et Bab el Tebbaneh. Tout le monde s’est retrouvé autour du café et du narguilé. "La bataille pour la paix doit être menée par la société civile, insiste Samir Frangieh. Elle doit cesser de respecter les frontières communautaires. Le mot d’ordre devrait être : ‘Pacifistes de toutes les communautés, unissez-vous !’" s’exclame-t-il, en évoquant cette manifestation d’amitié entre les quartiers de la Tripoli, mais aussi le fort soutien populaire pour rebâtir une bibliothèque de la ville, détruite par un incendie criminel il y a quelques mois. "Oui, ça bouge du côté de la société civile, il existe beaucoup de mouvements pacifiques. Mais il leur manque un slogan directement politique, autour duquel s’unir, et qui leur permettrait d’influer sur le cours des choses."
Tags
#SamirFrangieh, #14Mars, #Hezbollah, #Elections_présidentielles
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