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Politique

Retour sur les tensions au sein du 14 Mars: pas declatement affirme Fares Souaid

BEYROUTH | iloubnan.info - Le 08 avril 2014 à 18h56
Par Elodie Morel
Tensions internes, divergences de points de vue… Le 14 Mars peut-il imploser et disparaître ? Nous avons posé la question au coordinateur du Secrétariat général du 14 Mars, Farès Souaid.
L’annonce de l’acceptation d’un gouvernement d’union par Saad Hariri a généré des réactions de rejet de la part de certaines des composantes du 14 Mars, notamment des Forces libanaises de Samir Geagea. Des divergences avaient déjà fissuré l’alliance, comme par exemple lors du débat autour de la loi électorale. Mais cette fois, pendant un moment, la coalition a paru sur le point d’éclater pour de bon. Les relations semblent aujourd’hui revenir à la normale. Nous avons cependant demandé à Farès Souaid, coordinateur du Secrétariat général du 14 Mars, si selon lui la coalition risquait de disparaître.

La question était directe, la réponse aussi, elle a fusé : c’est non. Pour une raison simple selon lui:
« Le 14 Mars existe car ses composantes ne peuvent pas faire autrement », nous explique-t-il. « Elles ne peuvent pas faire sans le 14 Mars. Sans lui, elles n’existent plus à l’échelle nationale et se retrouvent propulsées dans des querelles inter- et intra-communautaires. C’est pareil pour les Libanais, à propos du fameux ‘Vivre ensemble’. Si nous nous battons pour vivre ensemble, c’est surtout qu’on ne peut pas faire autrement. Les Libanais ont essayé pendant la guerre civile notamment. Mais ça n’a pas marché. Nous n’avons pas d’autre solution ».

Défaut de « communication »

Si les partenaires du courant du Futur de Saad Hariri ont été choqués lors de l’annonce de l’acceptation par l’ancien Premier ministre d’un gouvernement d’union, ce n’est pas seulement à cause du nouveau cabinet.

« Les Forces libanaises n’étaient pas totalement contre le gouvernement lui-même, mais Samir Geagea a estimé (tout comme l’ensemble des partenaires d’ailleurs), que l’annonce de l’acceptation de ce cabinet aurait dû être discutée en amont, avec les partenaires, et non pas après coup. Il y a eu comme un ‘vice de forme’. Et puis, il y avait aussi les bruits d’une rencontre entre Michel Aoun et Saad Hariri. La rencontre a eu lieu, là encore sans que les partenaires du 14 Mars en aient été avertis. »

Toutes ces tensions ont eu un écho d’autant plus puissant qu’elles se sont produites dans la période très symbolique du 14 février (date de l’assassinat de Rafic Hariri en 2005) et du 14 mars (date de la manifestation qui un mois plus a donné son nom à la coalition anti-syrienne).

« Nous sommes malgré tout allés au BIEL pour commémorer ces deux dates. Nous voulions montrer une unité du 14 Mars, tout en affichant une diversité de positions, concernant notamment cette formation du gouvernement », explique notre source.

Quant à savoir pourquoi le 8 mars a accepté de faire partie de ce cabinet d’union (ce qui n’était pas gagné d’avance), notre interlocuteur affirme que la coalition pro-syrienne avait besoin de faire partie d’un tel gouvernement, à l’heure où sa crédibilité nationale est mise à mal par son intervention militaire en Syrie. « Quelque part, le Hezbollah regagne cette crédibilité avec ce cabinet. Les représentants politiques musulmans libanais devaient retrouver une cohésion sociale. Et puis le Hezbollah voulait aussi absorber le choc du Tribunal spécial pour le Liban, qui a commencé ses audiences au début de l’année. »

La violence au Liban est contagieuse

Le gouvernement a obtenu la confiance du parlement fin mars. Le Liban est entré depuis le 25 mars dans les délais constitutionnels pour l’élection d’un nouveau président, autre sujet de discorde.

« Le 14 Mars n’a pas d’autre choix que de soutenir Samir Geagea comme candidat. Et le 8 Mars n’a pas d’autre choix que de soutenir Michel Aoun. Mais ni l’un ni l’autre ne sera élu. Car cela signifierait la victoire d’un camp sur l’autre, ce qui est totalement inenvisageable à l’heure actuelle au Liban. »

Le 14 Mars, et notamment Saad Hariri, pourraient en effet devoir soutenir Samir Geagea, le candidat qui incarne pour le moment la préservation des principes du 14 Mars, à commencer par le refus de la politique du Hezbollah et de ses armes. Il pourrait être obligé de le soutenir, ne serait-ce que pour préserver son propre électorat. Ashraf et Ahmad, 25 ans tous les deux, sont partisans du Courant du Futur. Ingénieurs en informatique, ils ont originaires du Nord du Liban. Ils ont rejoint la page Facebook « Geagea président ». Quand on leur demande ce qu’ils feraient si Hariri soutenait réellement Aoun, ils répondent : « Alors qu’ils aillent au diable tous les deux, Hariri comme Aoun». Leur discours se radicalise rapidement, ils expliquent qu’au moins les courants conservateurs, eux, ne baissent pas leur garde face au Hezbollah.

Est-ce que Saad Hariri est conscient du risque de voir une partie de sa communauté basculer dans l’extrémisme ? « Oui mais il est pris entre deux feux, entre le Hezbollah et les extrémistes sunnites. Bien sûr qu’il sait que s’il se rapproche trop du Hezbollah, il peut perdre certains de ses électeurs qui basculeront vers ces courants ultraconservateurs, » nous confirme notre interlocuteur. « C’est un jeu très serré ».

Mais il ajoute qu’il existe aujourd’hui de toute façon « une volonté régionale et internationale de faciliter l’élection d’un président de la République, pour mettre le Liban autant que possible à l’abri des violences régionales. »

Alors qu’on lui demande pourquoi la communauté internationale se soucie autant de la stabilité du Liban, notre interlocuteur nous répond que « d’une part, assurer la stabilité au Liban aujourd’hui, c’est soutenir celle d’Israël. On ne veut pas d’un sud instable car on ne veut pas donner à l’Iran un outil de pression supplémentaire contre l’Etat hébreu. »

Il ajoute : « Les choses ont changé. En 1975, il fallait concentrer la violence régionale au Liban, c’est ce qui s’est plus ou moins produit avec la guerre civile. Aujourd’hui c’est le contraire. Il faut absolument éviter la violence au Liban. Car elle est très contagieuse. »
Tags
#14Mars, #FaresSouaid, #SaadHariri, #Michel_Aoun, #Samir_Geagea
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